20 septembre 2021

La soirée électorale, les faits saillants

19 h 17

« PREMIERS RÉSULTATS À T.-N.-L. »

Ça va rouler, là.
Dans St-Jean-Est aucun résultat.
Y a tellement de chose qui peuvent se produire.

Trois-Rivières, une de nos circonscriptions chouchous.
Il bénéficie d’une certaine notoriété.
Les trois partis disent qu’ils vont la gagner.
C’est un peu plus lent, il y a moins de scrutateurs.

On n’a toujours pas de résultat dans St-Jean.

Le résultat par la poste, on le compte demain.
Je vous rappelle qu’on a des résultats dans cinq circonscriptions.

On n’a toujours pas de résultat dans St-Jean-Est.


19 h 32

La carte est plutôt pâlotte.
Terre-Neuve-et-Labrador, ça semble intéressant comme dynamique de campagne.
Les candidats-vedettes.

Ils entrent, les résultats.
Regardez, c’est très très chaud.

Les dés sont presque jetés.

On suit avec précision les résultats qui rentrent.
Encore une fois, c’est les premiers bureaux.
C’est très très tôt, ce sera à suivre.
Mais quand même, on voit des taches bleues où on n’en voyait pas.

Ici, c’est intéressant.
Ça ballote.
Ce n’est que le début.

St-Jean-Est, NPD en avance, voyez-vous.
On a le classement atlantique qui apparaît à l’écran.
La carte commence à prendre des couleurs, lentement, mais sûrement.


19 h 57

Les gens profitent de la soirée pour exercer leur droit de vote.

Nous avons un premier élu.
C’est vraiment pas une surprise.

Des petits chiffres.
Un bureau sur deux cent cinq.
Un aplatissement total du vote des Verts.

C’est un très bon point que vous amenez, là : pas de candidat, pas de vote.

C’est très très fragmentaire, à cinquante-cinq bureaux.
On est au début.


20 h 12

C’est très tôt dans la soirée.
On a des résultats, peu dans certains cas, très très peu dans certains cas.
Un point orange qui est apparu.
La lutte est quand même serrée.

Votre circonscription chouchou ?

Les chiffres n’ont pas tellement bougé.
On va se garder une petite gêne.
Là, on va se garder une grosse gêne.


20 h 30

(Musique dramatique)
Tout ça va s’accélérer.
C’est une de mes circonscriptions chouchou.
Oui, ç’a commencé lentement, mais là, ça rentre.

Trente-et-une voix qui les séparent pour le moment.
Regardez ici, ici et là.
C’est intéressant.


20 h 48

La soirée est jeune.
« On va avoir une belle soirée, en tout cas, le terrain nous le dit. »
Il y a eu une question de l’urne qui s’est présentée pour tout le Québec.

Ça, c’est un vrai gain.

C’est chaud, c’est très très chaud. Trente-six petites voix.

« Ma circonscription [Saint-Maurice—Champlain] est plus grande que la Belgique. »

Dans St-Jean-Est : la libérale qui prend de l’avance. Les carottes sont pas mal cuites, là.

Ça va peut-être être comme ça pendant une bonne heure.
Très, très, très serré.


21 h 30

(Musique dramatique)
Il y a deux cent soixante-deux circonscriptions qui viennent d’entrer dans le paniers.
Enfin, la carte va prendre des couleurs.

On risque de se coucher tard.
C’est fort intéressant.

Dans les quarante prochaines minutes, ça va être comme une glissade d’eau.
C’est là que ça va se jouer.
Ça va s’accélérer. Ça va débouler.

Il va y avoir des luttes qui vont se poursuivre pendant un bon bout de temps.

C’est le même résultat que tout à l’heure.


22 h 00

(Musique dramatique)
Quarante-trois circonscriptions vont s’ajouter.
C’est très fragmentaire.

Vous êtes un poids lourd du gouvernement.

Lui, évidemment, c’est réglé.

C’est très fragmentaire.
À suivre.
Ça sort tranquillement.
C’est au compte-goutte.
C’est très prématuré.

L’équipe de monsieur Trudeau se dit : « On va arracher un minoritaire. »
Vous avez tout à fait raison.


22 h 24

(Musique dramatique)
À 22 h 24, Radio-Canada prévoit que le prochain gouvernement sera formé par bla, bla, bla.

« Je suis zen. »
« Je me sens très zen. »
« Le travail que j’avais à faire a été fait. »

Ça, c’est des résultats plus costauds.

C’est pour ça qu’on y va avec des pincettes.

« On parle d’économie, on parle d’emploi.
Les Canadiens et les Canadiennes. »
Il est content.

Le Grand Toronto.
Le Grand Vancouver.
(Qu’en est-il du Grand St-Glinglin ?)

Encore une fois, c’est jeune, jeune, jeune.

« Freedom ! Freedom ! Freedom ! »
« Nos droits et libertés sont menacés ! »

Intéressant.
Les Verts sont à peu près inexistants au Québec.


23 h 12

À 23 h 12, Radio-Canada prévoit que le prochain gouvernement sera minoritaire.

En terme de suffrage, plus proche que ça, tu meurs.

« Je continue de me battre pour mes idées. La langue québécoise. »

(L’intérêt s’émousse. Le scribe cogne des clous et se retire.)


Épilogue



06 septembre 2021

Exit Facebook

Un mot pour vous aviser que le Machin à écrire quitte Facebook. Je ne vous ferai pas le coup de la longue explication compliquée. Disons seulement qu’il y a plusieurs raisons, parmi lesquelles mon aversion générale pour cette plateforme et son impact très, très modeste sur le lectorat du blogue (lequel est lui-même très modeste).

Le Machin à écrire continuera de turbiner, toujours à la même place, dans le World Wide Web, qui est un réseau accessible par tout le monde (qui a accès à l’Internet), de n’importe où, sans abonnement. Si vous voulez suivre les mises à jour, je vous recommande d’utiliser un lecteur de flux RSS, par exemple Feedly. Sinon, passez me voir régulièrement, je ne suis pas sorteux.


30 août 2021

De l’incontestable supériorité du pick-up

(Source)



Rien n’est plus satisfaisant que de rouler en pick-up. Rien n’égale ce sentiment de puissance et d’invincibilité, cette impression de regarder la vie de haut, de s’imposer naturellement dans le décor. Quiconque a piloté un pick-up à quatre-vingt-dix kilomètres à l’heure dans un chemin forestier connaît les dimensions du Québec profond et les qualités d’une telle mécanique. En pick-up, le territoire n’a plus de limites, car c’est là une formidable machine à voyager dans l’espace.

Donnez-moi quatre cent cinquante chevaux-vapeur et un couple de cinq cents livres-pied et je soulèverai le monde.

La polyvalence de la camionnette est sans égale. Que ce soit parce qu’on est entrepreneur en construction, que ce soit pour tirer un fifth-wheel, pour trimballer un quatre-roues ou une motoneige : il y a tant de raisons d’acquérir un pick-up. Mais tout le monde ne possède pas une motoneige ou un quatre-roues, tout le monde n’est pas adepte de camping ou entrepreneur en construction ; ce qui n’empêche pas de jouir d’être l’heureux propriétaire d’un pick-up dans ces rares occasions où on va quérir des panneaux de gypse chez Canac ou lorsqu’on déménage la belle-sœur. On se félicitera alors dans son for intérieur : « Mais qu’est-ce que j’aurais fait sans mon camion ? » On s’achète souvent un pick-up au cas où.

Nos semblables sont quantité négligeable du haut d’un pick-up. Regardez-les se traîner avec peine sur la route ! On n’a qu’à foncer, stoïque, et voilà que le trafic s’ouvre comme par enchantement devant notre fier destrier de deux tonnes. Le vent qui bat contre le pare-brise et la calandre ploie sans résister sous l’effet du fougueux moteur mû par ses six cylindres. Les aspérités de la route disparaissent grâce à la suspension à haute performance et aux pneus tout-terrains de trente-quatre pouces de diamètre. Et avec ce généreux réservoir de quatre-vingt-dix litres, nulle raison de s’en faire avec la consommation d’essence.

Dans chaque mâle adulte se cache un garçonnet qui aimait jouer avec des camions miniatures en se racontant des histoires de chantiers de construction ou d’exploration hors route. Le pick-up est un jouet pour adulte qui réveille des rêves trop longtemps enfouis. Derrière son volant, le mononcle moyen se transforme en Marlboro Man qui patrouille les limites de son ranch ; il devient un de ces bâtisseurs qui brassent de l’air et font du bruit avec de la machinerie. Voilà un drôle de paradoxe : lorsqu’il presse l’accélérateur d’un pick-up et que la puissante machine rugit, l’homme retombe en enfance en même temps que sa virilité est magnifiée. Le pick-up recèle certains des secrets les moins bien cachés de la psyché masculine.

Ce n’est pas pour rien que les poètes ont tant chanté le pick-up : c’est grâce à lui qu’on peut rejoindre l’éden forestier pour y embrasser son mode de vie sauvage. Comment ne pas s’émouvoir devant l’authenticité et la vigueur de l’homme en chienne carreautée qui guide son pick-up à travers bois, qui fait entendre le doux son de la scie à chaîne, qui hume les vapeurs bleues et odoriférantes d’un moteur à deux temps, qui tue son chevreuil ou attrape son quota de truites et qui, le soir venu, goûte le réconfort du bourbon et des braises du feu de camp ? La nature est plus docile et hospitalière au volant d’un pick-up.

Si le pick-up aime la puissance et l’aventure, il sait aussi se faire docile. C’est ainsi que, alors qu’on est de retour du supermarché avec des victuailles et un projet de grillades au barbecue, le confort de l’habitacle climatisé suscite la relaxation. Bercé par le ronronnement du V6, on se laisse dériver avec douceur sur les routes de campagne, en maintenant une vitesse d’à peine dix kilomètres à l’heure au-delà de la limite permise. Comme il fait bon frôler les mollets d’un couple de cyclistes s’échinant sur le bas-côté et soulever juste ce qu’il faut de poussière pour marquer son territoire ! La route nous appartient. La vie est belle. Les bouteilles tintent dans la caisse de douze posée sur la banquette arrière. Le soleil décline sur l’horizon. Voilà une autre journée qui s’achève. Avant d’aller retrouver les siens, il faudra garer la camionnette dans l’allée. Avant de rentrer, on lui tapotera la croupe en lui souhaitant bonne nuit. « Demain, si Dieu le veut, nous vivrons ensemble de nouvelles aventures ».


*


« Les pick-up populaires comme jamais. Près de la moitié des véhicules qui ont été vendus l’an dernier au Canada sont des camions » Journal de Montréal, 2019-01-17



« Depuis 11 années consécutives, les camions de la F-Series de Ford sont les véhicules les plus vendus au Canada, toutes catégories confondues » Communiqué de Ford du Canada Limitée, 2021-01-05


« Les camionnettes constituent la catégorie la plus prisée des Québécois, après les VUS et les compactes. (…) D’abord des ‘outils de travail’, les camionnettes, aussi appelées pick-up, sont désormais également des véhicules de loisirs, et pour beaucoup d’automobilistes québécois, leur moyen de transport principal. » Protégez-vous, Guide annuel autos neuves et d’occasion 2021.


26 août 2021

Lancement


 

Il est beau, il est bleu, c’est un fichier EPUB et on peut le lire. Le Machin à écrire est fier de lancer aujourd’hui un recueil d’aphorismes intitulé Extension du domaine de tous les possibles.

Tous les détails par ici.


23 août 2021

Quelques lieux communs de la rentrée littéraire

(Source)


C’est le mois d’août, la canicule s’étire et l’été s’achève. Le cycle des nouvelles est au plus lent et les médias cherchent désespérément du contenu pour alimenter leurs fils de nouvelles. Heureusement, comme chaque année à la même date, ils peuvent compter sur ce merveilleux marronnier qu’est la rentrée littéraire. Déjà, vous entendez gronder au loin le tsunami des nouveautés d’automne en redoutant de devoir subir le boniment habituel. 

Pour vous aider à vous retrouver dans ce raz-de-marée de contenu journalistique plus ou moins préfabriqué, nous vous proposons ce bref inventaire des lieux communs de la rentrée littéraire.


*


AGENCE FRANCE PRESSE (AFP). L’AFP pond un unique article au sujet de la rentrée littéraire française et en inonde la francophonie avec une vision uniformisée qui met les projecteurs sur quelques auteurs et maisons d’édition. Cette année, l’article s’intitule En France, une rentrée littéraire marquée par le poids de l’Histoire. Publié par exemple dans Liberté Algérie et Le Soleil. L’autre jour, dans Twitter, @amaisetti, @gvissac et @joachimsene s’en amusaient (ou plutôt s’en désespéraient).


AUTOFICTION. Encore cette année — encore cette décennie —, la rentrée démontre la toute-puissance de l’autofiction. Récit ou roman ? Peu importe : on veut du croustillant et du traumatisme. Le roman idéal ressemble à un journal à potins écrit à la première personne. Et si une star de la littérature compromet une personnalité dans son «  roman », c’est le succès assuré. Voir CONTROVERSE et PATRONYME.


CŒUR. La rentrée littéraire est beaucoup affaire de coups de cœur. Comment faire le tri parmi tous ces titres à paraître ? Le chroniqueur littéraire, qui n’en a encore lu aucun, peut déjà vous faire part de ses coups de cœur, choisis au hasard, en se basant sur « la rumeur » venant d’outre-Atlantique ou, plus simplement, parce qu’il reconnaît le nom de l’auteur. Voir PATRONYME.


CONFINEMENT. La pandémie a inspiré les Grands Auteurs et leur a insufflé une formidable productivité ; on accueille leurs nouveautés avec déférence. Par ailleurs, on n’oublie pas de souligner que les pauvres éditeurs sont submergés de « manuscrits de confinement » qui ne sont pas l’oeuvre de Grands Auteurs et qui sont par conséquent tous plus médiocres les uns que les autres.


CONTROVERSE. C’est la clé du succès en littérature, le truc de marketing par excellence. « Voilà un livre qui va faire jaser ».


FORMULES. On ne lésine pas sur les formules convenues. « Une rentrée littéraire sous le signe de » ; « Les livres à ne pas manquer » ; « Les grandes tendances de la rentrée littéraire » ; « Les livres les plus attendus de la rentrée ». C’est simple, d’une année à l’autre, il ne s’agit que de changer quelques mots pour actualiser la couverture de la rentrée littéraire.


« Les grandes tendances de la rentrée »


HISTOIRE. Comment titiller la lectrice et le lecteur à la recherche de la perle parmi les incontournables de la rentrée ? Il s’agit de rédiger de brefs résumés en multipliant les phrases débutant par « c’est l’histoire de ». La rentrée du Reader's Digest, en quelque sorte.


NOMBRE. Il est de bon ton de mentionner le nombre de nouveautés à paraître à la rentrée — en 2021, en France, c’est « plus de 500 » selon l’AFP — comme si cela représentait une mesure de l’état de santé de la littérature. Le nombre est si grand que ça sert d’excuse pour ne parler partout que des mêmes 10 ou 20 titres.


NOTHOMB. Amélie Nothomb incarne la rentrée littéraire. Elle cumule presque tous les lieux communs de cette liste. C’est vraiment trop injuste pour les autres auteurs vedettes.


PATRONYME. À la rentrée littéraire, on aspire à ce que les autrices et les auteurs — c’est étymologique — fassent autorité. On ne lit pas tant un livre que la personne qui l’a écrit. « Le dernier Unetelle ». « Le nouveau Untel ». Certains bandeaux publicitaires apposés sur les livres répéteront le nom de l’auteur, comme s’il s’agissait d’un prix littéraire (voir PRIX).


Cette manchette combine NOMBRE et PATRONYME


PRIX. La rentrée est aussi affaire de prix. Pas tellement ceux qu’on décernera au courant de l’automne — il est encore trop tôt pour parler de cela à la rentrée —, mais de ceux que les auteurs ont déjà derrière la cravate. Des bandeaux publicitaires apposés sur les livres vous le diront en grosses lettres. Un auteur primé, ça n’a pas de prix.


PROPHÉTIE. Tout auteur connu publiant un livre traitant de l’actualité ou d’un sujet dans l’air du temps sera qualifié de clairvoyant. Cette année par exemple, l’auteur d’un livre dans lequel il est question de virus ou de contagion n’a qu’à prétendre que son manuscrit a été déposé à son éditeur avant le début de la pandémie pour passer pour un futurologue de génie.


SINGULARITÉ. Devant l’amoncellement des livres de la rentrée, le chroniqueur littéraire cherche la singularité. « Une voix singulière ». « Un regard singulier ». Sachez qu’en règle générale, c’est de la singularité que naît l’ovni littéraire.


VÉCU. Le vécu est la pierre angulaire de l’autofiction. Pour devenir un roman et susciter l’intérêt, le vécu doit cependant être singulier. Voir AUTOFICTION et SINGULARITÉ.