29 décembre 2016

Humoriste

        — Regarde, ça, c’est mon François-Kéveune.
        — Un beau grand garçon!
        — Ah! C’est plus un enfant, maintenant. Il vole de ses propres ailes.
        — Qu’est-ce qu’il fait dans la vie, déjà, ton François-Kéveune?
        — C’est un humoriste.
        — Ah, un humoriste.
        — Oui.
        — Et il est drôle?
        — Non.
        — Il ne fait pas rire les gens?
        — Oui, parfois, bien qu’il ne soit pas drôle.
        — C’est paradoxal, ça. Comment peut-il être humoriste s’il n’est pas drôle?
        — Je sais pas. Probablement parce qu’il a un diplôme en humour.
        — Un diplôme en humour? Ça existe, ça?
        — Oui. Ils ont une école. Un peu comme l’ENAP ou les HEC, mais pour la drôlerie plutôt que pour l’administration ou le commerce. Tu vois le genre?
        — Je pense, oui.
        — Comme l’école de police. Ou, l’ITHQ. Ou, euh…
        — C’est bon, je pense que je vois ce que tu veux dire.
        — Tu sais, il a un diplôme accroché au mur chez lui sur lequel il est écrit « Humoriste », alors on ne peut pas lui enlever ça, tu comprends?
        — Hm, hm.
        — Donc, bref, puisqu’il a un diplôme en humour, qu’il se présente comme étant un humoriste – il se fait appeler Kèv, tu t’imagines –, qu’il dit des trucs, euh, décalés, mettons, et qu’en sa présence, des gens rient parfois – pourquoi ils rient, ça demeure pour moi un mystère; peut-être sont-ils mal à l’aise à cause de ses propos décalés? –, bref, bien qu’il ne soit pas drôle, tout ça fait quand même de lui un humoriste.
        — Eh bin. On peut donc être humoriste sans être drôle.
        — Oui. Je suppose que c’est un peu comme un policier qui n’aurait jamais élucidé de crime.
        — Hm, hm. Ou un romancier jamais publié.
        — C’est ça. J’avoue que je suis mauvais juge, parce que les humoristes, je ne les trouve jamais drôles.
        — Ah non? Jamais? Même ton François-Kéveune?
        — Non, même lui. Rien à faire, ils ne me font pas rire.
        — Je comprends ce que tu veux dire. Moi, c’est les clounes. Je les trouve épeurants.
        — Oui, mais les clounes, c’est pas pareil : tout le monde a peur des clounes.