30 novembre 2010

Un choix déchirant

J’ai été confronté aujourd’hui à un choix déchirant. Mon ordinateur m’a présenté le message suivant. Il fallait que je tranche avant de pouvoir continuer.

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L’heure était grave. Je risquais, si je ne faisais pas le choix adéquat de perdre « toutes les modifications effectuées depuis le dernier enregistrement. » Et, avouons-le, rien de plus tragique que ce genre de situation. Encore dernièrement, pour avoir cliqué sur un bouton sans trop porter attention, je me suis retrouvé à devoir reprendre une bonne heure de travail. Non sans avoir d’abord mis à contribution toute l’étendue de mon vocabulaire religieux.

Or donc, ce message me semblait équivoque. J’hésitais. Sur quel bouton devrais-je cliquer?

Je sortis donc une pièce et tirai à pile ou face. Puis, je choisis entre pair ou impair et tirai un dé. Je consultai ensuite l’excellent site The Universal Decision Maker. Je fis un tournoi 2 de 3 de « roche, papier, ciseau » entre ma main gauche et ma main droite. J’appelai les ascenseurs (il y en a deux) et tentai de deviner quelle cabine arriverait la première. J’appelai un numéro de téléphonique au hasard et demandai à la personne au bout du fil si elle préférait la couleur rouge ou la couleur bleue. Je fis une longue séance de Ouija (avouez que vous aussi, au travail, gardez une planche de Ouija dans votre cubicule, juste au cas). J’organisai un sondage parmi mes collègues de l’étage.

Malgré l’accumulation des résultats, je ne pouvais me résoudre à cliquer un des deux boutons. Il me semblait que je devais m’investir davantage dans le choix, que celui-ci devait être le fruit d’une déduction logique et déterministe plutôt que d’un processus aléatoire. Je m’astreins par conséquent à prendre moi-même la décision, en la basant tant sur ma propre interprétation de la proposition affichée à l’écran que sur mon analyse des conséquences qui découleraient du choix de chacun des deux boutons. Je réfléchis longuement, puis noircis de nombreuses feuilles de mon calepin, structurant mon analyse, gribouillant diverses notes, dessinant des arbres de décisions. Enfin, il me sembla que tout convergeait vers un choix qui me semblait enfin logique et évident.

Et c’est donc le cœur léger que je cliquai sur « Annuler ».