24 mars 2011

Festival littéraire international de Montréal Metropolis bleu

J'aurai le plaisir de participer à une table ronde sur la twittérature dans le cadre du Festival littéraire international de Montréal Metropolis bleu, sur le thème "La twitosphère, un univers littéraire et pédagogique en 140 caractères". Y participeront : Nathalie Couzon (@nathcouz), le très dynamique animateur de l'Institut de twittérature comparée Jean-Yves Fréchette (@JYFrechette et @pierrepaulpleau), Katerine-Lune Rollet (@katerinerollet), Alice van der Klei (@AlicevdK) et moi-même. La table ronde sera animée par Gina Desjardins (@ginades).

Le projet Twitosphère a convaincu des élèves d’utiliser Twitter pour écrire de courts textes littéraires. Des enseignants ont dû, à cette occasion, s’approprier une autre pédagogie de l’écriture. Mais qu’aurait donc à gagner la littérature et la pédagogie dans l’utilisation des média sociaux ? Y  trouveront-elles leur compte ? À travers Twitter, assiste-t-on à un rapetissement de l’espace créatif ou, au contraire, devons-nous espérer un envol des imaginaires ? Des professeurs, des pédagogues, des critiques et des twittérateurs en débattent pour évaluer, à l’ère des médias sociaux, le futur de la twittérature et l’utilisation qu’en fera la pédagogie.

C'est donc un rendez-vous pour tous ceux qui s'intéressent à la twittérature, le samedi 30 avril à 15h00 à l'hôtel Holiday Inn Select Montréal Centre-Ville (coin Viger et Saint-Urbain). Entrée libre.

Tous les détails sur le site du Festival Metropolis bleu.


[Mise à jour 2011-03-29: J'ai corrigé la liste des participants.]

20 mars 2011

Gratuité commanditée

Depuis quelques temps, à chaque fois qu’on lui adressait la parole, il déclamait un court message publicitaire avant de répondre. C’était extrêmement agaçant. Je lui demandai ce qui lui prenait. « C’est le nouveau programme de Google, m’expliqua-t-il. Ils me paient 200$ par mois pour que je fasse cela. J’ai une liste de messages que je dois réciter avant de parler à quiconque. » « Je vois », fis-je, en me demandant si tout cela n’allait pas trop loin. Je lui dis au revoir. En guise de réponse, il me recommanda une crème amaigrissante.

18 mars 2011

Cher client

Pour le service en français, faites le 9.
Entrez votre date de naissance, suivie du carré.
Pour le service en français, dites « français ».
Votre appel est important pour nous.
Acceptez-vous de participer à un sondage d’une durée de dix à quinze minutes?
Vous êtes éligible au tirage d’un prix d’une valeur de 25$.
Veuillez noter que votre appel peut être enregistré pour des raisons de contrôle de la qualité du service.
Pour effacer le message faites le sept six.
Veuillez patienter.
Veuillez rester en ligne pour conserver votre priorité d’appel.

Cette lettre est imprimée sur du papier fait à 100% de matières recyclées post-consommation.
Savez-vous combien d’arbres sont abattus chaque année pour produire nos relevés? Inscrivez-vous au relevé virtuel dès maintenant!
Adhérez au relevé virtuel et courez la chance de gagner un iPad.
Cher client, à partir du mois prochain, des frais de 1$ seront exigés à tous les clients n’ayant pas encore adhéré au relevé virtuel.

Votre mot de passe n’est plus valide. Veuillez entrer un nouveau mot de passe maintenant.
Votre mot de passe doit contenir au moins une lettre majuscule, un chiffre, un caractère spécial, une lettre grecque et un nombre premier.
Cliquez OK pour confirmer votre acceptation des termes et conditions énoncés ci-dessus.
Cliquez ici.
Veuillez cocher cette case pour une personne décédée.

Vivez l’aventure!
Conduisez prudemment.
Veuillez localiser la sortie de sécurité la plus proche.
N’hésitez pas à nous faire part de vos suggestions.
Découvrez nos offres exceptionnelles!
Prenez et mangez-en tous.
Cher abonné, dans un souci de maintien de la qualité de notre service, nous avons majoré le tarif de 10$ par mois. Merci de votre confiance.

Merci de votre confiance renouvelée.

16 mars 2011

Comment résoudre la quadrature du cercle

Pour résoudre la quadrature du cercle, vous aurez besoin :
  • d’un triangle rectangle;
  • de deux carrés d’as;
  • d’une courbe normale;
  • d’un cercle littéraire;
  • d’un plan d’urgence;
  • d’une droite modérée;
  • d’un axe du mal;
  • d’un point noir;
  • d’une ligne parfaite.

Mettre tous les ingrédients dans un mélangeur. Réduire en purée. Verser dans des verres de fantaisie, avec de la glace concassée. Servir immédiatement.

14 mars 2011

L'insoutenable futilité du blogue

Lu aujourd'hui dans un article du blogue de Blogger : "Blogger users published more than half a billion blog posts, which were read by more than 400 million active readers across the globe." [Les utilisateurs de Blogger ont publié plus d'un demi-milliard d'articles, qui ont été lus par plus de 400 millions de lecteurs à travers le monde.] Sous des dehors d'infopublicité, cette phrase recèle une information déprimante: en 2010, plus de cent millions de billets de blogue ont été publiés sans être lus. Et si vous êtes en train de lire le présent billet, peut-être constaterez-vous aussi qu'un certain nombre de billets publiés à chaque jour sont lus, mais s'avèrent dénudés d'intérêt.

Il est inutile de laisser un commentaire. Merci de votre attention.

(Tiens, j'y pense: est-ce que les billets de blogue qui ne sont jamais lus font du bruit en tombant?)

11 mars 2011

L’histoire en question

J’ai récemment remarqué dans mon entourage l’utilisation d’une figure de rhétorique consistant à affirmer quelque chose en posant une question, puis en y répondant par l’affirmative ou la négative. Certaines personnes abusent parfois du procédé, qui devient un tic de langage. Est-ce que ça finit par m’agacer? Oui. Ça m’a donné l’idée d’abuser à mon tour de cette figure de style pour raconter une histoire.


* * *


Est-ce qu'il trompait sa femme? Oui. Est-ce que ça faisait longtemps que ça durait? Oui. Est-ce qu'elle était dupe? Non. Est-ce qu'elle avait soif de vengeance? Oui. Est-ce qu'elle paya un tueur à gages pour faire la peau de son mari? Oui. Est-ce que ce dernier se douta de quelque chose? Non. Est-ce qu'il comprit se qui se passait lorsqu'un gros type en imperméable débarqua dans son bureau, une arme à la main? Oui. Est-ce qu'il mourut sur le coup lorsque le tueur lui tira une balle dans la tête? Oui. Est-ce que sa femme fut suspectée par la police? Non. Est-ce qu'elle refit ensuite sa vie? Oui. Vivait-elle dans le remord? Non.

Y a-t-il une morale à cette histoire? Non.

9 mars 2011

Journalisme

Dès que la météo s’écartait de la normale, qu’il fasse tempête de neige, canicule ou grands froids, les journalistes sortaient en masse et ratissaient les rues de la ville pour récolter les impressions des passants. Nous subissions ces reportages ineptes au journal télévisé en nous disant que c’était sans doute là le prix à payer pour vivre dans un pays où il ne se passait plus rien.

6 mars 2011

La starlette

Cette actrice hollywoodienne s’était d’abord fait connaître pour ses rôles dans des comédies. Elle fut découverte très jeune. On la vit dans une succession de comédies pour adolescents, jouant avec gouaille la fille d’à-côté délurée ou le phantasme pour jeunes boutonneux. Elle s’imposa rapidement; il faut dire qu’elle était très jolie et dégageait un charisme d’enfer. Pratiquant volontiers l’autodérision et jouant avec habileté le jeu des médias du divertissement, elle se bâtit très vite un capital de sympathie dans le grand public. On la voyait en première page des magazines, souvent assez courtement vêtue.

Passé le cap de la trentaine, son registre changea. Elle devint la vedette désignée des comédies romantiques. Ce casting dura plusieurs années et lui permit de partager la vedette avec tous ce qu’Hollywood comptait alors de jeunes premiers. Elle était celle qui brisait tous les cœurs; surtout celui de la vedette masculine, pour lequel elle se découvrait une soudaine passion dans les cinq dernières minutes du film.

Mais bientôt, le temps fit son œuvre. La mi-trentaine passée, ses rôles au cinéma se firent plus rares. On raconta qu’elle devait maintenant se soumettre à des auditions. C’est qu’année après année, elle faisait face à une concurrence toujours plus féroce. En effet, à chaque année, des milliers de jeunes femmes débarquaient à Hollywood, en quête du rêve hollywoodien et prêtes à tout pour un rôle. Toutes ces femmes plus jeunes qu’elle, plus conformes aux dernières modes et demandant des cachets bien plus modestes. À chaque année, quelques nouveaux visages se faisaient connaître, une ou deux d’entre elles s’élevaient au rang de vedette. Cette concurrence eût raison d’elle. Après son quatrième divorce, on ne la vit plus du tout, sauf pour ce second rôle dans une série télé qui fut retirée après trois épisodes.

À cinquante ans, elle fit son retour au grand écran. C’est qu’elle s’était découvert un talent rare, qu’elle n’avait pas pu exploiter jusqu’alors : elle était capable de pleurer sur demande. Et si ce miracle lui permettait de relancer sa carrière dans un registre dramatique? Elle réussit à persuader son ancien manager de lui donner sa chance. Après quelques auditions, elle décrocha enfin un rôle dans une production de qualité, un mélodrame signé par un réalisateur de renom. Le film racontait l’histoire d’une femme qui accompagne dans la mort son mari atteint d’un cancer colorectal. Le scénario lui donnait toutes les occasions de mettre à profit ses nouvelles habiletés de pleureuse. Le film fut un grand succès populaire et, à la surprise générale, elle remporta cette année-là l’Oscar de la meilleure actrice. Lors du gala, devant deux milliards de téléspectateurs, elle fit, en larme, un discours poignant sur la « cruauté » du système hollywoodien pour les femmes vieillissantes, sur sa gratitude pour la vie en général et les producteurs du film en particulier. Malheureusement, ce come-back fut de courte durée. De loin en loin, tourna-t-elle encore dans quelques films dramatiques, où elle jouait invariablement le rôle de l’épouse, de la mère ou de la sœur éplorée. Puis, elle cessa de tourner. On n’entendit plus parler d’elle que rarement, par le biais des magazines à potins. Elle coulait, disait-on, des jours heureux dans sa villa californienne avec son huitième mari. Enfin, on l’oublia bel et bien.

Elle revint à la mémoire du public des années plus tard, lorsqu’on annonça son décès. Un cancer du foie fulgurant. On souligna les talents dramatiques de cette actrice oscarisée : « On se rappellera d’elle pour ce rôle mémorable dans La longue route vers demain, rôle pour lequel elle se mérita l’Oscar de la meilleure actrice. » On passa très vite sur ses débuts, les comédies légères et les jupes très courtes. Cette année-là, à la soirée des Oscars, elle fit partie de l’hommage aux « disparus » de l’année.

Quatre ans plus tard, on ajoutait une étoile à son nom sur Hollywood Boulevard.

4 mars 2011

Cendrillon

Elle était malheureuse. Elle faisait des ménages. Mais chantonnait tout le jour. Frottant les planchers, rêveuse, elle s’imaginait cantatrice. Un jour, sur un coup de tête, elle s’inscrivit à un concours amateur télévisé. Bien qu’elle fût recalée, la vidéo la mettant en scène fit trois fois le tour de l’Internet. Disons-le : elle n’était pas très jolie et ne chantait pas très bien. Mais sans que personne ne sache pourquoi, le phénomène s’emballa. Ce fut un succès instantané. Soudain, on ne parlait que d’elle dans les médias. Rapidement, on lui offrit un contrat de disque. Quelques jours plus tard, elle enregistrait un album de reprises, qui fut rapidement certifié platine. Elle fit plusieurs apparitions à la télé. Ses fans créèrent des groupes Facebook à sa gloire. La vague grossit encore un peu, puis cassa violemment. Elle fut l’objet de parodies dans l’internet. Les engagements se firent plus rares. Le public se désintéressa et passa bientôt à autre chose. Sa compagnie de disque ne renouvela pas son contrat. Son manager l’abandonna. Elle dut alors se résigner à retourner faire des ménages. Plus malheureuse que jamais.