26 février 2020

Passé simple (inédit) — Un petit frère (2)




L’arrivée de mon petit frère dans la famille est une injection d’adrénaline. C’est un bébé vif, qui pleure, qui rit, qui gigote, qui rampe, qui marche et court à même pas un an. Mes grandes sœurs catinent. Ma mère reprend son rôle de maman à zéro pour la cinquième fois. Il semble que ce soit comme le vélo : ça ne se perd pas. Mon petit frère est une source quotidienne d’émerveillement et de rigolade. On le fait sauter sur notre jambe — « Tiguedop, tiguedop ! » — il adore ça et en redemande. On lui fait des « coucou ! » et il s’esclaffe. Je lui dessine des trucs, je lui lis des histoires, je lui bâtis des sculptures en Lego, même si ce n’est pas un jouet de son âge. Il traîne avec lui son chien en peluche jaune ou cette petite poupée laide qu’on a baptisée Gudule, pour niaiser. Pendant l’été, mon père construit dans la cour une clôture pour délimiter un grand espace gazonné dans lequel mon petit frère peut s’épivarder en toute sécurité. Dans l’auto, mon petit frère n’utilise pas de siège spécial pour les bébés pour la simple raison que les sièges spéciaux pour les bébés n’existent pas à cette époque. On ressort les jouets qui ont survécu aux sévices des quatre autres, qu’il finira de détruire. Mon petit frère me tombe parfois sur les rognons, c’est un petit frère après tout, mais de le voir bébé, d’être témoin de son développement est une expérience unique. Il m’arrive de lui donner son biberon. De lui faire faire son rot. Il m’arrive même de changer sa couche : voilà certes le genre d’activité qui crée des liens fraternels durables.


[Note: Un petit frère (1) est par ici.]