L’histoire commence le 13 avril 2011. Ce soir-là, la télévision publique présentait un débat entre les chefs des quatre partis politiques fédéraux canadiens. La campagne électorale faisait rage en vue des élections du 2 mai suivant et, selon la tradition, cette émission d’information permettrait aux chefs des partis de présenter leur programme, mais surtout de se livrer à une joute verbale en forme de concours de charisme. Comme le voulait la tradition, un journaliste jouait le rôle de modérateur des débats, mais également de caution journalistique à cette émission qui tenait d’avantage du jeu télévisé que de l’émission d’information. Puisque c’était déjà incontournable à l’époque, on avait aussi greffé au format classique de cette émission quelques questions issues du public, sous forme de capsules vidéo mettant en scène des quidams proposant chacun une problématique aux candidats. Bref, du vrai monde qui aborderaient à n’en pas douter les vraies questions concernant les vraies affaires.
La première question du public fut donc posée par une certaine Madame Muguette Paillé, chômeuse de 53 ans et citoyenne du sans doute très pittoresque village de Sainte-Angèle-de-Prémont, en Mauricie. Son intervention portait sur le marché de l’emploi mauricien en général et sur la situation de chômeuse de Madame Paillé en particulier. Réagissant à ses propos à tour de rôle, les chefs exprimèrent toute la compassion qu’ils ressentaient pour Madame Paillé, faisant miroiter de vagues promesses de création d’emploi tirées de leur programme électoral respectif. Ce faisant, ils répétèrent le nom de Madame Paillé plusieurs fois, cherchant sans doute à mettre un visage humain sur leurs propos autrement peu passionnés. Ainsi scandèrent-ils « Madame Paillé » par-ci et « Madame Paillé » par-là, ce qui eut tôt fait d’attirer l’attention de la meute des internautes qui, au même moment, commentaient l’émission en direct sur Twitter et Facebook. Une belle atmosphère de party régnait ce soir-là dans les réseaux sociaux et ceux-ci s’emparèrent instantanément de Madame Paillé comme s’il se fut agit d’un jeune garçon qui s’était filmé en train de mimer un Jedi. Peu importait la question de Madame Paillé, peu importaient les réponses des chefs de parti. Muguette Paillé était soudain à la fois le Star Wars Kid, Susan Boyle et le hashtag #ThingsIDoAfterSex : un super running gag, aussi puissant qu’éphémère, un autre de ces phénomènes de masse si courant dans les réseaux sociaux. Certains mirent Google à contribution pour traquer Muguette Paillé dans les racoins de l’internet. On découvrit notamment que Madame Paillé soumettait parfois des recettes dans le site Web d’une chaîne de supermarché, par exemple sa fameuse Poutine aux fraises, « aimée » par plus de 330 utilisateurs de Facebook. On se mit à modifier des titres de chanson ou de film à l’aide de son nom, juste pour déconner. On répétait « Madame Paillé » à toutes les sauces, espérant faire de l’expression un Trending Topic de Twitter, sans arrière-pensée contre cette femme, sans égard pour quelque considération politique que ce fut. Bref, les internautes passèrent une bien belle soirée de délire.
Le lendemain, les journalistes, à l’époque encore peu familiers avec les médias sociaux, interprétèrent le phénomène au premier degré et furent convaincus que si Madame Paillé avait connu un tel engouement dans Twitter, c’est qu’elle avait « touché les gens », qu’elle représentait « tous les chômeurs » et que les internautes n’étaient pas restés insensibles à son « témoignage poignant concernant la situation du marché du travail en Mauricie ». On ne manqua pas de faire le parallèle entre Madame Paillé et Joe the Plumber, cet homme du peuple qui avait tant fait parler de lui durant la dernière campagne électorale aux États-Unis. Les utilisateurs de Twitter croyaient halluciner en entendant ces journalistes parler de phénomène Madame Paillé, ces journalistes qui semblaient totalement inconscients de s’être fait mené en bateau par la twittosphère. Les jours suivants, Madame Paillé fut l’invitée de toutes les émissions d’affaires publiques; son téléphone ne dérougissait pas. On présentait la femme comme l’archétype des chômeurs, voire de tous les électeurs et de leur beau-frère. Les entrevues se terminaient invariablement de la même façon : on espère tous que vous allez bientôt vous trouver un travail, Madame Paillé, bonne chance, Madame Paillé.
Plus tard durant la campagne électorale, Madame Paillé donna officiellement son appui au Bloc Québécois lors d’une conférence de presse. Mais malheureusement pour elle, le Parti Conservateur remporta les élections et Madame Paillé, toujours au chômage, tomba dans l’oubli. Tout au plus la revit-on ressurgir de loin en loin, par exemple lorsqu’il était question dans l’actualité de la condition des chômeurs ou de la Mauricie ou des chômeurs de la Mauricie. Puis, en janvier 2012, coup de théâtre, on apprend que Madame Paillé songe à être candidate pour le Parti Québécois lors des prochaines élections provinciales.
La suite appartient à l’histoire : les guerres intestines au Parti Québécois qui ont raison de Pauline Marois, la course à la chefferie, remportée haut la main par Madame Paillé, le PQ qui rafle une majorité aux élections provinciales du printemps 2012. Et Madame Paillé qui devient ainsi la première femme à occuper le poste de premier ministre du Québec. De son règne qui durera huit ans, on retiendra surtout le déménagement des bureaux du Ministère du Travail à Sainte-Angèle-de-Prémont, le scandale des téléréalités subventionnées et la nationalisation du Quartier Dix30. À l’automne 2020, après la défaite de son parti, elle-même battue dans son comté, elle quitte la politique, désirant, dit-elle « prendre du temps pour me ressourcer et réfléchir à mon avenir ». Mais la pause ne sera que de courte durée. Malgré ses allégeances politiques nationalistes québécoises, le gouvernement canadien la nomme ambassadrice du Canada à l’UNESCO. Quatre ans plus tard, s’étant fait un nom dans les arcanes de la diplomatie onusienne, elle est nommée secrétaire générale des Nations Unies.
Maintenant à la retraite, Madame Paillé est une habituée du circuit des conférences internationales. On la voit souvent à Washington, Bruxelles ou Shawinigan. Elle est malgré tout demeurée une femme simple, continuant par exemple à soumettre des recettes dans les blogues culinaires. Et depuis quelques mois, le nom de Madame Paillé est régulièrement évoqué pour le Nobel de la paix. Oui, celle qui n’était jadis qu’une anonyme chômeuse sera peut-être bientôt récipiendaire d’un Nobel. Tout cela grâce à ces milliers d’internautes qui, par une soirée d’avril 2011, auront reconnu en elle une personne d’exception. Voilà en un mot le destin extraordinaire de Madame Paillé.
29 janvier 2012
27 janvier 2012
Une belle liste (biblique)
Le lecteur qui fréquente à l'occasion ce blogue aura sans doute remarqué ma légère compulsion pour les listes (sous contrôle, je vous rassure). En effet, je l’avoue, j’appréhende souvent le monde sous forme de listes. Est-ce un effet secondaire de mon esprit analytique et cartésien? Sans doute. J’apprécie aussi le rythme de la liste, qui induit une certaine poésie. Bien que j’aime colliger des listes, dont certaines ont tout naturellement trouvé leur chemin jusqu’à ce blogue, je n’apprécie pas nécessairement celles des autres et, non, je n’occupe pas par exemple mes temps libres à lire l’annuaire téléphonique ou d’anciennes tables de logarithmes (une forme ancienne du livre numérique). Ce qui ne m’empêche pas de reconnaître et d’apprécier une belle liste. Ainsi suis-je tombé aujourd’hui par hasard, en parcourant la bible, sur ce superbe spécimen. (La bible? Eh oui, il m’arrive parfois de lire la bible; par exemple, l’autre jour, je me suis tailladé le pouce en coupant un rutabaga, j’ai dû me rendre à l’urgence, j’y ai attendu onze heures pendant lesquelles j’ai eu notamment le temps de lire tous les évangiles ainsi que les livres deutérocanoniques , ce qui eut sur moi le même effet qu’une session d’hypnose, me permettant d’oublier l’attente interminable, ma douleur, les geignements de mes voisins dans la salle d’attente, ainsi que l’odeur de la vieille femme assise à côté de moi; bref, ces effets analgésiques et cataleptiques me permirent de tenir le coup jusqu’à ce qu’un médecin m’ausculte et me demande avec mépris ce que j’étais venu faire à l’urgence pour une telle coupure superficielle, ajoutant que je n’avais pour me soigner qu’à appliquer un pansement et que je devais foutre le camp de l’hôpital au plus vite, parce qu’il y avait tous ces patients dans la salle d’attente qui attendaient pour des problèmes de santé bien pires que les miens, et ainsi filai-je en vitesse en je me disant que la prochaine fois que je ferais un couscous, je laisserais faire le rutabaga, et que d’ailleurs ce soir-là, j’aurais dû suivre ma première idée et me faire livrer une pizza).
De plus, il me semble que cette idée d’une ascendance de Jésus ne colle pas d’un point de vue de la doctrine catholique. Je retiens de mon éducation catholique que Jésus était le « fils de Dieu ». Pas son arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-petit-fils. La filiation de Jésus avec Dieu ne tiendrait soudain plus qu’à celle liant Dieu à Adam, autant dire à pas grand-chose, enfin, à rien de plus que ce qui relierait n’importe quel quidam à Dieu. On est loin du « fils de ». Sans parler qu’une généalogie de Jésus passant par son père Joseph, lequel est connu pour ne pas avoir participé à sa conception, ne présente que très peu d’intérêt. Il aurait fallu plutôt étudier les ascendants de sa mère, non?
Bref, voici donc cette liste biblique, tirée de l’évangile selon Luc.
[Source: http://www.info-bible.org/lsg/42.Luc.html#3]
[Ajouts du 2012-01-28]
Cette liste me chicote.
On n’oserait évidemment pas mettre en doute la sincérité de Luc l’évangéliste, mais ça donne l’impression qu’il a inventé cette ascendance de toute pièce. S’est-il basé sur des sources fiables? A-t-il bénéficié de l’apport d’historiens de l’époque? A-t-il eu accès à une documentation crédible? J’essaie d’imaginer tous ces actes de naissances remontant à Adam, minutieusement archivés à la bibliothèque d’Alexandrie… Cette idée d’une généalogie de Jésus remontant jusqu’à Adam (en passant par Noé) me laisse sceptique.
Selon l’angle chronologique, cette généalogie ne tient pas d’avantage la route. Si je compte bien, il y aurait 78 générations entre Adam et Jésus. À 25 ans par génération, on pourrait en déduire l’âge de l’humanité : (25 x 78) = 1950 ans avant J-C, ce qui correspond grosso modo au début de l’âge de bronze. Il y a comme un léger raccourci ici... En passant, aux dernières nouvelles, Homo Sapiens serait apparut il y a environ 200 000 ans.
« Jésus avait environ trente ans lorsqu'il commença son ministère, étant, comme on le croyait, fils de Joseph, fils d'Héli, fils de Matthat, fils de Lévi, fils de Melchi, fils de Jannaï, fils de Joseph, fils de Mattathias, fils d'Amos, fils de Nahum, fils d'Esli, fils de Naggaï, fils de Maath, fils de Mattathias, fils de Sémeï, fils de Josech, fils de Joda, fils de Joanan, fils de Rhésa, fils de Zorobabel, fils de Salathiel, fils de Néri, fils de Melchi, fils d'Addi, fils de Kosam, fils d'Elmadam, fils D'Er, fils de Jésus, fils d'Éliézer, fils de Jorim, fils de Matthat, fils de Lévi, fils de Siméon, fils de Juda, fils de Joseph, fils de Jonam, fils d'Éliakim, fils de Méléa, fils de Menna, fils de Mattatha, fils de Nathan, fils de David, fils d'Isaï, fils de Jobed, fils de Booz, fils de Salmon, fils de Naasson, fils d'Aminadab, fils d'Admin, fils d'Arni, fils d'Esrom, fils de Pharès, fils de Juda, fils de Jacob, fils d'Isaac, fils d'Abraham, fis de Thara, fils de Nachor, fils de Seruch, fils de Ragau, fils de Phalek, fils d'Éber, fils de Sala, fils de Kaïnam, fils d'Arphaxad, fils de Sem, fils de Noé, fils de Lamech, fils de Mathusala, fils d'Énoch, fils de Jared, fils de Maléléel, fils de Kaïnan, fils d'Énos, fils de Seth, fils d'Adam, fils de Dieu. » (Luc 3,23-38)Pas mal, non?
[Source: http://www.info-bible.org/lsg/42.Luc.html#3]
* * *
[Ajouts du 2012-01-28]
Cette liste me chicote.
On n’oserait évidemment pas mettre en doute la sincérité de Luc l’évangéliste, mais ça donne l’impression qu’il a inventé cette ascendance de toute pièce. S’est-il basé sur des sources fiables? A-t-il bénéficié de l’apport d’historiens de l’époque? A-t-il eu accès à une documentation crédible? J’essaie d’imaginer tous ces actes de naissances remontant à Adam, minutieusement archivés à la bibliothèque d’Alexandrie… Cette idée d’une généalogie de Jésus remontant jusqu’à Adam (en passant par Noé) me laisse sceptique.
Selon l’angle chronologique, cette généalogie ne tient pas d’avantage la route. Si je compte bien, il y aurait 78 générations entre Adam et Jésus. À 25 ans par génération, on pourrait en déduire l’âge de l’humanité : (25 x 78) = 1950 ans avant J-C, ce qui correspond grosso modo au début de l’âge de bronze. Il y a comme un léger raccourci ici... En passant, aux dernières nouvelles, Homo Sapiens serait apparut il y a environ 200 000 ans.
De plus, il me semble que cette idée d’une ascendance de Jésus ne colle pas d’un point de vue de la doctrine catholique. Je retiens de mon éducation catholique que Jésus était le « fils de Dieu ». Pas son arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-petit-fils. La filiation de Jésus avec Dieu ne tiendrait soudain plus qu’à celle liant Dieu à Adam, autant dire à pas grand-chose, enfin, à rien de plus que ce qui relierait n’importe quel quidam à Dieu. On est loin du « fils de ». Sans parler qu’une généalogie de Jésus passant par son père Joseph, lequel est connu pour ne pas avoir participé à sa conception, ne présente que très peu d’intérêt. Il aurait fallu plutôt étudier les ascendants de sa mère, non?
21 janvier 2012
Questions existentielles, boulevard Saint-Laurent
Devant le Cinéma l’Amour, il y a cette distributrice de boissons Everfresh, éternelle, inamovible. Fonctionne-t-elle bel et bien? Quelqu'un l'a-t-il déjà utilisée pour acheter une canette de jus? Cette distributrice accepte-t-elle les pièces de deux dollars? La compagnie Everfresh est-elle consciente que sa marque de commerce est ainsi associée à un cinéma porno?
15 janvier 2012
De cause à effet
3 janvier 2012
Tragi-comédie
Ce moment précis que j'exècre
Va falloir que je fasse avec
Eu égard à votre sexe
Permets-moi de citer Hamlet
Lentement mon esprit s'infecte
En vertu de ton plan abject
Cette cigüe que tu m'injectes
Quelques secondes avant le clac
Ma vie est tournée en direct
Je n'suis qu'un acteur autodidacte
Va falloir que je fasse avec
Car ce scénario démoniaque
Tu en es la seule architecte
Moi, second rôle, qui meurt de trac
Eu égard à votre sexe
N'osant donner la première claque
Je ne suis pour toi qu'un insecte
Pour moi tu n'es que du borax
Permets-moi de citer Hamlet
Improvisant du tac au tac :
« Il y a quelque chose d'infect
Dans le royaume du Danemark »
Scène suivante, c'est le spectre
Scène suivante, c'est le spectre
De mon ex qui fait un come-back
Pour me faire rembourser ma dette
Faire de moi un insomniaque
Lentement mon esprit s'infecte
Et bientôt l'affaire est dans l'sac
Le destin de Lady Macbeth
M'attend à la fin du spectacle
En vertu de ton plan abject
Je disparais au troisième acte
Bien trop tard pour que je m'objecte
Trop tard pour que je me rétracte
Cette cigüe que tu m'injectes
Au lieu dit et à l'heure exacte
Je trouvais ta réplique suspecte
J'aurais dû m'enfuir à l'entracte
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