22 décembre 2019

Tes derniers jours — 2. Au cas où

(Source)



Au cas où


Quand on se retrouve dans le couloir de la mort
Il ne nous reste plus qu’à crier à l’injustice
À l’erreur sur la personne
« Le cancer, c’est les autres »

Dehors, c’est déjà l’automne
Tu voudrais juste pisser
Mais ça te prend quinze minutes
Pour installer ton cathéter

Du temps passe comme si de rien n’était
Et soudain
Paf
Dehors, c’est déjà l’hiver

On est tous atteints de cette maladie
C’est une affaire de télomères
Et de radicaux libres
Les jeunes ne peuvent pas comprendre

On les entend venir de loin, les derniers jours
C’est la horde sauvage des zombies
Des zombies de série B un peu ridicules
Leur morsure n’en est pas moins mortelle

C’est le Noël de la radiothérapie
Le Noël de la dernière chance
Il vente et il neige sous ta peau
Dans ton ventre, c’est la tempête du siècle

Le gris sale de l’hiver barbouille le décor
On bavarde dans l’auto
Tu fais un peu semblant de rien
Je t’en suis presque reconnaissant

Puis, au détour d’une phrase
Avec un sourire triste
Tu laisses tomber
« Je suis fichu »

À la clinique, dans la salle d’attente
Des patients jasent
« Bon bin, on vous souhaite une bonne fin de traitement »
Dit le vieil homme à la vieille femme

Je les entends s’échanger
Des « Joyeux Noël » et des « Bonne chance »
La vie continue, the show must go on
Le bavardage est un antidote

Curatif, palliatif, au cas où
Chacun a sa raison de venir en radiothérapie
Toi, tu ne le sais pas encore, mais
C’est pour rien


*