03 juin 2010

Recyclage

On recycle bien le papier, pourquoi on ne recyclerait pas la poésie? Il publiait dans un obscur blogue les chutes et les rejets, les phrases mutilées par les ratures et les bouts de texte cachés dans les boulettes de papiers qui s’accumulaient dans la corbeille. Ça formait un bric-à-brac sans structure et sans propos, un peu écriture automatique, un peu n’importe quoi. Si à l’origine il n’avait pas retenu ces bouts de texte, c’est qu’ils n’étaient sans doute pas à la hauteur, n’est-ce pas? C’était donc assez mauvais et personne ne venait jamais sur le blogue lire cette œuvre recyclée. Mais ça lui donnait bonne conscience, question écologie.


* * * 


J'ai regardé à gauche, à droite
Avant de traverser ta vie

Elle est plus difficile à retenir
Qu'un numéro de téléphone

Mon amour à haute-fidélité

J’étouffais
J’étouffais pour toi

Hélas oubliées, les horreurs de naguère

Le bruit blanc de mes idées noires

La ratologie
Science de la vie à deux

Vas-tu finir par te décider
À prendre le pont bridge
À sortir de l'île

Je te cherche des puces
Tu me cherches des poux

Ce sont les fantômes de mes 20 ans
Qui viennent me hanter de temps en temps
C'était dans le temps
Où on ne faisait rien, pour passer l'temps
On se croyait immortels et pourtant
Aurais-je trop pris mon temps
Sur l’autoroute de mes vingt ans

Survivre à la nième guerre mondiale
Caché dans ma banlieue
USA contre les forces du mal
Le reste du monde au milieu

Je paye ma vie à l'heure
Les yeux collés sur le compteur

C'est un film dans lequel
Joue quelqu'un qui me ressemble

C'est l'expert en sinistre
Qui a dû apprécier

Pour déboguer mes humeurs
Narcotiques, antidépresseurs

J'avais compté tous les moutons
Mais je ne dormais pas encore

Je suis sorti promener mon cancer
Le pauvre petit avait besoin d'air

Les paroles s'envolent
J'ai chuchoté contre le vent

Banlieues beiges
Banlieues grises
Piétons perdus
Trottoirs déserts

Débouté en appel
Débité en rondelles

Le copié-collé, y a que ça de bien
Obtenez 2 fois plus pour 2 fois moins

– Que faisiez-vous quand Kennedy est mort?
– Je faisais rien, j'étais pas né

Les doigts habiles de la doctoresse
Chassent la douleur et la détresse

Je me suis enfui avec la chanteuse
On a filé, piano

J'entretiens la flamme
La flamme au foyer
J'entretiens mon psy
Ses factures salées

Les douleurs sourdes des masses muettes
Le destin aveugle des masses muettes

Entre chien et loup
Je suis aux abois

Ils hésitent
Ils zozotent

Des génocides au Timor

J'te cherche des puces
Tu m'cherches des poux

J'ai des amis biens placés
Dans la police du plaisir

Avant ma mise à mort
Mes souhaits:
Une p'tite vite
Une première cigarette
Et une dernière cuite

Fais ton lit, fleur de sel
Je me ferai petit
Et la terre et le ciel
Aussi

Le dandy raton

Est-ce un satellite?
Ou la station spatiale?
Une étoile filante au ralenti?
Ou une poussière dans mon œil?

Je t'aime, béat
Administre-moi de l'amour

La voix tonitruante du mime muet

C'est l'heure où sous les ponts
Pleuvent les suicidés

Oublie les 7 degrés de séparation
Je connais la moitié de la ville par son petit nom

Décolleté de dentelle
Débouté en appel
Débité en rondelles

Ton nom ma biche
Ton nom m'habite
Je te fabrique
Un acrostiche
Un rien lubrique
Mais tu t'en fiches