8 janvier 2016

Passé simple — Années-lumière

(Image modifiée à partir de cette source)



L’enfance est une planète lointaine qu’on sonde à l’aide d’instruments bien imprécis. On perçoit des rayonnements ténus, on tente de se faire une idée de la chose, mais on n’a pas grand données à notre disposition. On en vient à définir un système théorique qu’on pose comme hypothèse : disons que mes premières années ont ressemblé jadis à ceci. On était pourtant là, on a tout vu, tout ressenti, mais les capteurs étaient trop neufs et pas assez rodés, le cerveau ne comprenait que très partiellement ce qu’il percevait. Il nous faut aujourd’hui admettre qu’il ne nous reste presque rien de l’enfance : de l’information de seconde main, des photos, de rares objets. Ce qu’on appelle nos premiers souvenirs n’est que la description de mémoire de vieux clichés perdus ou la version personnelle d’épisodes bien connus de la légende familiale. Et plus nous prenons de l’âge, plus l’univers s’étend et plus cette petite planète qu’est l’enfance s’éloigne. Sur l’écran, ce n’est bientôt plus que trois ou quatre pixels rougeâtres sur le noir du vide intersidéral. Il pourrait aussi s’agir de bruit de fond ou d’un artéfact électronique, on ne peut en être certain. On continue quand même de loin en loin à jeter un œil mélancolique à l’écran pour s’assurer que la petite tache rouge est toujours là, à la même place.