02 février 2013

Et le café fut

— Monsieur?
— Ce serait un café. Un grand. Pour emporter.
— Et ce serait un café si…
— Oui?
— Si quoi?
— Je ne comprends pas la question.
— Vous me dites : ce serait un café. Ça suppose une condition. Pour que ce café soit. Je demande donc: ce serait un café si…
— Si vous me le servez.
— Ah, d’accord. C’est déjà plus clair. Un café serait, si je vous le servais. Il serait, soudain, apparaîtrait devant vous, un peu comme par magie. Mais seulement si je vous le servais. C’est ça la condition.
— Bon, écoutez, vous me le servez, ce café, ou quoi?
— Encore faudrait-il que vous me le demandiez.
— Mais c’est ce que je fais depuis cinq minutes!
— Ah, non. Vous ne me demandez pas un café, vous évoquer la possibilité qu’un café soit. Ce n’est pas la même chose.
— Bon, bon: Je prendrais un grand café pour emporter. C’est correct, comme ça?
— Non. Même problème. Seriez-vous en train de me dire que vous prendriez un café si au moins vous en aviez envie? Si vous n’étiez pas allergique? Que sais-je? Devant une telle information vague et conditionnelle, que pourrais-je faire sinon m’interroger?
— Écoutez, si vous ne voulez pas me servir un café, je vais aller l’acheter ailleurs.
— Non, bien sûr que je veux vous servir un café. Il s’agit simplement de me le demander.
— Grr. Pouvez-vous me servir un café. Un grand. Pour emporter. S’il vous plaît.
— Oui, bien sûr. Tout de suite monsieur. Avec plaisir monsieur.
— Mes aïeux, elle est folle ou quoi…
— Et voilà un grand café pour emporter! Autre chose avec ça?
— Je prendrais un muffin aux bleuets.
— Et vous le prendriez si…