5 septembre 2016

Retailles (2)

Depuis que j’ai lu un article qui explique que plus personne ne met de point à la fin de ses textos, je m’inquiète : de quelle planète proviennent tous mes correspondants?

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Rien n’est plus triste qu’une vieille personne qui prétend que tout s’en va à vau-l’eau, qui est atteinte de cette forme de presbytie par laquelle sa vision du monde est aveuglée par le mur de sa mort prochaine, qui ne voit plus au-delà, la vie qui se poursuivra très bien sans elle.

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Les historiens s’entendent pour dire que l’évènement qui préfigura la chute de l’empire culinaire de Ricardo fut la publication dans son magazine de cette malencontreuse recette de profiteroles à la mijoteuse.

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(Source de l'image: Slate.fr)


Je n’en peux plus de lire le code pour la programmation. Apprendre le code? Le code quoi? Le code de la route? Le code Morse? N’insistez pas, apprendre le code informatique, ça ne fonctionne guère mieux : c’est un peu comme dire apprendre les nombres plutôt que apprendre les mathématiques.

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Il avait entrepris d’écrire et de publier chaque jour dans un site web de courts textes. C’était un projet littéraire de son temps : un blogue, des règles du jeu simples, un défi sur la durée. « Cette contrainte d’écriture au quotidien, s’était-il dit, me permettra peu à peu de constituer un beau corpus, qui sera bientôt suffisant pour publier un livre et, qui sait, peut-être même une série. » Derrière cette entreprise modeste — ces petits textes composés au quotidien — se cachaient au fond de grandes ambitions littéraires.

Au début, la source d’inspiration lui sembla inépuisable; il faut dire qu’il avait accumulé dans ses carnets au fil du temps quelques bonnes idées. Ainsi publia-t-il pensées, aphorismes, choses vues, portraits, traits d’humour; ces petites bouchées littéraires lui procuraient bien du plaisir. Mais peu à peu, la source se tarit, les idées devinrent plus rares et moins intéressantes. Il dut finalement se rendre à l’évidence : il n’était pas fait pour le travail sous pression et pour une telle production quotidienne; il n’avait ni la discipline ni le souffle requis.

Épuisé, il abandonna donc ce projet après seulement deux livraisons.