10 octobre 2009

Un K particulier

Les Québécois, pour une raison que j’ignore, semblent vouer un culte étrange à la lettre K, une lettre pourtant presque inutilisée dans la langue française. Bien que le K ait cet avantage de se prononcer d’une façon unique et non ambiguë devant toutes les voyelles, la langue française lui préfère les lettres C et QU pour le son [k]. Ainsi : CA, QUE, QUI, CO, CU. En français, le K est la deuxième lettre la moins utilisée en français, après le W.

Pourquoi cette fixation pour le K au Québec? À titre d’illustration, on voit souvent ainsi orthographié ce gros mot québécois: « tabarnak » (prononciation en joual de tabernacle). Pourquoi ce K final? Pourquoi pas « tabarnac »? Curieux, j’ai comparé le nombre de résultats dans Google pour différentes orthographes possibles de ce mot du terroir :

Tabarnak
110 000
Tabarnack
80 400
Tabarnaque
33 300
Tabarnac
21 500

Je suis assez déçu que l’orthographe qui me plaît le plus et qui est la plus simple, tabarnac, soit la moins utilisée. Tabarouette, il semble que la folie du K ait encore frappé! Pourtant, n’écrit-on pas : bac, lac, sac, tic-tac... Tiens, tiens, il semble que la plupart des mots se terminant en « ac » n’aient qu’une syllabe!

Le K fait branché. Dans le petit monde de la musique rock québécoise (et en particulier dans ce qu’on appelle à Montréal (oui, je sais, c’est réducteur et condescendant) « la scène locale »), quand on se cherche un nom, le K semble s’imposer. Ainsi, quelques exemples de groupes auxquels on a eu droit ces dernières années : Akuma, Kaïn, Karkwa, Karlof Orchestra, Kermess, Kulcha Connection, Le Kitchose Band, Okoumé, etc. Pourquoi tant de K? Serait-ce relié à la lettre K dans les mots rock, punk, funk, ska? On peut voir l’ampleur des ravages du K maudit dans le répertoire des groupes et artistes dont les albums sont distribués par le défunt distributeur de disque indépendant Local Distribution, où plus de 15% des noms comporte au moins un K, ce qui représente une fréquence hors du commun (en toute mauvaise foi, j’admets aussi dans ma statistique des noms anglophones, mais quand même).

Je m’essaie à quelques pistes d’explication.

D’abord, je remarque que la lettre K abonde dans certaines langues amérindiennes. Par exemple, les communautés Mohawk : Akwesasne, Kahnawake et Kanesatake. Il semble qu’on ait déjà écrit, au début de notre histoire : Kebec.

Autre influence possible : une émulation de l’anglais, qui utilise plus volontiers cette lettre (c’est tout de même la 5e lettre la moins fréquente en anglais). Le phénomène pourrait ainsi être en dû à l’exposition importante des Québécois à la langue anglaise.


Enfin, il est possible que le K fasse tout simplement cool. J’imagine parfaitement un nartiste nommé Éric Caron qui se donne comme pseudonyme Érik Karon. C’est vraiment autre chose.