22 avril 2019

Photons

Je ne cours pas vite, ce n’est qu’un jogging, disons, juste assez rapide pour que derrière moi le passé remplisse à la même cadence l’espace ainsi libéré; je crois voler du temps à la vie, mais le temps avance à la même vitesse que moi, sans jamais me rattraper par ailleurs. Et devant moi, la vie qui rétrécit. J’ai essayé d’accélérer, une fois, mais peu importe mon pas, le futur se dérobe et le passé me rattrape.


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J’ai mûri cette idée longtemps, jusqu’à ce qu’elle devienne blette, puis que des drosophiles se mettent à tourner autour. J’ai fini par la jeter aux rebuts. Un peu plus de spontanéité ne me ferait pas de mal.


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Quand la Terre se met à tourner, mon vertige s’estompe, mais la brise produite par le mouvement de rotation me fait soudain grelotter. Je ne sais pas ce qui est pire, mais, allez, autant qu’elle tourne, ça lui fait quelque chose à faire, la pauvre.


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C’est un exercice de style. Un roman sans chapitres, sans paragraphes. C’est un roman sans dialogues, sans narration. C’est un roman sans ponctuation, sans majuscules. C’est un roman sans verbes, sans articles, sans conjonctions. C’est un roman sans épithètes, sans substantifs. Pour tout dire, c’est un roman sans texte. Un roman sans pages, sans reliure. C’est un roman sans titre. Un roman fantôme. On en dit le plus grand bien, saluant l’audace de son auteur ou de son autrice, on ne sait pas trop, puisque anonyme, bien entendu.


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Et le printemps survient brusquement et le soleil explose et nous bombarde de photons, on plisse les yeux, abasourdis, et on cherche le couvert en panique, on n’y comprend rien, il y a vingt-quatre heures à peine on flottait, hébétés, dans une glauque dystopie météorologique.

20 avril 2019

Histoire de peur

D’un point de vue morphologique, les envahisseurs extraterrestres ressemblaient à des lézards humanoïdes. Ils se mêlaient subrepticement à la population grâce à une enveloppe corporelle qui leur donnait l’apparence humaine. Ainsi, ils avaient peu à peu infiltré toutes les couches de la société. On disait qu’ils se nourrissaient de chair humaine ; nous vivions dans un constant état d’angoisse, ne sachant plus qui de nos voisins, de nos collègues de travail ou de nos amis était en fait l’une de ces créatures sanguinaires. Tout le monde était suspect. Un détail les trahissait pourtant : cette façon qu’ils avaient d’accueillir les gens par la formule « Bonjour, hi ».

13 avril 2019

Les printemps sont parfois tardifs, mais ils finissent toujours par arriver

Le soleil. Le ciel. La douceur du vent. On oublie ces choses. C’est ma première sortie de l’année en shorts. Il y a encore de la neige dans les sous-bois, dans les champs, sur les terrains, mais ça fond. Les fossés sont à torrent. Toute cette eau se dépêche de descendre les coteaux pour rejoindre la Rivière aux Cerises. Sur le bas-côté, des traces de chevreuils et celles de chaussures de sport. Je cours par-dessus. La montagne pose son regard bienveillant sur le paysage, ses joues balafrées par les pistes de ski toujours enneigées. Je fais un simple aller-retour sur le chemin, la longue sortie, c’est pour demain. Demain, on aura peut-être une autre ration de printemps.

1 avril 2019

Ces tchigaboux sont pas tuables

Nous les pensions disparus. Nous les croyions morts et enterrés. Pantoute ! Vingt ans après leur disparition, les tchigaboux remettent ça le temps d’une soirée. Une occasion unique de faire un voyage dans le temps et de danser sur leurs vieux tubes !





À propos des tchigaboux et de CQFD

D’abord actifs sur le campus de l’Université de Montréal à partir de 1989, les tchigaboux se font lentement une place sur la scène locale montréalaise. Ils participent aux incontournables concours des années 1990 (dont l’Empire des futures stars et les Francouvertes) et se produisent dans tout ce que Montréal compte de bars à spectacles. Plusieurs de leurs chansons deviennent des tubes sur les radios communautaires et étudiantes montréalaises : Ménage à trois, La liberté passe par la séparation, Cow-boy de l’est, Je suis né en 67, Printemps, Diba diba (une reprise de Boby Lapointe). Ils lancent le mini-album Les tchigaboux ! (1996) et l’album Y a pas qu’l’amour qui rend con (1997), puis, participent aux FrancoFolies de Montréal en 1998. Les tchigaboux donnent leur spectacle d’adieu en novembre 1999.

Le groupe CQFD est fondé en 2000 par quelques ex-tchigaboux. Ils lancent un album en décembre 2002 et font quelques spectacles à Montréal en 2002 et 2003, avant de disparaître.

Pour plus d’information : https://tchigaboux.bandcamp.com

17 mars 2019

Le creux du biorythme

« Pas encore de la neige ! », ai-je maugréé spontanément en regardant dehors, ce matin. Ça ne tombe pas très dru et ça s’accumule en une fine couche sur le gros pick-up géant de la voisine d’en face (ou de son conjoint, ce n’est pas encore clair). Les bancs de neige sont encore imposants et ressemblent à des rochers, on les devine glacés et durs. On est au creux du biorythme hivernal : le moral n’y est plus. La déprime guette. On rêve de sentir la chaleur du soleil sur notre peau. Nos muscles sont fatigués de grelotter et veulent se détendre. Il fait moins sept. « Refroidissement éolien moins 17 le matin », prétend Environnement Canada. Les hivers sont plus froids depuis que les météorologues ont inventé le refroidissement éolien.

Plus tard, ma blonde va se lever et, remarquant la température extérieure sur le thermomètre, lâchera spontanément une phrase comportant des gros mots que nous préférons ne pas immortaliser ici.