22 août 2009

Bienvenue au Canada / Welcome to Canada

Aéroport de Montréal. L’avion se pose doucement, roule un moment sur la piste, puis s’amarre au terminal. Le voyageur est heureux d’enfin rentrer à la maison. Lui revient en tête la chanson de Charlebois, empreinte de nostalgie : « Je reviendrai à Montréal... » Le voyageur retire son bagage à main de sous le siège avant et fait attention de ne pas oublier la carte de déclaration de douanes que les agents de bord ont distribuée quelques minutes avant l’atterrissage et qu’il a dûment remplie. Il descend de l’appareil, traverse le pont et débarque dans l’aéroport. Il suit ensuite les indications pour la sortie et parcourt de longs corridors en admirant la propreté de l’aéroport. Il remarque des échafauds et autres signes de travaux en cours et sourit en se disant que cet aéroport est un chantier qui n’aura jamais de fin. Enfin, le voyageur parvient à une balustrade qui surplombe un vaste espace, le hall des douanes. Il découvre alors avec horreur que pour atteindre les guérites des douaniers, il doit d’abord traverser le serpentin de l’enfer : une file d’attente, des centaines de personnes qui s’entassent et forment un long cortège qui se plie et se replie plusieurs fois sur lui-même au gré d’un couloir formé de poteaux et de rubans, comme un immense serpent. Un flot continu de voyageurs alimente le monstre, au gré de l’arrivée des vols. Dans le fond du hall, une rangée de guérites où officient les douaniers; les voyageurs semblent y passer au compte-gouttes. Le voyageur un peu paniqué descend l’escalier mécanique l’amenant au niveau inférieur et s’engage dans la file. Commence alors un long périple, fait d’allers-retours dans ce serpentin humain. Il aura tout le temps de prendre les messages sur son téléphone cellulaire, de faire une analyse rétrospective de son voyage, de récapituler les petites corvées qui l’attendent à la maison. Il aura tout le temps de détailler les autres voyageurs dans la foule, tentant de deviner leur pays d’origine. L’attente est longue et la file avance à pas de tortue. Le voyageur aura aussi tout le temps d’apprécier l’absurdité de ce processus. Il a fréquenté de nombreux aéroports un peu partout dans le monde, mais jamais il n’a vu un tel bordel. Ça lui donne l’impression d’être un bœuf qu’on amène à l’abattoir. Enfin, après plusieurs minutes à suivre le cortège en grommelant, notre voyageur atteint le bout de la file et se fait diriger vers un douanier, qui l’accueille dans les deux langues officielles. Le voyageur remet au douanier son passeport et la carte de déclaration de douane qu’il a remplie dans l’avion. Le douanier glisse le passeport dans un lecteur, pose au voyageur quelques questions sur ses achats à l’étranger, puis gribouille quelques caractères au stylo rouge sur la carte de déclaration, qu’il lui rend ensuite avec son passeport. Le voyageur salue le douanier et se dirige vers le hall de récupération des bagages en s’inquiétant que depuis l’atterrissage de son avion, les vêtements dans sa valise soient maintenant démodés. Il vérifie sur un écran le numéro du carrousel correspondant à son vol, s’y dirige, récupère sa valise. Enfin, notre voyageur pourra sortir de ce satané aéroport, retrouver sa voiture dans le garage et rentrer à la maison! Il suit les indications pour la sortie, mais qu’aperçoit-il? Le goulot d’étranglement de la mort! Les voyageurs ayant récupéré leurs bagages se dirigent tous vers la sortie, un étroit corridor où se trouve un point de contrôle. Ici, pas de serpentin, pas de contrôle de la foule, c’est chacun pour soi dans la confusion la plus totale. Ça joue du coude, les chariots à bagages se tamponnent, des voyageurs impatients coupent la file. Les touristes qui subissaient jusque là de bonne grâce le chaos entourant les procédures douanières canadiennes commencent à en avoir plein leur casque. Tout en se frayant un chemin dans la foule, notre voyageur tente de mettre en application diverses techniques de relaxation, question d’éviter une crise de panique. En progressant lentement dans le goulot d’étranglement, la multitude s’organise bientôt en trois rangées menant à autant de douaniers. Après plusieurs minutes, notre voyageur atteint le point de contrôle où il est accueilli par une douanière aux manières bourrues, laquelle lui demande sa carte de déclaration de douane. Le voyageur lui tend le formulaire, en espérant mentalement que les hiéroglyphes rouges griffonnés par l’autre douanier ne signifient pas une fouille à nu. Mais la sympathique douanière esquisse une moue dégoûtée en lui faisant signe du pouce de passer. Notre voyageur se retrouve enfin dans l’aire publique de l’aéroport, une heure et demie après l’atterrissage de son vol qui a duré à peu près le même temps. Se dirigeant vers le garage où l’attend sa voiture, il se dit que c’est encore beau qu’il ait réussi à passer à travers toutes ces formalités sans devoir enlever ses chaussures...