22 novembre 2010

Le syndrome de la page blanche (où l’auteur, à court d’idées et frustré par la blancheur de cette page qui ne demande qu’à être souillée, par cet espace vierge qui ne demande qu’à être violé, oui, l’auteur qui ne sent soudain plus ce petit bouillonnement de l’inspiration qui d’habitude, produisant de la vapeur, fait se mouvoir son machin à écrire, eh bien, l’auteur, encore une fois – d’aucun dirons que ça devient une mauvaise habitude –, ne peut s’empêcher de geindre, de se plaindre, de s’apitoyer sur son sort, plutôt que de sortir sa plume – virtuelle, bien sûr, parce que l’auteur n’écrit que sur le clavier de son ordinateur, n’ayant aucune sensibilité à l’espèce de romantisme qu’on prête parfois à l’acte d’écrire, vous savez : la plume, le parchemin, l’auteur vêtu d’une robe de soie blanche, une couronne de laurier sur la tête –, l’auteur se lamente, disions-nous, plutôt que de sortir sa plume, de laisser son esprit gambader et de noircir le papier – virtuel aussi, bien entendu – et de courir la chance que quelque chose sorte de ce petit manège car, au fond, le seul risque qu’encours l’auteur se faisant est bien de se retrouver devant un texte pauvre et inintéressant et dans ce cas, il n’aura qu’à chiffonner la page et la mettre au panier – virtuel, etc. –, mais aussi aura-t-il la joie immense d’y découvrir un bout de texte senti, dont il sera prêt à assumer la paternité et alors le publiera-t-il – après relecture minutieuse, comme il le fait toujours – dans son blogue, en se disant qu’il s’agit là d’une pierre de plus, d’une humble addition à l’édification de son œuvre littéraire – humble aussi, précisons-le –, qu’il a la générosité ou l’étourderie de mettre à la disposition de tout un chacun, et tout à fait gracieusement, sous le titre « Le machin à écrire »)