30 août 2021

De l’incontestable supériorité du pick-up

(Source)



Rien n’est plus satisfaisant que de rouler en pick-up. Rien n’égale ce sentiment de puissance et d’invincibilité, cette impression de regarder la vie de haut, de s’imposer naturellement dans le décor. Quiconque a piloté un pick-up à quatre-vingt-dix kilomètres à l’heure dans un chemin forestier connaît les dimensions du Québec profond et les qualités d’une telle mécanique. En pick-up, le territoire n’a plus de limites, car c’est là une formidable machine à voyager dans l’espace.

Donnez-moi quatre cent cinquante chevaux-vapeur et un couple de cinq cents livres-pied et je soulèverai le monde.

La polyvalence de la camionnette est sans égale. Que ce soit parce qu’on est entrepreneur en construction, que ce soit pour tirer un fifth-wheel, pour trimballer un quatre-roues ou une motoneige : il y a tant de raisons d’acquérir un pick-up. Mais tout le monde ne possède pas une motoneige ou un quatre-roues, tout le monde n’est pas adepte de camping ou entrepreneur en construction ; ce qui n’empêche pas de jouir d’être l’heureux propriétaire d’un pick-up dans ces rares occasions où on va quérir des panneaux de gypse chez Canac ou lorsqu’on déménage la belle-sœur. On se félicitera alors dans son for intérieur : « Mais qu’est-ce que j’aurais fait sans mon camion ? » On s’achète souvent un pick-up au cas où.

Nos semblables sont quantité négligeable du haut d’un pick-up. Regardez-les se traîner avec peine sur la route ! On n’a qu’à foncer, stoïque, et voilà que le trafic s’ouvre comme par enchantement devant notre fier destrier de deux tonnes. Le vent qui bat contre le pare-brise et la calandre ploie sans résister sous l’effet du fougueux moteur mû par ses six cylindres. Les aspérités de la route disparaissent grâce à la suspension à haute performance et aux pneus tout-terrains de trente-quatre pouces de diamètre. Et avec ce généreux réservoir de quatre-vingt-dix litres, nulle raison de s’en faire avec la consommation d’essence.

Dans chaque mâle adulte se cache un garçonnet qui aimait jouer avec des camions miniatures en se racontant des histoires de chantiers de construction ou d’exploration hors route. Le pick-up est un jouet pour adulte qui réveille des rêves trop longtemps enfouis. Derrière son volant, le mononcle moyen se transforme en Marlboro Man qui patrouille les limites de son ranch ; il devient un de ces bâtisseurs qui brassent de l’air et font du bruit avec de la machinerie. Voilà un drôle de paradoxe : lorsqu’il presse l’accélérateur d’un pick-up et que la puissante machine rugit, l’homme retombe en enfance en même temps que sa virilité est magnifiée. Le pick-up recèle certains des secrets les moins bien cachés de la psyché masculine.

Ce n’est pas pour rien que les poètes ont tant chanté le pick-up : c’est grâce à lui qu’on peut rejoindre l’éden forestier pour y embrasser son mode de vie sauvage. Comment ne pas s’émouvoir devant l’authenticité et la vigueur de l’homme en chienne carreautée qui guide son pick-up à travers bois, qui fait entendre le doux son de la scie à chaîne, qui hume les vapeurs bleues et odoriférantes d’un moteur à deux temps, qui tue son chevreuil ou attrape son quota de truites et qui, le soir venu, goûte le réconfort du bourbon et des braises du feu de camp ? La nature est plus docile et hospitalière au volant d’un pick-up.

Si le pick-up aime la puissance et l’aventure, il sait aussi se faire docile. C’est ainsi que, alors qu’on est de retour du supermarché avec des victuailles et un projet de grillades au barbecue, le confort de l’habitacle climatisé suscite la relaxation. Bercé par le ronronnement du V6, on se laisse dériver avec douceur sur les routes de campagne, en maintenant une vitesse d’à peine dix kilomètres à l’heure au-delà de la limite permise. Comme il fait bon frôler les mollets d’un couple de cyclistes s’échinant sur le bas-côté et soulever juste ce qu’il faut de poussière pour marquer son territoire ! La route nous appartient. La vie est belle. Les bouteilles tintent dans la caisse de douze posée sur la banquette arrière. Le soleil décline sur l’horizon. Voilà une autre journée qui s’achève. Avant d’aller retrouver les siens, il faudra garer la camionnette dans l’allée. Avant de rentrer, on lui tapotera la croupe en lui souhaitant bonne nuit. « Demain, si Dieu le veut, nous vivrons ensemble de nouvelles aventures ».


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« Les pick-up populaires comme jamais. Près de la moitié des véhicules qui ont été vendus l’an dernier au Canada sont des camions » Journal de Montréal, 2019-01-17



« Depuis 11 années consécutives, les camions de la F-Series de Ford sont les véhicules les plus vendus au Canada, toutes catégories confondues » Communiqué de Ford du Canada Limitée, 2021-01-05


« Les camionnettes constituent la catégorie la plus prisée des Québécois, après les VUS et les compactes. (…) D’abord des ‘outils de travail’, les camionnettes, aussi appelées pick-up, sont désormais également des véhicules de loisirs, et pour beaucoup d’automobilistes québécois, leur moyen de transport principal. » Protégez-vous, Guide annuel autos neuves et d’occasion 2021.