28 avril 2010

Solitude


Il flottait en permanence dans le brouillard de la solitude. Ça l’enveloppait comme une légère angoisse.

Il lui arrivait souvent de parler tout seul. Pour entendre sa propre voix, pour s’exprimer un peu. Il se faisait à manger, par exemple une omelette au fromage, la télé jouait et il commentait, s’adressait aux participants du jeu télévisé. Ensuite, il mangeait en silence.

Il avait le téléphone et même un répondeur, mais ne recevait jamais d’appel.

Quand il se rendait au dépanneur acheter ses billets de loterie, il bavardait avec le monsieur chinois à la caisse, lequel ne semblait pas comprendre grand-chose et faisait oui de la tête en souriant.

Il sortait faire des courses et sur la rue, au petit marché du coin, à la pharmacie, il écoutait les gens vivre, bavarder autour de lui. Il sentait bien l’isolement, le vide, mais faisait avec. Depuis toujours, il n’avait connu que cette vie d’ermite.

Le soir, parfois, lorsqu’il éteignait la lumière, couché sur le dos dans son petit lit, il se disait: et si je m’inscrivais à Facebook?

27 avril 2010

Haïkus à la rescousse!

Que faire quand l’inspiration vous quitte? Quand devant vos yeux fatigués, la page blanche (virtuelle) à l’écran de l’ordinateur illustre parfaitement ce qui se passe dans votre crâne (c.-à-d. rien)? Que faire quand la paresse vous paralyse alors que vous constatez que le rythme de publication sur votre blogue diminue dangereusement (ainsi que le nombre de visites)?

Des haïkus, bien entendu!

J’avais presque promis d’arrêter, mais c’est comme le jus d’orange du matin, rien à faire, c’est plus fort que moi. Comme la pratique de cette forme poétique devient chez moi un peu compulsive, j’en profite pour inaugurer la nouvelle catégorie « haïku », maintenant disponible dans le petit menu à droite (on n’arrête pas le progrès).  Ça vous permettra par exemple de relire mon (humble) œuvre haïkuesque au hasard d’un dimanche après-midi pluvieux.


* * * 


Haïku œnologique

La robe grenat
Le nez de petits fruits noirs
La bouche soyeuse


Haïku exploréen

Sa peau d’agrimanche
Son afflouve au quatre vents
Elle m’estoublait ferme


Haïku forcé

Il le faut. C’est tout.
Corvée? Compulsion? Allez!
Alignons les vers!


Haïku ubuesque

Merdre! C’est Ubu
Qui leur coupe les oneilles
Qui les décervèle


Haïku plein de calories vides

Trio Quart-de-livre :
Hamburger, frite géante
Et baril de Coke


Haïku en monosyllabes

Hein? Non! Où? Hier? Vrai?
Quoi! Qui? Elle! Oh! Ouf! Wow! Top!
Oui? Ah. Bon. Hum. Bof.

20 avril 2010

Point-com, rien de moins - Maintenant au www.machinaecrire.com

Il vient un temps dans la vie d’un blogue, par exemple après trois ans et demi d’activité, par exemple lorsque le trafic atteint le stade enviable des dix visites hebdomadaires, où il faut savoir passer à une étape supérieure. Viser haut! Avoir de l’ambition! Voilà ce que veut cette époque de la performance, du potentiel publicitaire, des statistiques sur le nombre de clics, de la collection compulsive d’« amis » ou de « followers ».

Quel hurluberlu tiendrait encore de nos jours un vulgaire blogue? Vous voulez rire? Ha! Ha! Ha! Tellement années 2000. Complètement obsolète. Pourquoi pas un site MySpace, tant qu’à faire? Un blogue littéraire, en plus? Que du texte? Pas d’images ni de vidéos? Mes aïeux! Comment ferez-vous pour générer du trafic? Ça s’appelle « Le machin à écrire »? Quel nom ringard! Ça ne se prononce même pas en anglais! Réveillez-vous, mon vieux! THINK BIG!

Soit. À partir d’aujourd’hui, finie, cette histoire de petit blogue hébergé par un service générique. Le machin à écrire (bientôt une marque déposée) possède dès aujourd'hui sa propre identité web. Et pas n’importe laquelle : un nom de domaine point-com, comme les grosses corporations de la Silicon Valley et les conglomérats du multimédia. Ainsi, dorénavant pourrez-vous accéder au présent site grâce à l’URL:


Hier un blogue, aujourd’hui un site web, demain le monde!

Médecine douce


Boutique boulevard St-Laurent. HYDROTHÉRAPIE DU COLON (au?) JUS FRAIS PRESSÉ. Du jus bio, j'espère!

18 avril 2010

Le syndrome de la page 45

L’autre jour, j’ai fait un cauchemar. Je tentais d’écrire un roman. J’étais rivé devant mon ordinateur, j’avais l’impression d’écrire des lignes, des pages, des chapitres, mais en fait le temps passait et j’étais toujours au même point, disons à la page 45. Alors je vaquais, puis revenais à mon ordinateur. J’ouvrais le fichier, je tapais, je tapais, je fermais le fichier, des journées s’écoulaient, j’écrivais encore, je faisais avancer l’intrigue, les personnages s’animaient, je m’essayais à quelques effets de style, certains passages me faisant même assez plaisir. Mais rien à faire, j’avais beau aligner les mots, j’avais beau m’évertuer, je ne faisais que du sur place et j’en étais toujours à la page 45. Pourtant, de semaine en semaine, de mois en mois, je voyais bien que le fichier grossissait passant de 50 kilooctets à 75, à 100, à 125 kilooctets. Mais ce roman en devenir, comme sous l’effet d’une malédiction, restait figé à la page 45 et son histoire n’avançait pas. Et les saisons passaient et les années filaient et moi qui vieillissais! Mes cheveux grisonnaient, ma face s’affaissait, mon bide prenait de l’expansion. Pire : j’avais l’impression que l’énergie peu à peu me quittait. Avec le temps, les personnages et leurs actions me semblaient de plus en plus flous et l’entreprise, futile. Je n’en persistais pas moins. Mais toujours et encore, cette maudite page 45.

Je me réveillai en sursaut. J’étais en sueurs. Je me suis redressé, ai regardé l’heure : quatre heures vingt-deux. Par sa respiration, je devinais que ma copine dormait profondément. Je me levai et me rendis dans le bureau. J’allumai l’ordinateur. Pendant la longue séquence d’initialisation de l’appareil, je pouvais voir ma réflexion dans l’écran : mes tempes grises, les pattes d’oie sous mes yeux, la fatigue dans mon regard. Enfin, je pus ouvrir le répertoire, cliquer sur le fichier; le logiciel de traitement de texte démarra.

Merde, encore page 45.

14 avril 2010

Les liaisons dangereuses

    -- Monsieur Mann, vous dirigez une des plus grandes entreprises du pays et êtes marié à la top model la plus en vue. On peut dire sans se tromper que vous avez du succès dans vos affaires et que vous avez du succès dans vos amours…
    -- Mais je change souvent de secrétaire!
    -- Ha ha ha!
    -- Ha ha! Oui. Tout cela est juste. Mais au fond, je ne fais pas ce que j’aurais voulu faire.
    -- Ah, non? Voilà une déclaration extrêmement étonnante. Vous vivez pourtant une vie de rêve : la fortune, le pouvoir, la vie familiale…
    -- Non, je n’ai jamais osé en parler publiquement, mais en fait, j’aurais voulu être un nauteur.
    -- Euh. Nauteur? Que voulez-vous dire par nauteur?
    -- Oui, un nauteur, pour pouvoir inventer ma vie, vous voyez. Ou alors, j’aurais voulu être un nacteur.
    -- Nacteur? Nacteur. Je ne comprends pas.
    -- Bien sûr, pour tous les jours changer de peau. Et pour pouvoir être un nanarchiste.
    -- Un nanar…? Mais enfin, monsieur Mann, de quoi parlez-vous?
    -- Écoutez, je sais qu’aux yeux de la population, je suis considéré comme un nanti, un nabab, mais ce soir, je peux vous dire en toute honnêteté qu’en réalité, j’aurais voulu être un nartiste. Un nartiste. Voilà.

12 avril 2010

Épistémologie appliquée

Une équipe de chercheurs a récemment publié une étude qui démontre de façon probante que 50% des publications scientifiques présentent des résultats erronés. Ces conclusions ont immédiatement été contredites dans une étude publiée par un groupe de recherche concurrent.

Ou vice versa.

2 avril 2010

La blague du jour (ou YouTube et le divertissement des masses)

C’est une vidéo qui dure deux minutes quarante-sept. L’image n’est pas de très bonne qualité. C'est-à-dire qu’au départ, c’était probablement une vidéo analogique, quelque chose comme du VHS, mais en plus, il y a l’échantillonnage et la compression numérique qui font que l’image souffre d’artefacts assez grossiers. En plus, à cause de la compression audio, le son donne l’impression de provenir du fond d’un baril métallique. Au début, on voit, filmé à une certaine distance, une échelle posée contre le mur d’une maison. Un plan fixe. Au bout de trois ou quatre secondes, un homme s’approche de l’échelle. Il porte dans une main un sceau manifestement à moitié rempli d’eau et dans l’autre, une raclette. On comprend que l’homme s’apprête à laver les vitres d’une fenêtre du deuxième étage de cette maison. Pourquoi quelqu’un perdrait son temps à filmer un homme qui lave ses fenêtres? Mystère. Mais le type, tout en s’approchant de l’échelle fait un sourire à la caméra et baragouine quelque chose qu’on ne réussit pas à saisir, et son attitude donne l’impression que c’est peut-être sa femme ou, qui sait, son jeune fils qui manipule la caméra. Mais, bon, peut-être qu’en certaines contrées la vie est si ennuyante et les humains ont-ils si peu de possibilités de récréation qu’ils s’adonnent à des activités telles que se filmer alors qu’ils font des tâches ménagères. Que sais-je. Toujours est-il que l’homme, maintenant au pied de l’échelle, s’apprête à y grimper. Or, comme il porte dans une main un sceau et dans l’autre une raclette, il est évident qu’il n’y arrivera pas. Il fait alors passer la raclette dans son autre main, qui, par une contorsion particulière de ses doigts, tient maintenant à la fois l’arceau de la chaudière et le manche de la raclette. L’homme entreprend ensuite de grimper dans l’échelle, ce qu’il réussit avec difficulté, handicapé qu’il est de tout ce qu’il tient dans une ce ses mains. En plus, le poids du sceau à moitié rempli d’eau cause manifestement un certain déséquilibre. Il procède donc un échelon à la fois, y mettant un pied, puis l’autre, s’arrêtant quelques secondes pour retrouver son équilibre, puis passant au suivant. Au bout d’un moment, environ à mi-chemin, il s’arrête et tourne prudemment la tête pour jeter un œil vers la caméra. On entend alors une voix de femme, très fort (ah, c’est donc probablement sa conjointe qui le filme), ce qui cause de la distorsion dans le son, sans doute parce que la bouche de la femme est trop près du micro du caméscope. Elle dit quelques mots qui forment un charabia incompréhensible. On en conclut qu’il s’agit d’une langue étrangère et que ces gens se trouvent dans quelque pays d’Europe où on ne parle ni le français ni l’anglais. L’homme dans l’échelle réplique en grommelant quelque chose, puis poursuit son ascension, toujours avec la même prudence. Plus il monte et plus l’échelle chancelle, ceci étant dû aux forces qui s’exercent sur l’échelle puisque le centre de masse du système est de plus en plus élevé. Ce vacillement fait se balancer le sceau, assez vigoureusement pour qu’une petite vague d’eau finisse par éclabousser jusqu’au sol. Pourquoi la femme ne va-t-elle pas tenir l’échelle plutôt que de continuer à filmer? Cela serait certes beaucoup plus sage de sa part. Mais l’homme continue bravement. Il est maintenant à la hauteur de la fenêtre, presque en haut de l’échelle. Il s’arrête alors et dispose son corps de façon à assurer un à peu près d’équilibre, tenant toujours le sceau d’une main, mais le posant sur un des degrés. Jugeant qu’il est correctement assuré, il prend alors la raclette de son autre main, se trouvant ainsi à lâcher l’échelle. La femme dit quelques mots, sans doute aussi inquiète que nous de l’imprudence de son mari. Qui aurait l’idée de se tenir ainsi dans une échelle, les deux mains occupées, à plusieurs mètres du sol, pour laver des vitres? On ne sait pas si l’homme répond à sa femme, parce qu’à ce moment une bourrasque de vent soudaine cause un chuintement assourdissant dans le micro. Mais ça ne dure qu’un moment et le calme revient. Se contorsionnant un peu, l’homme réussit à plonger l’éponge de la raclette dans le sceau. Il s’étire ensuite le bras pour frotter la vitre. Malgré son comportement franchement sans dessein, nous sommes quand même émus que le type ait réussi à grimper, à s’installer tout en haut de l’échelle et à enfin parvenir à laver cette fenêtre. Malheureusement, notre bonheur est de courte durée. En effet, la raclette glisse sur la vitre, le bras de l’homme s’écarte encore d’avantage de l’axe de l’échelle; l’homme voulant récupérer, ramène son corps vers l’arrière, le sceau dérape de la marche sur laquelle il était posé, son poids déséquilibre encore d’avantage l’homme, qui part carrément vers l’arrière, dans le vide. On l’entend pousser un petit cri alors qu’il tombe. Juste avant qu’il n’atteigne le sol, sa tête heurte violemment l’échelle. Son corps s’écrase sur le sol et reste là, immobile. On s’attend à ce que la femme hurle, qu’elle lâche la caméra, qu’elle se précipite sur son mari inanimé, mais le plan demeure fixe deux secondes de plus avant que la séquence ne prenne fin abruptement.