15 août 2018

Passé simple (85) — La petite école


Bolet hypersensible. Photo utilisée avec la permission de Renée Lebeuf. (Source: mycoquebec.org



L’enfance dont il est question ici se termine au moment du passage de l’école primaire à l’école secondaire. C’est à ce moment que mes souvenirs deviennent un peu plus fidèles et nombreux. Alors, que me reste-t-il de la petite école? Pas grand-chose, surtout des souvenirs périphériques : le ballon-chasseur à la récré, les cours de musique et d’anglais, l’aller-retour à la maison, les chicanes et les batailles qui s’y jouaient parfois. Mais de l’enseignement en classe? Presque rien. Je devais pourtant bien être assis là, devant un petit pupitre, à écouter, à apprendre, puisque c’est l’objectif de la chose. Utilisait-on des manuels? Un cahier? De quoi avait l’air mon sac d’école? Est-ce que j’avais un coffre à crayons? Laissait-on nos choses dans notre pupitre? Voyons voir. Un jour, la maîtresse m’a fait lire à haute voix pour la classe un extrait du Bon petit diable de la comtesse de Ségur. Coudonc, étais-je son chouchou? On pratiquait la technique du papier bouchonné, qui consistait à faire des boulettes de papier de soie, puis à les coller sur une forme, par exemple sur un cône de carton pour en faire un sapin de Noël. On faisait aussi du bricolage avec des cure-pipes multicolores; c’était assez courant pour que je me rappelle encore le nom de ces tiges de métal poilues. Le rang social de chaque enfant se mesurait par le nombre de crayons de couleur dans sa boîte Prismacolor, toujours un multiple de douze, le summum étant la boîte de soixante crayons, la plus prestigieuse, qu’exhibaient les enfants de famille riche ou peu nombreuse. Une année, la maîtresse a fait une série d’activités sur le thème des champignons, dont le point culminant a été une sortie de la classe dans le bois du Séminaire pour identifier des spécimens in situ. Nous n’avons rien trouvé, mais j’aurai au moins appris les mots polypore, bolet et vesse-de-loup. Vous voyez? On est encore et toujours dans l’anecdote. L’ordinaire laisse notre cerveau indifférent. La plate routine s’oublie à mesure qu’on la vit.