04 janvier 2019

Une brique et un fanal




C’est un hiver hésitant. Le redoux et la pluie ont eu raison d’une partie de la neige du début de la saison. Toute la journée et une partie de la nuit passée, des flocons épars ont pratiqué le parachutisme. Ce matin, une mince couverture de flanelle blanche couvre le décor; rien de sérieux. Il fait doux et gris et humide.

Les plans pour la journée se limiteront à aller faire le marché en ville; ça laisse beaucoup de temps pour me consacrer à une nouvelle étape de mon marathon de lecture. Il faut dire que la brique en cours me résiste : j’en suis à ce traditionnel passage à vide vers la moitié du livre, alors qu’un bon deux cents pages me séparent encore du fil d’arrivée, que je m’essouffle, que je commence à traîner de la patte et que j’imagine le romancier qui m’attend au détour avec un sourire sadique, une brique (la sienne) et un fanal.

Il faut dire que ces prolixes pavés, ces bouquins bavards, ces volubiles volumes viennent plus souvent à bout de moi que l’inverse. Bientôt, quelques centaines de pages au compteur, je me mets à rêver à la pile des lectures en attente, jusqu’à ce que, honteux, j’abandonne la brique à son triste sort.

Le livre en cours est un des gros (au sens figuré) livres de l’année 2018, primé et salué par la critique. Je ne l’ai pas moins attaqué avec appréhension. Cette fois-ci, cependant, je crois bien que je vais passer au travers. En tout cas, aidé par ces quelques jours de (précieux) temps libre, favorables au binge reading, je m’accroche. Car malgré son sujet médical, son rythme lent et ses cinq cents pages — dont j’aurai le front de dire que j’en aurais coupé une bonne centaine —, il y a dans ce livre des qualités exceptionnelles, tant littéraires qu’humanistes.

Si tout va bien, pour une fois, tous ces arbres ne seront pas morts en vain.