24 novembre 2019

La planète des écureuils

Le va-et-vient des écureuils se poursuit ce matin. Ça gambade, ça renifle, ça fouille la neige. Ça court avec un truc dans la bouche (un gland ?). En voilà un qui a sauté d’une branche sur l’appentis de la voisine d’en face, il parcourt le plan incliné de la toiture de long en large, se demandant comment il en descendra. Il s’élance finalement à partir du point le plus bas de la corniche et atterrit sur un petit banc de neige, une vertigineuse chute de moins d’un mètre. J’ai connu des écureuils moins peureux.

Sinon, tout est tranquille. En l’absence de vent, les arbres sont immobiles. Aucun oiseau. L’image se fige ainsi un moment, jusqu’à ce que j’aperçoive au loin un de ces rongeurs grimper verticalement le tronc d’un cèdre. Une minute plus tard, un autre passe sur le fil électrique aérien qui longe la rue.

Je m’imagine que cette nuit, pendant que je dormais, les écureuils ont envahi la Terre et, à la suite d’une grande révolte, en ont pris le contrôle. Le genre humain, maintenant dominé par les sciuridés, est contraint à faire la culture du chêne et du noisetier. Les écureuils n’ont plus à s’astreindre à cacher, puis retrouver leur nourriture. Dans le cadre de fastueux banquets, leurs esclaves humains leur servent à volonté des glands frais et des tartines au beurre de noisette.

Une voisine passe, tirée par son labrador. Me voilà rassuré, rien n’a changé : les chiens sont bel et bien demeurés les maîtres du monde.

23 novembre 2019

L’angoisse des écureuils

Un minuscule écureuil roux arrive en sautillant. Il s’arrête devant la fenêtre, effectue une danse de Saint-Guy et détale. Un gros écureuil gris vient gosser sous le pin un moment, puis poursuit son chemin. Plus tard arrive un autre écureuil gris (ou le même, qui sait). Il creuse dans la neige, trouve quelque chose, grignote, reprend ses recherches par bonds rapides. Tous ces écureuils qui ratissent les terrains à la recherche de nourriture, c’est à se demander si l’hiver hâtif les a pris de court dans leurs préparatifs. Il me semble que chaque année, c’est la même panique. Ces petits rongeurs ne sont pas plus organisés que les humains qui se précipitent tous en même temps chez le garagiste pour faire installer leurs pneus d’hiver.

Hier soir, alors que nous étions sur la route, nous écoutions comme d’habitude l’Accent des autres sur ICI Radio-Canada première. J’adore cette émission. C’est un journal d’information auquel participent Radio-France international (RFI), la Radiotélévision suisse, la Radio-télévision belge francophone (RTBF), Radio-Canada et France Inter. Un journaliste de chaque chaîne francophone publique présente un topo concernant son pays. On découvre des histoires différentes, dont on ne parle habituellement pas chez nous aux actualités, présentées selon des perspectives différentes. À chaque émission, deux ou trois mots ou tournures de phrase me mettent de bonne humeur, pas nécessairement des régionalismes, seulement des mots que les journalistes n’utilisent pas ici. En prime, le débit chantant de l’animateur est une merveille. Une émission de radio qui permet un bref moment de se sortir la tête des affres du nombril québécois.

Le ciel est bleu. Presque neuf heures et les ombres s’allongent encore sur la neige. Aucune voiture n’est encore passée dans la rue. Je m’imagine que cette nuit, pendant que je dormais, la population du Québec a été décimée par un virus mortel et que je suis le seul survivant. Des oiseaux volent de branche en branche. Un autre écureuil qui fouille. Ces rongeurs sont de véritables boules de stress, ils ne tiennent pas en place. Leur vie semble hautement anxiogène.

Je me demande : les écureuils ont-ils aussi un nombril ?

Semoule

Idée de sport de démonstration pour les Jeux olympiques de Tokyo en 2020 : le 2 degrés Celsius fin du monde.


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L’apôtre de l’heure
La peur de l’autre


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The [insérez ici une couleur] album


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Un livre dont vous êtes le Salon.


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Idée de sport de démonstration pour les Jeux olympiques de Tokyo en 2020 : l’anacoluthe gréco-romaine. (Les règles demeurent à préciser.)

22 novembre 2019

Poésie corporative





Les objectifs
Les stratégies
Les objectifs stratégiques
Les priorités
Les orientations
Les cibles d’affaires
L’alignement








Le plan d’action
Les éléments de focus
Les composantes d’exécution
Les lignes directrices
Les zones d’amélioration
Le périmètre de transformation
L’architecture d’affaires








La gouvernance
Les tables de pilotage
Les axes d’intervention
Les leviers organisationnels
La mobilisation des ressources
La rétention des talents
Le taux de recommandation net








Les parcours client
Le marketing relationnel
Les projets transversaux
Le virage agile
Les flux de valeur
La transformation numérique
Le jargon corporatif











17 novembre 2019

Âgisme

La cinquantaine : le demi-siècle a quelque chose d’inachevé. Déjà, c’est une demie. On se demande : le verre est-il à moitié plein ou à moitié vide ? Est-on à la moitié de sa vie, l’a-t-on dépassée depuis longtemps déjà ? Le demi-siècle, il faut se l’avouer, marque le début officiel de la vieillesse, la vraie. Le quinquagénaire en présente déjà les principaux symptômes : les cheveux gris, les articulations douloureuses, les geignements lorsqu’il se déplie. Les yeux pochés. La presbytie.

Tentant de compenser d’être devenu vieux, le quinquagénaire fait étalage de sa prétendue sagesse : il chiale contre les jeunes, il dira comme si c’était une évidence qu’en toute chose c’était mieux avant, que tout se déglingue; les personnes vieillissantes aiment croire qu’après elles, il ne peut y avoir que le déluge, elles cultivent le catastrophisme, elles s’imaginent que leur disparition éventuelle signifie que tout va disparaître. Les jeunes sont comme ceci ou comme cela, les bonnes manières vont disparaître, le bon goût va disparaître, le français va disparaître, Montréal va disparaître, le Québec va disparaître, l’occident va disparaître, le monde s’en va à sa perte. Ce qu’on appelle la sagesse des vieux est trop souvent du radotage pessimiste et misanthrope, l’expression d’un conservatisme angoissé.

Plus les vieux sont vieux, plus ils ont peur de mourir et plus ils s’imaginent que la fin de l’humanité est imminente. L’humain semble avoir de la difficulté à s’imaginer qu’après sa disparition, le monde continuera à avoir du plaisir sans lui. Comme la population occidentale est vieillissante, ce pessimisme anxieux se généralise dans nos sociétés. On aimerait qu’il soit question de la pollution et du réchauffement climatique, mais il est beaucoup question de la peur des étrangers, de la peur de tout ce qui est nouveau et du douloureux deuil des activités humaines en obsolescence : tout se démanche, le pire est à venir, ça va donc mal.

Cette attitude m’irrite. Les vieux me fatiguent : ils s’inventent des dystopies et ne pensent qu’à la mort. Ils appartiennent au passé. J’admire la candeur des jeunes : leur optimisme et leur engagement les honorent. Je ne me fais pas d’illusions, cependant, et je sais pertinemment que je ne fais pas partie de cette jeunesse. Chaque fois que je passe devant un miroir, je me rappelle ce que je suis : un vieux, pas complètement vieux peut-être, un vieux en devenir, disons, les cheveux de plus en plus clairsemés, de plus en plus gris, la peau ravagée, les poches sous les yeux, la face qui tombe, les traits tirés. Et j’ai l’âge de mes os. Je suis donc vieux, d’accord, mais j’essaie de ne pas participer à la chorale des conservateurs défaitistes. Je suis chialeux, mais j’essaie de ne pas protester bêtement contre le changement; j’ai plutôt la prétention de croire qu’il est plus noble de m’en prendre à ce qui est immémorial et permanent chez l’humain.

Je ne vois pas ce qu’il y a de mal avec l’âgisme. Je le pratique volontiers. Si c’est pour moi une autre façon de grogner contre mes contemporains, c’est aussi une forme d’autodérision. Et je revendique haut et fort ma mauvaise foi, car c’est bien là un des seuls réels privilèges du cinquantenaire.