Il y a cette longue scène des beignes. Un long travelling sur deux personnages qui marchent dans les couloirs d’un hôtel en discutant des qualités relatives des différentes sortes de beignes: poudrés, glacés, avec un trou ou fourrés; presque vingt-cinq minutes à écouter ces deux types disserter sur le sujet. Leur habillement rappelle les années 70, dans des tons de brun. L’un porte la moustache, l’autre des favoris. Cette scène d’anthologie prend fin sur le mot « motherf*cker », alors que les portes d'un ascenseur se referment sur les deux protagonistes.
Des critiques se sont demandés si les nombreuses références à Krispy Kreme et Dunkin’ Donuts étaient le fruit d'une stratégie de placement de produit. Par contre, tous ont célébré les qualités exceptionnelles de ce film, le jeu de ses acteurs, la bande sonore constituée de pièces d’obscurs groupes pop des années 60 et, surtout, ces dialogues savoureux. On a abondamment cité cette scène des beignes, cette autre où un personnage raconte à sa maîtresse les circonstances dans lesquelles il a gagné un concours de mangeurs de hot-dogs lorsqu’il était au collège, et, bien sûr, le fameux bain de sang final. Les exégètes ont analysé cette scène des beignes en détail, y voyant une métaphore sur le déchirement entre la droite religieuse et la gauche bien-pensante au pays de l'Oncle Sam. On a cru aussi remarquer que la digression d’un des personnages sur les colorants alimentaires avait tout d’une critique subtile d'une certaine xénophobie latente couvant dans la société Américaine.
Bref, personne n’a été surpris lorsque le film a gagné la palme d’or à Cannes: il s’agissait à n’en pas douter d’une grande œuvre d’art.
23 juillet 2010
19 juillet 2010
Conversation
Il fallait occuper tout le terrain. Sinon, s'installaient de ces longs silences embarrassants. Il fallait parler, remplir. Bien sûr, il réagissait à ce que je disais – acquiesçant, ajoutant un mot ou deux, posant une question – mais jamais il ne prenait l'initiative de la conversation. Alors j'y allais, empêchant que des anges ne passent. J'ai donc monologué pendant plus d'une heure, lui parlant des résultats hors norme qu'enregistrait notre entreprise en cette fin d'année. Je lui donnai un aperçu des contrats en cours de négociation et donc des projets à venir. Il semblait apprécier le dîner. Il avait pris le filet-mignon, moi, le poisson. Peut-être un peu cuit, le poisson, par contre. Mais pas mal, quand même. Je lui parlai aussi un peu de mes vacances d'hiver imminentes, ce fameux voyage de ski dans les Rocheuses que je planifiais depuis deux ans avec ma conjointe. Ah, là, là! Avec des enfants, il faut prévoir longtemps d'avance les sorties en amoureux! Il opinait, mais je ne me rappelais plus s'il avait des enfants ou non. Et je lui expliquai ma fameuse théorie sur les vacances d'hiver : oublie les voyages dans le Sud, rien ne vaut un voyage de ski : le sport, le grand air, l'après-ski dans le spa extérieur, la bonne bouffe et le bon vin! Ensuite, je n'ai pu m'empêcher de décrire la nouvelle voiture que je venais de m'acheter. Une bien belle bagnole. J'avoue avoir aperçu dans son œil un éclair d'excitation alors que je lui en décrivais les performances sportives! Puis, le repas s'est terminé. J'ai réglé la note et nous nous sommes séparés sur le trottoir. Je ne retournais pas au bureau parce que j'avais un rendez-vous chez un client.
J'ai marché jusqu'à ma voiture en me désolant de ses piètres habiletés sociales et en me demandant comment diable j'allais faire pour compléter son formulaire d'évaluation annuelle.
J'ai marché jusqu'à ma voiture en me désolant de ses piètres habiletés sociales et en me demandant comment diable j'allais faire pour compléter son formulaire d'évaluation annuelle.
15 juillet 2010
11 juillet 2010
La poésie des listes
Des noms qui deviennent comme des marques de commerce. Quatre lettres. Efficace, reconnaissable du premier coup d’œil. Quatre lettres pour passer à l’histoire. On oublie même le prénom, ne reste que ces quatre lettres solidaires, formant un agencement unique, éternel. Hugo, c’est Hugo. Il n’y en aura qu'un seul. Il s’est ainsi approprié une des 456 976 combinaisons de quatre lettres, qui sera sienne à jamais. Si je rêvais de devenir célèbre, je voudrais que mon patronyme ait quatre lettres.
4 LETTRES
Bach
Marx
Kant
Hugo
Sade
Zola
Gide
Gide
Vian
Gary
Ajar
Dali
Miró
Tati
Dior
Bohr
Watt
Piaf
Brel
Cash
Bono
* * *
2 FOIS 4 LETTRES
Mona Lisa
Mata Hari
Moby Dick
Karl Marx
René Char
Juan Gris
Joan Miró
Babe Ruth
* * *
5 juillet 2010
Crise(tte) existentielle (où le blogueur solitaire se demande encore une fois « À quoi bon? » mais cette fois prend le temps de coucher sa perplexité par écrit plutôt que de seulement se faire la remarque à lui-même)
Bon. Où en est ce blogue? Après un peu moins de 4 ans d'existence, nous en sommes à presque 400 messages publiés (plutôt 300, si on exclut les photos), des messages de quelques lignes à peine pour la plupart. Et la visite se fait rare. Tout ça manque cruellement d'envergure... Je tiens à préciser que je ne suis pas idéaliste. Je sais pertinemment que ce blogue n’est pas vraiment un blogue. C’est d’avantage un calepin virtuel, une exposition de fonds de tiroir, une plateforme de publication à la bonne franquette. Je comprends parfaitement les limites de ce genre de truc et que son attrait pour d’éventuels lecteurs ne soit pas le même que le blogue d’un type qui fait dans l’humour, dans le site thématique (bouffe, musique, etc.) ou dans le marketing web. Depuis le début, mes attentes sont (très) limitées. Je ne peux cependant que constater la coïncidence de deux phénomènes qui me font plus que jamais me remettre en question:
Comme une voiture de course aux 24 heures d’Indianapolis, le Machin à écrire se rend soudain compte que malgré le mouvement, malgré la vitesse, tout ça ne constitue pas un voyage et qu’il ne fait que tourner en rond.
- Ce blogue manque cruellement de souffle. Mes pannes d’inspiration presque permanentes m’angoissent. Je peine à aligner plus de dix ou vingt lignes (considérez par exemple la longueur de cet article). C’est tout juste si j’ai une idée et demi par jour pour Twitter (rappel : message d’un maximum de 140 caractères), alors imaginez pour un texte suivi de plusieurs lignes! J’avais beau faire le fier il y a quelques temps et me vanter ne pas avoir le syndrome de la page blanche, sachez qu’il ne faut pas croire tout ce qu’on lit dans l’Internet... Pour couronner le tout, je traîne quelques Grands Projets Ambitieux d’Écriture, qui avancent à la vitesse d’un escargot qui a mal au pied mais qui réussissent quand même à me tirer assez de jus « littéraire » pour m’éloigner de ce blogue encore davantage.
- Ce qui n’arrange rien, ce blogue souffre d’un trafic anémique. À peine 100 visites par semaine; des gens perdus dans l’Internet pour la plupart. Durée de visite frisant le zéro. D’accord, il ne faut pas faire de fixation sur les statistiques de Google Analytics (d’ailleurs, je me plaignais récemment qu’il y avait trop de marketing sur le web), mais ne blogue-t-on pas pour être lu?
Comme une voiture de course aux 24 heures d’Indianapolis, le Machin à écrire se rend soudain compte que malgré le mouvement, malgré la vitesse, tout ça ne constitue pas un voyage et qu’il ne fait que tourner en rond.
Pourtant, l’objectif initial que je m’étais fixé est atteint pour l’essentiel : je n’ai jamais autant écrit, et aussi régulièrement, que depuis 2006. Il manque cependant quelque chose pour me pousser. Il manque une fin. Un résultat. Une espèce de rétribution. Quelque chose. L’entreprise me semble soudain futile. Pourquoi ne pas me libérer de l’emprise de cette machine et passer mes week-ends à faire du jardinage et mes soirées à clavarder sur Twitter avec des inconnus, comme tout le monde?
Le Machin à écrire en panne au milieu du désert. Le soleil plombe, j’ai un jerrycan à la main, la sueur coule dans mes yeux et je me demande si j’ai la force de me rendre jusqu’à la prochaine station-service. Je pourrais tout aussi bien m’installer à l’ombre de cet arbuste et attendre tranquillement qu’une voiture passe, lui faire signe, quitter ce lieu inhospitalier et y laisser pourrir mon bazou.
Le Machin à écrire en panne au milieu du désert. Le soleil plombe, j’ai un jerrycan à la main, la sueur coule dans mes yeux et je me demande si j’ai la force de me rendre jusqu’à la prochaine station-service. Je pourrais tout aussi bien m’installer à l’ombre de cet arbuste et attendre tranquillement qu’une voiture passe, lui faire signe, quitter ce lieu inhospitalier et y laisser pourrir mon bazou.
Bon. Ça, c’est aujourd’hui. Je me connais. Dans deux semaines, j’aurai une idée idiote qui m’obsédera et me poussera à écrire un truc de vingt lignes que je publierai ici.
Merde.
Merde.
1 juillet 2010
Trio numéro 1 pour emporter
Quand je parle ou que je joue avec les autres, je sens bien qu'ils sont à l'extérieur, qu'ils ne peuvent pas entrer où je suis et que je ne peux pas entrer où ils sont.Réjean Ducharme, L'avalée des avalés
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Il est probable qu’il était sur la limite qui sépare le songeur du penseur. Le penseur veut, le songeur subit.Victor Hugo, Les travailleurs de la mer
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Ce sera devant toi, au fil du temps, une vie immobile, sans crise, sans désordre: nulle aspérité, nul déséquilibre. Minute après minute, heure après heure, jour après jour, saison après saison, quelque chose va commencer qui n’aura jamais de fin: ta vie végétale, ta vie annulée.Georges Perec, Un homme qui dort
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