02 octobre 2006

Hollywood

C'est un monde où tout se passe à L.A. Toutes les histoires: des événements globaux aux anecdotes anodines: les alertes à la bombe, les catastrophes, les envahisseurs extra-terrestres, les épidémies de virus inconnus et foudroyants, les destins tragiques, les success stories, la vie des gens riches et célèbres, les héros et super-héros, mais aussi: les petits larcins, les trafiquants, les criminels grands et petits, les gens presque ordinaires, leurs amours, leurs petits drames, leurs hauts et leurs bas. Et toujours, au bout du compte, un happy end. Tout cela, à L.A. Toujours. De Pasadena à Long Beach, de Santa Monica à Hollywood, Beverly Hills, Malibu, Venice, etc. Le mythe d'un lieu: ici, que des histoires significatives.

Dans cet univers, les hommes sont braves et musclés; leur héroïsme leur vient naturellement. Dans cet univers, les femmes sont belles et séduisantes. Des Ken et des Barbie aux corps sculptés, standardisés, chirurgicalement corrigés. Des personnages interchangeables, qu'on reconnaît, d'une histoire à l'autre, toujours les mêmes. Ils sont cools, ils sont beaux, ils sont blancs, ils sont blonds et ils ne sont surtout pas obèses.

Dans cette réalité, les comportements sont formatés au point de devenir prévisibles. On peut supposer qu'il est rassurant d'y vivre. Les histoires d'amour suivent toutes le même schéma, les voitures qui ont un accident explosent toujours, les méchants tirent systématiquement à côté des héros, le personnage secondaire (de couleur) est toujours condamné à se faire bouffer par le monstre. Ici, les vêtements sont griffés et les objets portent une marque clairement identifiée; ici, rien n'est tout à fait anonyme. Les maisons sont toutes victoriennes et immenses; on les rénove à deux personnes en un week-end. Quand la réalité est un cliché ou que les clichés deviennent une réalité, on finit par savoir à quoi s'en tenir.

Mais cette réalité a son éthique. Il faut souffrir pour mieux goûter la rédemption. Les centaines de figurants morts sont vites oubliés, du moment que le personnage aimé soit sauvé. Les camarades ne seront pas morts en vain: une fois la menace barbare vaincue, on versera pour eux une larme à l'ombre du drapeau, alors que résonnera un air triste au cor anglais. Puis, Ken et Barbie finiront dans le même lit et feront l'amour, pudiquement cadrés, dans la position du missionnaire.

C'est un monde parallèle scénarisé, déterministe, homogène, plastique, lascif, puritain, suffisant, pavlovien et fondamentalement masochiste.

Bienvenue à Hollywood.