30 septembre 2009
Les plaisirs (et misères) du linguiste amateur
26 septembre 2009
Barrière linguistique
L’homme s’approcha du comptoir.
– Bonjour, dit-il.
Tout à son affaire, la guichetière répondit du tac au tac:
– Bonjour, monsieur. Puis-je avoir une pièce d’identité, s’il-vous-plaît?
– Pardon?
– Puis-je avoir une pièce d’identité, s’il-vous-plaît?
– Je suis désolé, je ne comprends pas. Vous avez dit « Bonjour, monsieur », ça j’ai compris, mais je n’ai pas saisi la suite.
– Je vous ai demandé une pièce d’identité.
L’homme fronça les sourcils en hochant la tête négativement. Il dit :
– Je… je vous entends bien, mais je ne comprends pas les mots.
– Je vous demande une pièce d’identité.
La dame insista, parlant un peu plus fort et détachant les syllabes :
– Une PI-È-CE D’I-DEN-TI-TÉ!
L’homme haussa les épaules. Il avait l’air un peu gêné. La guichetière essaya autre chose :
– Permis de conduire? Carte d’assurance maladie?
– Euh, je… Je suis désolé, je ne comprends rien de ce que vous dites.
La femme eut une idée. Elle se pencha pour prendre son sac sous le comptoir. Elle y plongea la main et en sortit son portefeuille, duquel elle retira son permis de conduire. Elle le montra à l’homme en disant :
– Permis de conduire?
– Ah, d’accord, vous voulez mon permis de conduire!
Il sortit son portefeuille d’une poche arrière de son pantalon, l’ouvrit et tendit son permis de conduire à la femme en disant :
– Voilà!
Il avait l’air content. La femme s’empara de la carte d’identité, considéra le visage de l’homme un moment, puis jeta un œil sur le document. Elle glissa un formulaire sur le comptoir devant elle, et commença à y retranscrire les données du permis de conduire. Elle s’appliqua à cette tâche un moment. Elle leva soudain les yeux vers l’homme et lui demanda :
– L’adresse est toujours bonne?
– Pardon?
– L’adresse sur votre permis. Elle est toujours bonne?
– Euh, je ne sais pas dans quelle langue vous parlez, madame, mais je ne la connais pas. Vous ne parlez pas français?
La guichetière commençait à s’impatienter. Elle inspira avec force et dit froidement :
– L’adresse.
Elle posa le permis de conduire devant l’homme et désigna du bout du doigt l’adresse. Elle répéta plus fort :
– L’A-DRES-SE. Cette adresse, est-elle toujours bonne?
– Euh. Attendez. Qu’est-ce que vous pouvez bien me demander... Mon adresse à la maison? C’est cela? Oui, c’est bien là mon adresse à la maison.
– Bon, d’accord, merci.
Elle retourna à son formulaire et y retranscrivit l’adresse. Une fois cette opération terminée, elle remit à l’homme son permis de conduire. Elle lui demanda encore :
– Est-ce pour un abonnement d’un an ou de deux ans?
L’homme ne répondit même pas, se contentant de sourire avec un air un peu niais. Au bout d’un moment, comme la dame attendait toujours une réaction, il dit faiblement :
– Je m’excuse, mais je ne comprends pas un traître mot de ce que vous dites.
– Mais enfin, monsieur, est-ce une mauvaise blague ou quoi?
– Ah? Je crois que vous venez de dire « monsieur ». Ça, je l’ai bien compris. Mais pour le reste…
Plutôt que de se fâcher, la femme se sentit soudain désemparée. Elle soupira nerveusement, jeta un œil alentour. Elle se dirigea vers un collègue installé à un bureau dans l’espace de travail derrière le comptoir. Il pianotait sur un ordinateur, l’air concentré. Elle l’aborda en lui disant à voix basse :
– Charles, je ne sais plus quoi faire. J’ai un client qui ne comprend rien de ce que je lui dis.
Elle se retourna vers l’homme au comptoir. Son collègue fit de même. L’homme, qui les regardait, les gratifia d’un petit sourire. Le collègue demanda :
– Il est sourd?
– Non, il a l’air d’entendre ce que je lui dis, mais il ne comprend pas.
– Peut-être qu’il parle une autre langue. L’espagnol peut-être? Tu pourrais voir avec Pilar?
– Tu ne comprends pas. Il ne saisit pas ce que je lui dis, mais il s’exprime parfaitement en français.
– Hein? Tu veux dire qu’il parle français, mais ne le comprend pas? Peut-être que c’est ton accent du bas du fleuve?
Ce qui le fit rigoler. La guichetière ne la trouvait pas drôle.
– Tout ce qu’il a l’air de comprendre, c’est le mot « monsieur »... Écoute, j’ai une dure journée. Ce matin, la chef de service qui me tombe sur la tomate pour rien. Il y a eu ce monsieur grossier qui m’engueulait tout à l’heure, et là, ce phénomène. Je n’ai pas la patience. Viendrais-tu m’aider?
Le collègue soupira et dit :
– Bon, O.K., j’arrive. Laisse-moi seulement finir ça.
Elle attendit près du bureau pendant que le collègue achevait de taper quelques mots. Le type attendait toujours sagement au comptoir. Il avait remis son permis de conduire dans son portefeuille et son portefeuille dans la poche arrière de son pantalon. Il semblait maintenant dans la lune, à regarder les clients se faire servir aux autres guichets. Enfin, le collègue termina sa saisie par un violent coup d’index sur la touche « Entrée », comme pour s’assurer de bien planter l’information dans l’ordinateur. Il se leva et, suivi de la guichetière, s’approcha du comptoir.
– Bonjour, monsieur, dit l’employé.
– Bonjour, répondit l’homme.
– Vous venez pour un abonnement?
– Oui, c’est bien ça.
L’employé jeta un œil à sa collègue, qui haussa un sourcil de surprise. L’employé parcourut le formulaire et constata qu’il ne restait que quelques informations à compléter. Il demanda :
– Vous désirez un abonnement d’un ou de deux ans?
L’homme demanda :
– Quelle est la différence?
– L’abonnement de deux ans vous donne une réduction de vingt pour cent. Regardez, c’est indiqué ici.
Il lui désigna une affiche où étaient inscrits les différents tarifs. L’homme ne prit pas même la peine d’y réfléchir et dit :
– Allez, je vais m’abonner pour deux ans. Je viens de déménager tout près, je compte bien en profiter!
Estomaquée, la femme intervint :
– Monsieur? Vous comprenez le français? Pourquoi ne me répondiez-vous pas tout à l’heure quand je vous adressais la parole?
Mais l’homme la regarda parler, hocha la tête et chuchota à l’employé :
– Votre collègue parle une drôle de langue. Au début, je n’étais pas certain s’il s’agissait d’un accent bizarre ou d’un problème d’élocution, mais comme je n’arrivais qu’à saisir un ou deux mots, je me suis dit que ça devait être une langue étrangère.
L’employé fronça les sourcils :
– Vous voulez dire que vous ne comprenez pas ce qu’elle dit?
– Bien sûr que non.
La femme explosa.
– C’est complètement ridicule! Je vous parle en français! Vous ne me comprenez pas? C’est une blague de mauvais goût? Vous n’allez pas bien dans votre tête?
L’employé jeta un œil à la ronde. La plupart des autres employés, incluant la chef de service, ainsi que plusieurs clients qui attendaient en file les fixaient. Il se pencha vers sa collègue, lui pris le bras en lui disant doucement :
– Je t’en prie, Manon, calme-toi. Tout le monde nous regarde. C’est un type bizarre. Ça n’a pas d’importance. Va faire un tour, je m’en occupe.
Elle jeta un œil noir au client et tourna les talons. Elle se dirigea d’un pas rapide vers les toilettes, sous l’œil sévère de la chef de service. Le client prit un air navré et dit:
– Je suis désolé pour votre collègue. Je comprends qu’il doit être frustrant pour elle de ne pas se faire comprendre. Honnêtement, je ne vois pas comment il se fait qu’elle travaille dans le public si elle ne parle pas le français.
L’employé avait soudain très hâte que la transaction se termine. Il tourna le formulaire vers le client et lui tendit un stylo.
– Euh, oui, bon. Alors, vous allez signer ici et ici.
Pendant que l’homme relisait le contrat et signait, l’employé fit quelques opérations sur un terminal et conclut la saisie en frappant avec vigueur la touche « Entrée ».
– Un moment, s’il-vous-plaît, ça ne sera pas long.
– Je vous en prie.
L’employé se rendit jusqu’à une espèce d’imprimante pour y prendre la carte de membre qui venait d’y être personnalisée. Il revint et la tendit au client, ainsi qu’un dépliant.
– Voilà votre carte de membre. Et voici les règlements.
– Merci, monsieur. Et mes excuses à votre collègue.
– C’est cela, merci. Suivant, s’il-vous-plaît!
L’homme s’éloigna du comptoir. Il rangea sa nouvelle carte de membre dans son portefeuille, puis se dirigea vers les rayonnages de la bibliothèque, heureux de pouvoir s’y perdre, à la recherche d’un bon livre.
21 septembre 2009
La religion catholique expliquée aux enfants:
20 septembre 2009
Week-end à Wentworth
16 septembre 2009
Statistiques pour hypocondriaque
15 septembre 2009
Vu aujourd'hui
14 septembre 2009
Mes 5 premiers ordinateurs

Mon premier vrai ordinateur. D’accord, c’était l’ordinateur familial, mais disons que j’en étais l’utilisateur principal. Ce bijou possédait une mémoire de 32 kilooctets, si je me rappelle bien. Programmable en BASIC. Comme c’était la norme à l’époque, il fallait le brancher à une télé et on pouvait enregistrer nos programmes à l’aide d’un lecteur de cassettes audio. J’ai recopié des milliers de programmes en BASIC publié dans des magazines. Il y avait aussi des jeux sympathiques (pour l’époque) sur de grosses cartouches qu’on insérait sur le côté de la machine. Nous avions aussi une cartouche qui comportait un vrai traitement de texte. Détail amusant, le clavier de type Chiclet (comme disent les anglais), ressemble à celui de l’ordinateur portable que j’utilise aujourd’hui (j’ai bien dit ressemble; la touche du COCO était horrible). Je me rappelle avoir perdu à cause d’une panne électrique un travail de CEGEP, que j’ai dû reprendre au complet. Il est facile de concevoir que la fonction de sauvegarde automatique n’existait pas avec un traitement de texte sur une cartouche et une cassette audio pour tout support de données. (Merde, je crois que cette anecdote évente mon âge avancé.)
Le Color Computer 3, toujours Radio Shack. Une version un peu plus évoluée du précédent qui offrait une mémoire de 128 kilooctets et de meilleurs graphiques. Contrairement au COCO-1, cet ordinateur offrait (tenez vous bien) un jeu de caractère comportant des caractères minuscules.
Une grosse calculatrice programmable en BASIC. Généreuse mémoire de 2 kilooctets. Très utile pour y mémoriser illégitimement des formules de physique en vue d’un examen au CEGEP. Fait d’arme : j’avais conçu un programme pour calculer le pointage au tarot, lequel s’avéra très utile lors de match nocturnes bien arrosés.
Du sérieux : cet ordinateur utilisait alors le même microprocesseur que le Macintosh d’Apple (le Motorola 68000). 512 kilooctets, des capacités graphiques étonnantes à l’époque pour un ordinateur bon marché. Des commandes qui ressemblaient à celles d’UNIX (ou Linux aujourd’hui). J’ai fait des travaux d’université là-dessus, mais j’ai aussi passé des nuits blanches dans ma chambre des résidences universitaires à jouer à des jeux idiots. 12 septembre 2009
10 septembre 2009
Lendemain de veille
8 septembre 2009
Pho Bang
Une vague d’immigration vietnamienne d’importance au Québec dans les années 1970 et 1980 a entre autres ouvert de nouveaux horizons culinaires aux québécois avec l’apparition de nombreux restaurants vietnamiens, surtout situés à Montréal. Ainsi, il est toujours amusant de constater que bon nombre des restaurants du petit Quartier Chinois montréalais sont en fait des restaurants vietnamiens. Une des adresses vietnamienne bien connue des gastronomes fréquentant le Quartier Chinois est Pho Bang New York, sur le boulevard Saint-Laurent (autrefois coin Viger et déménagé un peu plus au nord depuis environ deux ans), dont j’ai photographié la bannière pas plus tard que ce midi.
En voyage dans la ville de New York au mois d’août, je découvre qu’un restaurant partage le même nom et une enseigne ayant un graphisme identique : Pho Bang, sur Mott Street. Le restaurant est situé en plein cœur de Chinatown. Surpris par la coïncidence, j’en croque l’enseigne.
Les logos sont les mêmes : le gros BANG, la ligne horizontale qui le traverse, avec ce PHO en équilibre dessus. Intrigué, je fais quelques recherches sur l’Internet et découvre que Pho Bang est presque aussi courant que McDonald’s (j’exagère à peine). Ainsi trouvons nous de nombreux restaurants Pho Bang, tous avec un logo identique. (Les photos qui suivent ont été glanées sur l'Internet).

Pho Bang, Kissena Blvd, Queens, NYC
Pho Bang Phoenix, AZ
7 septembre 2009
Les plaisirs du franglais
De par sa situation géographique et culturelle, le Québec est un terreau naturel pour le franglais. Le français pratiqué ici est émaillé d’anglicismes et l’auteur de ces lignes n’ira certainement pas prétendre qu’il n’en abuse pas lui-même abondamment. Il y a cependant certains anglicismes qui m’égratignent particulièrement les oreilles (et souvent pour des raisons totalement subjectives, je l’avoue). Ainsi, depuis quelques temps peut-on entendre à la télé et à la radio le mot plaisir, un mot par ailleurs fort positif et littéralement agréable, comme formule de politesse en réponse à des remerciements. Par exemple :
L’animateur – Alors, Mario, on rappelle tes dates de spectacles: du 9 au 12 septembre à l’Étoile du Quartier Dix30. Merci d’avoir été là!
L’invité – Plaisir!
Il s’agit bien entendu de la traduction littérale de l’anglais pleasure, comme dans « My pleasure ». Au Québec, on utilise aussi beaucoup l’expression « Ça m’a fait plaisir », qui est également une variante de « My pleasure ». À moins qu’il ne s’agisse d’une version dégradée de « Avec plaisir » ou de « Tout le plaisir est pour moi », des expressions françaises qui me semblent plus légitimes.
En fait, cette utilisation de « Plaisir » m’énerve d’autant plus qu’elle semble se répandre, peut-être par un phénomène de mode. Par exemple, je l’ai entendu de la bouche d’une journaliste que l’animatrice du téléjournal de Radio-Canada remerciait (il s’agissait en plus de l’édition du soir du téléjournal, une émission soi-disant de prestige). La journaliste de réponde : « Plaisir ». Et je ne parle pas des talk-shows télévisés ou de la radio commerciale où on se remercie abondamment et où on a donc toutes les occasions du monde de placer des « Plaisir ».
Il y a pourtant de nombreuses façons d’exprimer sa modestie suite à des remerciements. Les plus répandues :
– De rien.
– Il n’y a pas de quoi.
– Je vous en prie.
Et si on tient à tout prix à utiliser le mot plaisir, tel qu’on l’a mentionné plus haut, on pourra dire :
– Avec plaisir
– Tout le plaisir est pour moi.
Notons enfin que les Belges utilisent dans ce contexte l’expression « S’il vous plaît », usage qui pourra désarçonner le touriste Québécois, peu habitué à cet usage!
1 septembre 2009
Un conseil d'ami
Le petit coupé Mercedes roulait à vive allure sur l’Autoroute 117. Le conducteur était un type dans la cinquantaine avec un petit bedon sphérique et un bouc grisonnant au menton. À son cou pendait une chaîne en or et au poignet de sa main droite une montre au bracelet doré. En prime, il arborait une impressionnante chevalière à la main. Monsieur Jewel aimait bien afficher son opulence, objet d’une grande fierté. Il avait cette richesse ostentatoire des gens nés pour un petit pain, qui sont devenus prospères mais qui ont gardé certains complexes. Monsieur Jewel était en grande conversation téléphonique. Il avait dans l’oreille une de ces petites oreillettes servant de casque d’écoute et de microphone et qui donne à ceux qui les utilisent l’air de cyborgs du dimanche. Il faisait la leçon à son vieux copain Steve.
-- Écoute, Steve, je comprends pas que tu travailles encore la fin de semaine prochaine. Il me semble que tu travailles tout le temps. Prends le temps de vivre, mon vieux!
-- Un de mes employés s’est cassé une jambe en faisant du skateboard. La semaine passée, j’ai mis à la porte une temporaire que j’ai pognée en train de piquer de l’argent dans la caisse. En plus, il y a une des filles qui est tombée en congé de maternité cet été… Je suis mal pris pis il faut que je rentre donner un coup de main.
-- Ha, ha, ha! Je t’imagine en train de servir des beignes! Combien de sucres dans votre café? Ha, ha, ha!
-- Va chier! Il faut bin gagner sa vie. Pis je la gagne pas trop mal, merci. Ça fait juste un an que j’ai acheté ma franchise Tim Horton, pis mes chiffres sont bons. Le bureau chef de Toronto est content.
-- C’est sûr que si ta franchise décolle, ça peut finir par avoir une bonne valeur. Mais comme je te le dis souvent, il faudrait que tu vises plus gros. Que tu en viennes à hypothéquer celle-là, pour en acheter une autre, pis hypothéquer l’autre pour en acheter une autre encore, pis répéter l’opération pour réussir à avoir plusieurs franchises avec un investissement initial réduit. C’est de cette façon-là que tu peux grossir vite. Ça, c’est un plan d’affaires intéressant!
-- Comme je te réponds à chaque fois que tu me chantes cette chanson-là, je vais commencer par faire marcher cette franchise-là pis on verra après.
-- Ouin. En attendant, il faudrait que tu t’arranges pour que ça roule tout seul. Pour pas que tu sois obligé de travailler tout le temps... En tout cas, c’est de valeur pour en fin de semaine, je voulais t’inviter au chalet avec Carole. T’es toujours avec Carole?
-- Bin sûr, qu’est-ce que tu penses, on vient de s’acheter une maison.
-- Ouin. Mais on sait jamais, de nos jours. Ça doit bin faire quinze ans que vous êtes ensemble?
-- Quelque chose comme ça.
-- Wow... Moi, je pensais inviter la petite Cynthia. J’aurais aimé ça que tu vois ça cette petite pitoune-là en bikini!
-- Cynthia? C’est une nouvelle, ça, mon gros cochon?
-- Ha, ha, ha! Ouin, une petite poulette que j’ai rencontrée ça fait pas longtemps. Un pétard! Tu devrais voir le petit cul…
-- De toute façon, en fin de semaine, j’aurais pas pu, c’est la fête de mon plus vieux.
-- Anyway. Tant pis. Non, je te le dis Steve, c’est intéressant ton affaire de franchise de beignes, mais pour faire une piasse, ça m’a l’air compliqué. Tu devrais faire comme moi pis partir à ton compte, je sais pas, faire de la rénovation par exemple. Je veux dire, moi, dans la plomberie, depuis que je suis parti de chez Pouliot, j’ai jamais fait autant de cash. Pouliot, le Christ de vieux crosseur! Il me payait des pinottes! Asteure, je peux dire que suis riche... Pas pire pour un plombier!
-- Facile quand on travaille au noir!
-- Bon, sors pas tes grandes expressions! Je paye assez de taxes comme ça, je peux bin essayer de sauver un peu d’impôts. On fait tous pareil. C’est vrai que je demande à mes clients me payer comptant. Mais je leur donne un escompte de 15% s’ils me payent comptant. Je leur dis : vous sauvez les taxes… Bon, ce que je leur dis pas, c’est que moi, comme je déclare pas à l’impôt, je sauve à peu près 50%. Mais on est quand même gagnant des deux côtés, tu comprends?
L’autre soupira au bout du fil. Monsieur Jewel continua son exposé:
-- Écoute, je charge 75 piasses de l’heure. C’est un tarif normal pour un plombier. Aussi, je charge toujours une heure en extra pour mon déplacement. Pis je prends une bonne cote sur le matériel que je fournis. Je déclare un peu, mais c’est presque clair d’impôts. C’est payant! C’est payant! Comment tu penses que je me suis payé mon chalet dans les Laurentides pis ma Mercedes? Ha, ha, ha!
-- Va chier.
-- Écoute, je dis pas ça pour t’écœurer! Prends ça comme un conseil d’ami!




