4 août 2011

Passage avide

Ces jours-ci, je désapprends à écrire. Processus épeurant. Ça ressemble à une maladie dégénérative. Ne plus être capable d’aligner que quelques mots, pas plus que, disons, 140 caractères. Rien à faire, je m’essouffle. Ça, c’est quand j’entreprends même d’écrire. Parce que la plupart du temps, j’y pense, j’angoisse un peu, mais j’abdique. Rien ne vient, pas la moindre idée, pas le moindre frisson. Niet. Alors, je ne prends même pas la peine de m’asseoir devant l’ordinateur et je passe mon tour. Déjà qu’en plus, je perds la capacité de lire. Eh oui, je ne lis plus. Il y a longtemps que je n’ai lu un livre qui m’ait fait vibrer. De plus en plus, ces briques de 500, 600 pages, ça m’épuise, j’ai l’impression de ne plus avoir le temps pour tout ça. Alors, je butine de-ci, de-là, grignote des petits trucs et c’est tout. Mais comme pour l’écriture, tout ce qui dépasse, mettons, 140 caractères me semble une épreuve aussi épuisante que de gravir le Kilimandjaro. Et ces livres sur ma table de chevet qui s’empilent et accumulent la poussière. Ils attendent, je les ignore. Pourtant, lire, c’est fondamental. Le minimum vital pour désencrasser l'intellect. Mais il semble que plus je vieillis, plus je deviens intolérant aux formules, aux effets de style bidons, au remplissage, aux écrivains qui se regardent écrire. Je ne sais pas. Peut-être est-ce moi, le problème. Peut-être ces écrivains ont-ils raison. Parce qu’ils vendent des tonnes de livres, n’est-ce pas? Voyez ces piles de bouquins, à la librairie ou dans ces magasins à grande surface. Voyez les prix littéraires que ces auteurs accumulent. Qu’est-ce que j’y connais? Suis-je capable moi-même de faire mieux? Non, c’est évident, puisque je ne sais plus écrire. Je m’enfarge dans mon clavier, deviens dyslexique. Ma vue, mon esprit se brouillent. Est-ce un manque d’inspiration, concept évanescent s’il en est un, ou alors simplement un manque d’énergie, je ne sais pas, bref, ça n’y est plus. De toute façon, il y a tant de livres publiés, tant de contenu (du contenu, merde, on dirait ce truc mou qu’on utilise pour rembourrer les nounours), oui, il y a tant de contenu sur le web, partout, du contenu disponible, gratuit, intéressant – ou alors juste un peu intéressant, ce qui est déjà pas mal quand c’est gratuit. Je ne me sens plus les compétences nécessaires pour écrire un texte de plus d’un paragraphe. Inutile d’ajouter que mon projet de roman est sur le carreau. Moribond. Queneau disait: « N'importe qui peut pousser devant lui comme un troupeau d'oies un nombre indéterminé de personnages apparemment réels à travers une lande longue d'un nombre indéterminé de pages ou de chapitres. Le résultat, quel qu'il soit, sera toujours un roman. » Merde. N’importe qui. Merde.