6 mai 2013

Une bonne douche froide

Lorsque je sens éclore en moi un germe d'ambition de peut-être un jour publier un livre, je me précipite à cette grande librairie située à quelques pas de chez moi et me dirige directement à l'étalage des romans québécois. Je considère alors la pile immense des nouveautés, celles de la rentrée de l'hiver, de la rentrée du printemps, de la rentrée du mois d'avril, les rentrées, on ne les compte plus, ça rentre au poste, ça rentre à pleine porte, ça finit par constituer un impressionnant Everest de livres, et je ne parle ici que des parutions from Quebec, parce qu'il y a des amas semblables de nouveautés selon d'autres thèmes — Roman Canada, Roman France, Romans étrangers, Essais, Poésie, etc. À lui seul, le présentoir Romans Québec croule sous le poids de tonnes de volumes. On ne sais trop si tout ça se vendra ou non, mais on remarque dans la masse ce roman dont tout le monde parlait il y a quelque mois, l'autre qui fait l'objet d'un gros travail de promo souterrain dans le Web par un commando d'amis de l'auteur, celui-là qui a gagné un prix et dont des chroniqueurs disaient tant de bien, et d'autres que je reconnais vaguement ou qui ne me disent rien du tout. Il y a là à lire pour plusieurs vies, l'offre semble de beaucoup dépasser la demande et il m'apparaît parfaitement évident que l'humanité, même en se limitant à celle qui vit au Québec, n'a pas besoin d'un livre québécois de plus, qu'il y en a déjà bien trop, que l'essentiel de tout ça finira de toute façon sous le pilon et au recyclage. Tout semble soudain parfaitement clair. Je rentre alors à la maison, le cœur léger puisque vide, vide de toute ambition, de tout rêve, de toute énergie. J'ai encaissé le reality check, douloureux mais nécessaire, j'ai goûté à la douche froide, celle qui casse toute libido.

Le phénomène dure généralement quelques heures avant que je ne me remette à avoir envie d'écrire et à imaginer mes niaiseries sous forme de livre relié, idéalement en première position du palmarès des best sellers.