28 janvier 2011

Lentement

Tu calcules
Ta latitude
Ta longitude
Ta solitude

Tu bouscules
Tes habitudes
Tes certitudes
Ta platitude

Tu défends
Ta position
Tes opinions
Tes petites ambitions

Pis tu sais plus
C'est quoi ton nom
Pour quelle raison
Tu vois venir le fond

Tu sais pas par où ça commence
Ni comment ça finit
Ça va pas vite, mais ça avance
C'est une question d'entropie

Tu calcules la fréquence
De tes nuits d'insomnie
Tu rêves à tes vacances
Demain déjà lundi...

La vie, c'est fatigant
On attend tout le temps
Moi, j'me dépêche à prendre mon temps
Pis j'm'habitue
Lentement

23 janvier 2011

Pourquoi courir?

Pour ne penser à rien.
Pour décrasser la machine.
Parce qu'il faut bien s'avouer qu'on n'est plus très jeune.
Pour danser secrètement sur de la techno, à l’insu des passants.
Pour me sentir un peu plus vivant.
Pour sortir de chez moi.
Pour sortir un peu de ma tête.
Pour me venger de tous les professeurs d’éducation physique de mon enfance.
Pour étudier les mœurs des chiens qui font leurs besoins dans le parc.
Pour flotter dans ma bulle.
« Entre deux joints tu pourrais te grouiller le cul… »
Pour le fix d’endorphines.
Pour avoir encore les moyens d’être épicurien.
Pour cet instant de grâce, parfois, où on ne se sent plus courir et où on a l’impression d’être ailleurs.
Parce que ça ne coûte rien.
Parce qu’« il faut souffrir pour être beau. »
Pour profiter du bon air pur de la ville.
Pour me calmer le gros nerf.
Pour suer.
Pour battre mon « high score ».
Pour faire comme les autres (quel trafic autour du parc!).
Parce que c’est juste là, dehors.
En mémoire de mon éducation catholique : souffrance, pénitence, masochisme…
Pour encourager l’industrie des vêtements de sport.
Pour promener mon cancer.
Pour m’épuiser.
Parce que: n’est-ce pas un petit bourrelet que je vois poindre à l’horizon?
Parce que maintenant que j’ai acheté ces souliers de course, il faut bien que je les utilise.
Parce que je suis un grand sportif.
Pour faire une revue des dernières tendances mode chez le joggeur de la Clique du Plateau.
Pour être en pleine forme quand la mort viendra.
Pour aérer ma maladie mentale.
Parce que si j’additionne ces brefs moments où je ne touche plus le sol, je vole un petit peu.
Etc.

22 janvier 2011

C’est (vraiment) trop injuste

Je ne suis pas très blogue « blogue ». Vous savez, parler de soi, journal intime, humeurs et anecdotes au quotidien, ce genre de choses. Le machin à écrire n’a de blogue que la forme : des articles publiés en ordre chronologique, du plus récent au plus ancien, proposant un classement par thème. La forme est de tout manière imposée : j’utilise Blogger, un outil qui facilite grandement la mise en place d’un site web (et oui, je sais, je suis un des derniers blogueurs à ne pas m’être converti à WordPress). L’idée du Machin à écrire était de publier mes fonds de tiroir, d’abord quelques-uns que j’avais accumulés, puis mes nouveaux, à mesure que je les écrirais. Comme les pages d’un carnet de notes. Le format d’un blogue collait donc bien. Bref, ce blogue n’est pas très « blogue », je n’y parle que très rarement à la première personne. Mais aujourd’hui, j’ai envie de vous faire une confidence : j’ai créé ce blogue en 2006 (merde, déjà) sous l’influence de quelques blogues de bédéistes que je fréquentais assidûment.

J’ai toujours aimé la bande dessinée. Il y a une dizaine d’années, mon intérêt pour cet art s’est renforcé avec la découverte d’artistes, la plupart nord-américains, qui, influencés par les courants undergrounds, libres de la contrainte de l’album cartonné à l’européenne ou des comics books de super héros à l’américaine, faisaient de la bande dessinée comme on fait de la littérature, pour raconter des histoires – mais pas des histoires pour enfants – prenant le nombre de pages qu’il faut pour le faire, sans format imposé, proposant un style graphique personnel, ayant une voix qui leur était propre. Pour décrire ce type de bande dessinée, les américains utilisent l’expression « graphic novel ». Mais, en fait, il s’agit simplement de bande dessinée. De l’aboutissement de cet art qu’est la bande dessinée. J’ai donc découvert plusieurs artistes/auteurs bédéistes, dont quelques-uns avaient la générosité de publier des dessins et planches de BD dans leur blogue.

Je me suis dis : Tiens, si un dessinateur peut publier ses carnets de croquis, et puisque ce genre de chose peut s’avérer vachement intéressant, peut-être pourrais-je faire de même avec les miens, de carnets, et publier dans un blogue de courts textes. D’une part, ça serait une bonne façon de me motiver à écrire plus régulièrement (d’où le nom du blogue), et d’autre part, qui sait, peut-être cela pourrait-il intéresser quelques lecteurs francophones?

J’ai hésité un peu, parce que, honnêtement, je me demande si je m’intéresserais moi-même à un blogue comme le mien. Il faut dire que je ne fréquente à peu près aucun blogue de création littéraire. En fait, au fil de mes pérégrinations dans le web, j’ai pu constater que les écrivains professionnels ne publient généralement rien de bien intéressant dans leur blogue. Les blogues d’écrivain se limitent généralement à faire de l’autopromotion et à communiquer l’agenda de leurs activités professionnelles. Bref, des blogues « blogue ». Bizarre quand même. Pourtant, ils sont écrivains, ils devraient écrire! Peut-être qu’ils mettent toute leur énergie à produire leurs livres et qu’il ne leur en reste plus pour écrire de petites choses? Peut-être que leur contrat d’édition ne leur permet pas de publier eux-mêmes des textes? Peut-être qu’entre leurs multiples métiers (la plupart des écrivains ne vivant pas de leur art) et leur vie personnelle, ils n’ont pas le temps d’écrire d’avantage? Peut-être qu’ils gardent toutes leurs bonnes idées pour leurs livres? Peut-être qu’ils n’aiment pas vraiment écrire et ne sont que les nègres de leurs propres romans? Peut-être que ça n’intéresse pas grand monde de lire, je veux dire, réellement lire, sur le web? Parfois, je me dis : imaginez quel genre de blogue trippant aurait pu faire un Georges Perec! (*) Mais peu importe. Ce que je voulais dire, c’est que je n’ai pas de modèle de ce qu’est un blogue littéraire, comme j’ai pu en avoir un pour les blogues de bédéistes.

Et je ne cesse de constater qu’un blogue comme le mien n’a pas le même attrait qu’un blogue de bande dessinée. Le combat est tout simplement inégal. Tout ce texte! C’est rébarbatif et ça manque de vie! Je l’avoue, l’écran d’ordinateur exacerbe mon déficit d’attention; j’imagine que je ne suis pas le seul dans ce cas : s’attaquer à une succession de paragraphes dans un site web, ça prend une motivation que je n’ai pas toujours… Les blogues des auteurs/dessinateurs de bandes dessinées sont pleins d’illustrations, de croquis, de caricatures, de strips, de planches, parfois même d’histoires complètes. Bref, ces blogueurs bédéistes l’ont trop facile. Et leurs sites croulent sous les visites.

C’est pas juste, dis-je.

Mais tout ceci étant dit, je n’en continue pas moins de fréquenter les blogues de bédéistes. Et bien sûr, j’achète aussi leurs livres. Comme quoi, de donner des morceaux de son art dans un blogue, ça peut finir par payer.

(*) Permettez-moi de noter au passage que ce que je dis des blogues s’applique aussi aux fils Twitter des écrivains, qui s’avèrent généralement des plus banals.

* * *

Quelques sites à visiter un dimanche de pluie :

6 janvier 2011

Une résolution

Je publie parfois dans ce blogue des trucs qui se veulent rigolos ou qui sont susceptibles de procurer au lecteur un bref moment de récréation. Or, je viens de prendre conscience que ce faisant, je ne fais pas de l’art, mais bien du divertissement. Et moi qui me targuais avec Le machin à écrire de produire de la littérature, donc de l’art! Quel prétentieux je fus! L’art ne peut pas divertir. Il doit être sérieux, sinon aride. Pas de badinage avec l’art. L’art est grand. La recherche du plaisir, vulgaire.

De toute manière, un blogue ne peut pas être de l’art puisque, parait-il, l’Internet annihile comme par magie tout potentiel artistique aux textes, images ou sons qui y sont publiés.

Ces révélations me troublent. J’ai donc décidé de m’astreindre dorénavant à ne publier que des articles volontairement pas drôles. Voire un peu ennuyants. Cette nouvelle direction saura, je l’espère, me rapprocher de mon idéal artistique.

Vous voilà donc prévenus.