24 juin 2015

La liberté passe par la séparation (dixit les tchigaboux)

[C’est la Fête nationale du Québec. J’ai eu l’idée de vous parler d’une chanson que j’ai écrite et chantée à une époque de ma vie. Bien qu’en apparence narcissique, ce billet a pour thème le temps qui passe.]


Les tchigaboux en 1995


Septembre 1995. À quelques semaines d’un référendum sur la souveraineté du Québec, le groupe montréalais les tchigaboux lance fort opportunément le démo d’une chanson intitulée La liberté passe par la séparation. Une cassette quatre pistes, accompagnée d’un communiqué, est envoyée à quelques radios.


Communiqué de presse accompagnant
la cassette démo


La chanson venait tout juste d’être enregistrée dans un studio de Beloeil, en même temps que trois autres pièces qui paraîtront au début de 1996 sous forme d’un mini-album. À l’époque, on n’enregistrait pas un album dans sa cuisine avec son ordinateur portable; il fallait plutôt aller dans un studio, un endroit où on trouvait une pièce insonorisée pour la prise de son, et équipée d’une grande console multipiste et de divers appareils électroniques de traitement sonore (égalisateur, compresseur, etc.). Pour cette chanson, la prise de son avait été réalisée en seize pistes sur ruban (oui, un ruban de plastique magnétisé enroulé sur une grande bobine) et le matriçage effectué en numérique sur DAT.


Pochette de la cassette démo


La musique est née de diverses jam sessions au local. Un rythme bluesy-funky-rock, des guitares rentre-dedans, la voix qui scande un message on ne peut plus clair. Le texte, très premier degré, est un appel à voter en faveur de l’option indépendantiste au référendum. Selon un manuscrit, une première ébauche du texte semble avoir été écrite en juillet 1994, puis complétée en avril 1995. Les tchigaboux suivent la politique de près et alors que la campagne référendaire fait rage, le local de répétition se transforme pendant les pauses en véritable café politique. Tous les membres du groupe sont dans le même camp, il n’y a donc pas trop de discorde : tout au plus le degré de séparatisme de chacun fait-il parfois l’objet de quelques débats.



La liberté passe par la séparation


Écoute-moi bien, je scande sur cette musique
Un message d’intérêt public
Ouvre grandes tes oreilles
C’est le moment où ton peuple se réveille
Tu me dis : « Ah, non! Parle-moi pas de politique
Ça dérange mon confort apathique
Parle-moi pas de la question nationale
Parce que ce qu’on sait pas, dans le fond, ça fait pas mal »
Non, mais, combien de fois faudra-t-il qu’on t’encule
Pour qu’enfin une fois dans le cubicule
Tu prennes la bonne décision :
La liberté passe par la séparation 
Pour le bien, le mieux de notre culture
Faudra bientôt vivre cette rupture
Rejeter le dogme fédéral
Oublier ceux qui te font la morale
Ceux qui prédisent des catastrophes
Ceux qui prétendent que tu n’as pas l’étoffe
D’un citoyen souverain
Que t’es qu’un provincial, que t’es né pour un p’tit pain
Va falloir que tu relèves tes manches
Que tu sortes une fois pour toutes de ton adolescence
Que tu fasses preuve d’ambition
La liberté passe par la séparation 
Je ne veux plus voir sur mes cennes, sur mes piasses
Un roi ou une reine, de profil ou de face
Je refuse d’être dirigé
Par une association d’anciens PDG
Aux tergiversations maladroites
Du néo-libéralisme de droite
J’oppose la volonté d’un peuple mature
Progressiste, tourné vers le futur
Laissons donc les cons fédérés
S’enliser dans leur immobilité
À ces gourous de la centralisation
J’réponds : « La liberté passe par la séparation » 
Devant cette solution ultime
Tu te demandes s’il est légitime
De prendre ainsi la Bastille
De créer peut-être un peu de bisbille
Relaxe donc tes chimères déontologiques
J’te parle d’une révolution démocratique
Où une tête, un crayon, un bulletin de vote
C’est tout ce qu’il faut pour être Patriote
Du castor en plastique on fera les obsèques
Quand enfin naîtra le pays du Québec
Quand se tiendra debout sa nation
La liberté passe par la séparation


À quelques semaines du référendum, cette chanson en forme de cri de ralliement arrive à point nommé: elle atteint bientôt la première position du palmarès de la radio étudiante de l’Université de Montréal CISM FM et la troisième position du palmarès de la radio communautaire CIBL FM.


Article du journal VOIR, 1995-10-19


Si vous fréquentiez à l’époque les ondes des radios CIBL et CISM, ou si vous alliez danser aux dimanches francos du Café Campus, peut-être avez-vous entendu cette toune? Même après la débandade référendaire, la chanson demeurera un des points forts du répertoire des tchigaboux. C’était il y a vingt ans. Qui oserait lancer une telle chanson aujourd’hui?





*


La chanson La liberté passe par la séparation, un texte de Nicolas Guay et une musique des tchigaboux, est enregistrée à la SOCAN.

Pour plus de détails au sujet des tchigaboux, on pourra se rendre ici et télécharger leur musique par là.