23 mars 2010

Twitter, le chaos et la bulle

J’avoue ne fréquenter que très peu ce qu’on appelle (et je déteste ce nom stupide) le Web 2.0. Déjà, « dans mon jeune temps », je n’étais pas actif sur les BBS; plus tard, je n’ai pas contribué aux newsgroups Usenet et depuis l’explosion de l’Internet, je ne cours pas non plus les chatrooms (*). Mon blogue est essentiellement un outil de publication à sens unique et je n’ai pas de page Facebook. Peut-être en conclurez-vous que je suis asocial; peut-être suis-je simplement 1.0 de nature. Mon incursion récente dans Twitter et le vagabondage que j’y fais ces jours-ci me permettent de constater de visu certains comportements caractéristiques de la culture (‘scusez-là) du Web 2.0. Rien de très original ici, mais permettez-moi de donner quelques exemples de ce que j’ai vu dans Twitter :

  • Des pédants qui portent un jugement critique sur les autres utilisateurs, les injuriant souvent sans vergogne, leur reprochant de ne pas connaître la netiquette, de ne pas utiliser le bon jargon (vous savez, ces esthètes qui nous rappellent qu’il faut écrire « LOL » et surtout pas « Ha ha ha », ce qui fait tellement amateur), tout cela en insistant lourdement sur le fait qu’eux sont des vieux de la vieille de l’Internet, des précurseurs qui savent de quoi ils parlent parce qu’ils clavardent depuis quinze ans et utilisent Twitter depuis 1998.
  • Des calomniateurs qui oublient que leurs commentaires désobligeants seront sans doute archivés dans l’Internet pour les décennies à venir.
  • Des collectionneurs d’amis, dont la seule motivation semble de voir augmenter le nombre de leurs suiveurs.
  • Des groupies qui suivent tout ce qui ressemble de près ou de loin à des personnalités connues, réagissent constamment à leurs messages en espérant secrètement que la vedette en question leur adresse enfin une réponse (ah, devenir ami des stars!).
  • Des utilisateurs qui rediffusent (retweet) tous les messages qu’ils reçoivent en les précédents de « LOL ».
  • Des gens qui confondent Twitter avec un chatroom, au courriel ou un moteur de recherche (« Quelqu’un sait-il quelle est la capitale du Ghana? »).

Il y a aussi les perfectionnistes, ceux qui se plaignent qu’il y a trop de bruit de fond dans Twitter,  qu’on y est trop indiscipliné, qu’on n’utilise pas ce service comme il se doit et que Twitter n’est pas ce qu’il devrait être, selon leur conception idéalisée de la chose. Tout amateurs de média sociaux qu’ils soient, ceux-là n’hésitent pas à conspuer de façon très antisociale leurs collègues twitteurs. À ceux-là, j’ai envie de rappeler que peu importe le médium, les humains demeurent des humains, qu’on se doit de garder un minimum de patience et qu’il est tout à fait normal que Twitter soit un foutoir où règne la cacophonie. C’est par exemple le même phénomène qui survient dans le trafic à l’heure de pointe ou dans n’importe quelle file d’attente.

Au bout du compte, notre contrôle suprême comme utilisateur de Twitter est de choisir qui on désire suivre. Il s’agira de personnes essentiellement choisies en fonction de la pertinence (subjective) de leurs propos. J’y vois un parallèle avec le concept de cette « bulle » sociale qui nous entoure et dans laquelle on fait entrer ou non les gens, à notre guise. Et personnellement, je tiens à ma bulle. C’est que je suis tellement 1.0…

Note:
(*) J’ai bien peur que cette phrase me fasse passer pour un vieillard d’une autre époque.