20 avril 2019

Histoire de peur

D’un point de vue morphologique, les envahisseurs extraterrestres ressemblaient à des lézards humanoïdes. Ils se mêlaient subrepticement à la population grâce à une enveloppe corporelle qui leur donnait l’apparence humaine. Ainsi, ils avaient peu à peu infiltré toutes les couches de la société. On disait qu’ils se nourrissaient de chair humaine ; nous vivions dans un constant état d’angoisse, ne sachant plus qui de nos voisins, de nos collègues de travail ou de nos amis était en fait l’une de ces créatures sanguinaires. Tout le monde était suspect. Un détail les trahissait pourtant : cette façon qu’ils avaient d’accueillir les gens par la formule « Bonjour, hi ».

13 avril 2019

Les printemps sont parfois tardifs, mais ils finissent toujours par arriver

Le soleil. Le ciel. La douceur du vent. On oublie ces choses. C’est ma première sortie de l’année en shorts. Il y a encore de la neige dans les sous-bois, dans les champs, sur les terrains, mais ça fond. Les fossés sont à torrent. Toute cette eau se dépêche de descendre les coteaux pour rejoindre la Rivière aux Cerises. Sur le bas-côté, des traces de chevreuils et celles de chaussures de sport. Je cours par-dessus. La montagne pose son regard bienveillant sur le paysage, ses joues balafrées par les pistes de ski toujours enneigées. Je fais un simple aller-retour sur le chemin, la longue sortie, c’est pour demain. Demain, on aura peut-être une autre ration de printemps.

1 avril 2019

Ces tchigaboux sont pas tuables

Nous les pensions disparus. Nous les croyions morts et enterrés. Pantoute ! Vingt ans après leur disparition, les tchigaboux remettent ça le temps d’une soirée. Une occasion unique de faire un voyage dans le temps et de danser sur leurs vieux tubes !





À propos des tchigaboux et de CQFD

D’abord actifs sur le campus de l’Université de Montréal à partir de 1989, les tchigaboux se font lentement une place sur la scène locale montréalaise. Ils participent aux incontournables concours des années 1990 (dont l’Empire des futures stars et les Francouvertes) et se produisent dans tout ce que Montréal compte de bars à spectacles. Plusieurs de leurs chansons deviennent des tubes sur les radios communautaires et étudiantes montréalaises : Ménage à trois, La liberté passe par la séparation, Cow-boy de l’est, Je suis né en 67, Printemps, Diba diba (une reprise de Boby Lapointe). Ils lancent le mini-album Les tchigaboux ! (1996) et l’album Y a pas qu’l’amour qui rend con (1997), puis, participent aux FrancoFolies de Montréal en 1998. Les tchigaboux donnent leur spectacle d’adieu en novembre 1999.

Le groupe CQFD est fondé en 2000 par quelques ex-tchigaboux. Ils lancent un album en décembre 2002 et font quelques spectacles à Montréal en 2002 et 2003, avant de disparaître.

Pour plus d’information : https://tchigaboux.bandcamp.com

17 mars 2019

Le creux du biorythme

« Pas encore de la neige ! », ai-je maugréé spontanément en regardant dehors, ce matin. Ça ne tombe pas très dru et ça s’accumule en une fine couche sur le gros pick-up géant de la voisine d’en face (ou de son conjoint, ce n’est pas encore clair). Les bancs de neige sont encore imposants et ressemblent à des rochers, on les devine glacés et durs. On est au creux du biorythme hivernal : le moral n’y est plus. La déprime guette. On rêve de sentir la chaleur du soleil sur notre peau. Nos muscles sont fatigués de grelotter et veulent se détendre. Il fait moins sept. « Refroidissement éolien moins 17 le matin », prétend Environnement Canada. Les hivers sont plus froids depuis que les météorologues ont inventé le refroidissement éolien.

Plus tard, ma blonde va se lever et, remarquant la température extérieure sur le thermomètre, lâchera spontanément une phrase comportant des gros mots que nous préférons ne pas immortaliser ici.

13 mars 2019

Le revenant

        — As-tu vu Pierre-Paul?
        — Oui.
        — Ça faisait longtemps que je l’avais pas vu. Il me semble qu’il a changé. On dirait qu’il est plus petit que dans mon souvenir.
        — C’est parce qu’il a eu un grave accident de voiture.
        — Ah, bon?
        — Oui. Et il est mort.
        — Bin voyons, il est pas mort, il était là, tantôt.
        — Attends. Son auto était une perte totale. Ils ont réussi à le sortir du tas de ferraille et à le transporter à l’hôpital de toute urgence, mais ses os étaient en miettes, ses membres et ses viscères en bouillie. Il était fini. Mais par chance, son visage était parfaitement intact. Alors, un chirurgien spécialiste a tenté en dernier recours une procédure inédite : on a lui greffé un nouveau corps sur sa face. Et il a survécu.
        — Wow. C’est pas croyable.
        — Pourtant, tu l’as bien vu, il était là, tantôt.
        — Eh, bin. Ça explique ce drôle de corps trapu.
        — Oui. Et sa soudaine passion pour le curling.