29 novembre 2011

Love Story

Elle lui écrivit un courriel pour lui annoncer qu’elle le quittait, utilisant le célèbre émoticon « Entends-tu le thème de Love Story alors que je pleure toutes les larmes de mon corps? ». Manifestement, il y eut malentendu, parce qu’il répondit: « LOL ».

20 novembre 2011

Making of

Je fais du court dans le présent site et je fais du nano dans Twitter. J'écris aussi du long, mais bien que je fasse référence à cette activité ici, à l'occasion, et généralement sous forme de jérémiades, vous n'en avez encore rien lu (ou si peu, sans le savoir). Ainsi, je travaille actuellement à un roman. J'avais envie aujourd'hui de vous en dévoiler un extrait, en première mondiale:
De la vaisselle sale sur le comptoir de la cuisine. Des bouteilles de bière vides sur la table à café du séjour. Des vêtements abandonnés ici et là dans la chambre. Des cernes dans le bain. Le limon qui se dépose sur les choses, la déliquescence progressive de l’environnement domestique, le chaos ordinaire. L’appartement d’un homme vivant seul.
De l'action! Des personnages colorés! Des dialogues croustillants! Du divertissement pour les 7 à 77 ans! Peut-être pourrez-vous un jour lire l'entièreté de ce roman, si Dieu (c'est à dire un éditeur) le veut et, surtout, si je réussis à en venir à bout. Avant 2020, je l'espère. D'ici là, soyez sages!

19 novembre 2011

Annonces classées

À vendre:
Espace alloué
Interface usagée
Amour à prix d’ami
Anxiété (à tempérament)
Peau de l’ours qui a vu l’homme
Sous le manteau, dernière chemise
Nombre rationnel, presque neuf
Réputation fraîchement lavée
Pli perdant de seconde main
Détails au prix du gros
Petite mort à crédit
Temps emprunté
Vide en vrac

Tout doit être vendu

13 novembre 2011

Édouard Pilon, éditeur

                ─ Édouard Pilon, vous êtes chargé de collection aux Éditions Nobilis depuis maintenant vingt ans.
                ─ Eh oui, vingt ans, déjà!
                ─ Comment qualifieriez-vous votre ligne éditoriale?
                ─ Pour nous, les qualités littéraires sont fondamentales. C’est pourquoi nous ne faisons pas dans le roman de genre, historique ou romantique, par exemple. Nous nous targuons de publier aujourd’hui les grands classiques de demain.
                ─ Tout un programme! Cette approche doit certainement constituer un défi dans un monde de l’édition toujours plus compétitif.
                ─ Nous ne mesurons pas notre succès en termes de tirage. D’ailleurs, dieu merci, les organismes subventionnaires sont là pour assurer que la littérature ne devienne pas carrément un art mineur comme le cinéma ou la télévision.
                ─ Vous avez quand même eu un beau succès avec le dernier roman de Gilles Brulotte, qui a atteint le stade de best seller.
                ─ Oui, en effet. Nous ne disons certes pas non à un succès populaire! Dans le cas de Brulotte, c’est en partie grâce au travail que nous avons fait ensemble, sur le long terme, que son succès d’estime a mûri en un succès de vente. Aujourd’hui, ses romans sont attendus par les lecteurs. Et je dis : Bravo! Avec Brulotte, je savais déjà être en présence d’un grand auteur lorsque j’ai retenu son premier roman, il y a une quinzaine d’année.
                ─ Oui. À ce propos, quel serait votre conseil au jeune auteur qui nous écoute et qui désire publier son premier roman?
                ─ Eh bien, je lui dirais : Laissez tomber. Tout simplement. Il y a déjà bien trop de choses qui se publient, nous n’avons certainement pas besoin d’un écrivailleur de plus.
                ─ Oh. La recherche de nouveaux talents n’est donc pas pour vous un objectif, voire une motivation?
                ─ Sachez-le, chez Nobilis, nous faisons notre effort. Nous publions en général un nouvel auteur par année. Pour cela, nous devons nous taper les centaines de manuscrits qu’on nous envoie. Si vous saviez! Nous sommes tout simplement submergés!
                ─ Mais ne sentez-vous pas, lorsque vous ouvrez un de ces manuscrits, l’excitation du chercheur d’or qui espère trouver dans son tamis une pépite?
                ─ Ah, là, là! C’est à peine si nous en lisons une page complète. Notre comité de lecture est composé de personnes toutes très occupées, qui doivent évaluer une dizaine de manuscrits à chaque semaine. Ils ne peuvent tout simplement pas les lire. Alors, ils ouvrent au hasard, lisent un paragraphe et si ça ne les accroche pas, on passe au suivant. Et disons que ça ne les accroche pas souvent.
                ─  Mais sans nouvel auteur, la littérature ne risque-t-elle pas de se scléroser?
                ─ Allons, allons, ne dramatisons pas! Déjà, je suis d’avis que le Québec compte trop de maison d’édition qui publient trop de livres. Notre marché est trop petit pour tout cela. On finit par pilonner la moitié de ce qu’on imprime. Si un livre n’a pas été remarqué dans les quatre à six semaines de sa parution, il est condamné à accumuler la poussière sur les tablettes. En plus, avec l’autoédition en format numérique et dans l’Internet, c’est un véritable déluge de textes soi-disant littéraires qui déferle sur les lecteurs. Quand on sait qu’à peu près trente pour cent des Québécois sont analphabètes ou ont des difficultés à lire, il est évident que l’offre dépasse largement la demande.
                ─ Voilà un portrait des plus sombre du monde québécois de l’édition!
                ─ Je suis vraiment désolé si je décourage quelque talent. Je suis de toute façon d’avis que l’écrivain véritable n’attend ni les encouragements, ni l'avis d’un éditeur pour se donner corps et âme à son art. L’auteur, le vrai, ne vit que pour écrire, au-delà de la promesse d’être édité, voire même d'être lu.
                ─ À quoi peut-on s’attendre des Éditions Nobilis pour les mois à venir?
                ─ Nous préparons la rentrée littéraire. Dix nouveaux titres, dont un Guénette, un Douville et un Poupart. Je suis particulièrement fier de notre alignement, cette année.
                ─ Eh bien, nous vous souhaitons le plus grand des succès! Édouard Pilon, chargé de collection aux Éditions Nobilis, merci pour cet entretien.
                ─ Je vous en prie.
                ─ …Et voilà. Ça s’est bien passé, finalement, non?
                ─ Ouais, O.K., je ne pense pas avoir trop dit de conneries!
                ─ Arrête donc, c’était parfait. Tu as le temps pour un verre?
                ─ Non, je dois aller chercher mon plus jeune à la garderie.
                ─ O.K. Hum. Écoute, je voulais te parler de quelque chose, je suis un peu gêné de te demander ça, mais j’ai ma blonde qui a fini son manuscrit, tu te rappelles, je t’en avais parlé, au début de l’année? Bin, elle l’a terminé. Je l’ai lu pis c’est pas mal bon. Elle sait pas trop à quel éditeur l’envoyer, pis j’ai pensé à toi.
                ─ Un roman?
                ─ Oui, un truc inspiré de ses affectations en Asie. Ça se passe en Chine.
                ─ Bin, c’est certain que le premier roman d’une journaliste connue…
                ─ Je te le dis, c’est vraiment bon. Elle a du talent. Je trouve qu’elle a réussi à développer un style personnel, assez poétique, même. C’est l’histoire d’une journaliste québécoise en poste en Chine et qui doit couvrir un tremblement de terre. C’est assez émouvant.
                ─ Bon, OK, tu peux m’envoyer son manuscrit. Je vais le lire moi-même. C’est le genre de livre qui serait parfait pour la rentrée du printemps, un nom connu, un peu d’exotisme, de l’émotion. Qui sait, on pourrait peut-être en faire un hit. Genre : des grosses piles chez Renaud-Bray pis au Costco! Ha! Ha!
                ─ Ha! Ha! Wow! Parfait, je lui donne ton courriel, elle va t’envoyer ça demain, sans faute.
                ─ O.K.
                ─ Bon, bin, merci encore pour l’entrevue.
                ─ Pas de problème.
                ─ À bientôt.
                ─ Salut.

6 novembre 2011

Dix conseils essentiels à l’usage du coureur débutant



Vous vous sentez empâté. Peut-être la taille de vos pantalons vous semble-t- rétrécir, depuis quelques années. La sédentarité vous pèse. Vous avez vu ou lu des reportages qui vous ont convaincu qu’un peu d’exercice vous ferait le plus grand bien. Mais vous n’êtes pas très sportif. Ni très doué pour le sport. Alors, vous vous dites : Et pourquoi pas la course? La course à pied, c’est le sport le plus accessible, ça ne demande à peu près pas d’équipement et ça n’implique aucune technique particulière; car tout le monde sait courir, n’est-ce pas? Il s’agit de mettre un pied devant l’autre et de respirer. Détrompez-vous! Ce n’est pas si simple! La course à pied est un sport extrêmement complexe et comme pour tous les sports, sa pratique, sa technique et les détails de son équipement font l’objet d’incessantes analyses et d’infinis débats. Sachez-le : vous vous apprêtez à vous lancer dans une aventure périlleuse, mettant potentiellement votre santé en danger. Il est impératif que vous teniez compte des dernières données scientifiques pour vous permettre de pratiquer la course à pied en toute sécurité. Nous nous sommes donc documentés pour vous. Nous avons visité des blogues, acheté des magazines et consulté des experts. Notre constatation : les apparences sont trompeuses et la course est un monde de contradiction. Comme dans bien des domaines, pour tout expert qui expose un principe, il existe un expert qui démontre le contraire. Et comme dans la plupart des sports, les industriels et les commerçants font tout leur possible pour que l’équipement et les accessoires de mode deviennent plus importants que l’activité physique elle-même.

Comment s’y retrouver dans cette jungle? Nous avons distillé pour vous dix conseils simples mais essentiels qui vous permettront de départager le vrai du faux et de partir du bon pied dans votre nouvelle vie de joggeur!
  1. Le coureur débutant doit y aller à son propre rythme. Par exemple, trois sorties hebdomadaire – une de vitesse, une de tempo et une de distance – plus trois ou quatre séances de musculation devraient suffire pour vous permettre de progresser. 
  2. Il ne faut pas être compétitif et il faut courir d’abord pour le plaisir. Il est par contre important de se donner des objectifs et un plan d’entraînement strict
  3. Les étirements sont non seulement inutiles, mais dangereux. Par ailleurs, il ne faut surtout pas oublier de faire ses étirements pour éviter les blessures. 
  4. Les humains développent de façon intuitive une technique de course optimale; c’est le cas par exemple des enfants et des autochtones qui courent pieds nus. Et c’est pourquoi les coureurs doivent impérativement modifier leur façon de courir – technique qu’ils ont développée par eux-mêmes depuis leur plus tendre enfance – pour adopter un style bien précis, prédéterminé par des experts et totalement contre intuitif. 
  5. Il ne faut pas respirer avec les poumons (quelle idée!), mais avec l’abdomen
  6. Il faut bien s’hydrater, mais pas trop. Selon certaines légendes, des milliers de coureurs meurent d’hyperhydratation à chaque mois. 
  7. Les chaussures de courses modernes sont mal conçues et inadaptées, étant trop rembourrées. Toutefois, il est important de choisir un bon soulier de course offert par un de nos commanditaires
  8. Courir l’hiver par temps froid n’est pas bon pour les poumons. Étrangement, il n’y a aucune contre-indication pour le ski de randonnée à la même température. 
  9. Le jogging, c’est la santé. Et 80% des coureurs s’infligent des blessures aux membres inférieurs. 
  10. Pour éviter les blessures, il faut éviter de courir sur une surface dure, comme la surface terrestre, par exemple.
Ces dix conseils te laissent dubitatifs, cher coureur débutant? Ne désespère pas! En voici un onzième :
  1. Tu n’as pas encore acheté de chaussures de course? Peut-être n’est-il pas trop tard pour te mettre au ping pong.
[Note: Photo trouvée au hasard dans le Web.]

3 novembre 2011

L’écrivain du dimanche


─ Docteur, je suis inquiet. C’est pourquoi je tenais à vous voir.
─ Oui, bien sûr. Allongez-vous et racontez-moi.
─ Voilà : j’ai une compulsion d’écriture. Je me demande si c’est normal. J’écris des romans et je ne suis pas écrivain. Bon, ce n’est pas que je m’adonne si souvent à cette activité, mais celle-ci s’ajoute à ma vie de tous les jours : j’ai un emploi à temps plein, une femme dans ma vie et une vie sociale. Mais j’écris quand même autant que possible, c'est-à-dire quand j’ai un moment de libre, quand les idées viennent et quand j’ai l’énergie pour m’y mettre. Et puis, même quand je n’écris pas, ça m’obsède. J’y pense tout le temps.
─ Et ça vous cause des désagréments? Dans votre quotidien, par exemple?
─ Je ne sais pas. Peut-être. Par exemple, le week-end dernier, j’ai passé une partie de mon dimanche après-midi à décrire un garage.
─ Un garage?
─ Oui, décrire un garage. Et un garage imaginaire, qui n’existe pas réellement, en plus. Laissez-moi vous expliquer : ce garage a son importance dans mon roman, par rapport à son cadre thématique, à sa géographie, à la psychologie des personnages. Il fallait donc que j’en fasse la description. C’était pour moi essentiel. Ça faisait des semaines que j’y réfléchissais. Alors dimanche dernier, j’y ai mis, disons, un bon trois heures. Et tout ça pour à peine deux pages. Deux pages. Ce n’est pas un peu absurde?
─ Les week-ends ne sont-ils pas faits pour ce genre d’activité?
─ Je ne sais trop. Si vous vous rappelez, dimanche dernier était ensoleillé, sans doute une des dernières belles journées de l’automne. D’autres que moi seraient sortis ramasser des feuilles dans le jardin, seraient allé reconduire leurs enfants à la piscine ou à l’aréna, auraient fait une promenade sur le Mont-Royal avec leur conjointe, que sais-je? Moi, j’étais dans la maison, assis à l’ordinateur, à décrire un garage. Un garage, merde! Lundi matin, quand je suis arrivé au bureau, autour de la machine à café, tout le monde se racontait sa fin de semaine;  je suis allé me réfugier dans mon cubicule!
─ Mais cette activité d’écriture vous apporte une satisfaction, n’est-ce pas?
─ Euh, oui, bien sûr.
─ Alors, c’est ce qui compte, non?
─ Je ne sais pas. J’écris, et alors? L’an dernier, j’ai terminé un premier roman. D’abord content du résultat, je l’ai envoyé à quelques éditeurs qui l’ont tous – et Dieu merci! – refusé. J’ai alors fait une relecture et avec le recul – et bien que j’aie investi à peu près quatre ans de mes temps libres dans cette entreprise – je me suis rendu compte que moi-même, j’aurais probablement refusé ce manuscrit, eussé-je été éditeur. Trop de verbes à la première personne et pas assez d’action. Bref, je me suis résigné à abandonner ce manuscrit dans le fond d’un tiroir (virtuel) du disque dur de mon ordinateur. Et j’ai entrepris un nouveau projet. J’en suis à la page 45 à peine, mais je crois que ça va être assez génial. Et ça m’obsède. Vous me demandez si cette activité d’écriture m’apporte une satisfaction? Oui, bien sûr. Mais en même temps, tout cela me semble si futile! Imaginez, disons, un écrivain publié. Ou une personnalité connue. Ou un type qui a des relations dans le domaine de l’édition. Ou tout ça à la fois. Il écrit. Pour lui-même, sans doute, poussé par une compulsion ressemblant à la mienne, mais en même temps, il sait qu’étant un auteur publié ou une personnalité connue ou un gars qui a des relations, la probabilité que ce qu’il écrit finisse par être publié est assez grande. Alors, il écrit, mais pas tout à fait uniquement pour lui-même. Et ça donne tout son sens à cette activité littéraire, n’est-ce pas? Car sans la promesse d’un lecteur, écrire, aligner du texte, empiler des pages, tout ça est, à mon avis, une activité totalement nombriliste et inutile. Et donc futile.
─ Je comprends ce que vous dites. Mais cette passions de l’écriture – parce qu’on peut plus simplement appeler cela une passion, n’est-ce pas? – cette passion, donc, n’est pas pire que celle d’un adepte de la philatélie, par exemple. Collectionner des timbres peut sembler futile pour certaines personnes alors que ceux qui s’y adonnent en retirent une grande satisfaction.
─ La philatélie! Mais ça n’a rien à voir! La philatélie, c’est concret; le philatéliste a quelque chose à montrer, une collection, des albums, des timbres rares. Et quoiqu'on en pense, la philatélie est une activité assez sociale. J’en sais quelque chose, je m’y suis moi-même un peu adonné lorsque j’étais enfant. Il y a des clubs et des associations, des salons et des expositions, les philatélistes se rencontrent, partagent leur expertise, troquent des timbres : bref, il y a toute une activité sociale au-delà du classement en solitaire de vignettes dans des albums. Aussi, une collection de timbre a une valeur intrinsèque. Ça peut valoir son pesant d’or. Tout cela est bien loin de la rédaction d’un roman par un écrivain amateur. Que valent ces fichiers dans le disque dur de mon ordinateur? Comment pourrais-je montrer cet embryon de roman à quiconque sans me sentir ridicule? Non, je continue à me demander à quoi tout cela rime et pourquoi je passe autant de temps à rédiger ces machins; je me demande si cette activité égocentriste n’est pas malsaine et s’il n’y a pas moyen de m’en délivrer. Car, en effet, à quoi bon me donner toute cette peine?
─ Oui. Bon. Hum. Avez-vous pensé à publier vos textes dans un blogue?