20 juillet 2015

Raté

Sa vie était une blague qu’on est forcé d’expliquer, un plat qui manque de sel, un parapluie oublié dans un café, un imitateur de Michael Jackson incapable de faire le moon walk, un métro dont la porte bloquée cause un ralentissement de service sur la ligne orange.

Le pauvre avait un don. Il passait systématiquement à côté de toutes les opportunités. Ses femmes le quittaient pendant qu’il avait le dos tourné. Ses ambitions jouaient les illusions d’optique, tel l’oasis qui recule à mesure qu’on s’en approche. Et lui traversait ce mauvais film en étant toujours mal cadré, toujours en retard de quelques répliques, doutant qu’on mette son nom au générique.

Il eut pourtant son heure de gloire le jour où on parla de lui dans le journal : ce n’est pas tous les jours en effet qu’un type meurt écrasé par la chute d’un piano en traversant la rue.