08 août 2018

Passé simple (83) — TV (2)

 (Source)



C’est un dimanche après-midi d’automne, nous sommes dans le séjour du sous-sol, la télé est allumée, les Alouettes jouent, c’est l’époque où les matchs de la Ligue canadienne de football étaient transmis à la télé, ça doit être les éliminatoires menant à la coupe Grey; on n’écoutait quand même pas le football à toutes les fins de semaine. Peut-être que les Alouettes jouaient contre les Tiger Cats de Hamilton, peut-être qu’il y avait un peu de neige qui se mêlait au vert du gazon synthétique, ça arrivait souvent en fin de saison. Je bricole quelque chose, assis sur le plancher de prélart et j’écoute distraitement. C’est un samedi soir, on est dans le même sous-sol et à la télé, il y a La soirée du hockey, les Canadiens sont à peu près imbattables, c’est la dynastie des années 1970, les Ken Dryden, Guy Lafleur, Serge Savard, Pete Mahovlich, Larry Robinson et consorts. C’est aussi l’époque de René Lecavalier, qui nous décrit l’action avec fougue et une diction impeccable, on embarque dans le suspense, même si au fond, les probabilités sont du bord de notre équipe. Le hockey, je suis capable de le suivre avec attention un moment sans faire autre chose, pendant une période complète, il me semble. Quand j’étais très jeune, nous étions probablement toute la famille à regarder la télé (sauf mon petit frère qui n’était pas encore né). Mais bientôt mes sœurs sont déjà presque adultes, alors elles vaquent à leurs occupations, ensuite c’est mon grand frère qui devient adolescent et se transforme en courant d’air. Parfois, on écoute un film en soirée ou bien les sempiternels téléromans ou les séries américaines stupides. Par exemple, ce soir, c’est un soir de semaine, je suis en pyjama, allongé sur le ventre sur le tapis, un tapis ovale fait de boudins de tissus rapiécé, fabriqué par ma grand-mère, il y a école demain, je voudrais retarder l’heure d’aller me coucher, alors que Steve Austin, alias L’homme de six millions, défie les lois de la physique : debout au milieu d’un champ, il retient d’une main un hélicoptère pour l’empêcher de décoller.