11 septembre 2017

Passé simple — Cendriers

[Suite de notre série sur le thème de la mémoire et du temps qui passe. Vous pouvez en suivre le fil par ici.]



Mes parents ne fumaient pas. En fait, je ne me rappelle pas avoir vu personne fumer à la maison, je veux dire y compris les invités, mais peut-être que c’est ma mémoire qui s’est mise au goût du jour, qui s’est trop bien synchronisée avec les mœurs actuelles, maintenant que plus personne ne fume dans la maison d’un non-fumeur. À bien y penser, je pense que mononcle Bernard a fumé chez nous parce que, je le dis sans irrespect, et d’ailleurs que dieu ait son âme, mononcle Bernard fumait sans discontinuer, une vraie cheminée. Or, malgré que personne ne fumait à la maison, il y avait quand même, me semble-t-il, un certain nombre de cendriers disposés ici et là, dans le salon, dans le séjour au sous-sol, des cendriers vidés de leur fonction utilitaire et devenus objets décoratifs, des cendriers qui n’ont sans doute jamais ou en tout cas très, très rarement vu cendre ou mégot. Il y a eu dans l’histoire moderne des maisons cette période de transition où les cendriers ont été des espèces de bibelots avant de bel et bien disparaître du décor.