Ce jour-là, je descendis tôt pour dîner. Il devait être midi moins quart. Je m'étais farci durant tout l'avant-midi une réunion atroce à tenter de vendre un projet à mes patrons et les efforts déployés m'avaient mis en appétit. J’avais espoir d’avoir réussi cette fois à les convaincre; peut-être cette cravate neuve que j'étrennais y était-elle pour quelque chose. Il ne faut jamais sous-estimer le supplément de crédibilité qu'apporte une belle cravate. Il y avait peu de trafic dans les ascenseurs et je fus en bas des tours sans un seul arrêt.
Je descendis ensuite l’escalier mécanique, me dirigeant vers le food court. Mon dîner serait donc fait d'un plateau de nourriture formatée à thématique ethnique, par exemple un couscous ou un sauté chinois. Au moment où, me laissant paresseusement porter sur une marche, je prenais la décision que ce serait du chinois et que je ferais d'abord un détour à la tabagie pour m'acheter le journal, je remarquai une dame seule postée en bas des escaliers. C'était une femme plutôt jolie, probablement la quarantaine avancée, portant l’uniforme de la femme d'affaires : sous un manteau noir, un tailleur sombre et sobre. Elle tenait à la main un porte-document et semblait attendre quelqu'un. Je la fixai peut-être avec un peu trop d'insistance: elle se retourna et croisa mon regard. Au même moment, j'atteignais le bas de l’escalier.
Je ne sais trop ce qui m'a pris. Peut-être fut-ce l’espèce de confiance artificielle que m'apportait ce complet veston et, surtout, cette cravate neuve? Peut-être que je réagis positivement à ses yeux qui semblaient désespérés de voir apparaître quelqu'un? Ou ce visage d'une beauté simple (j'allais dire ordinaire) m'émeut-il plus que nécessaire? Toujours est-il que je supportai le regard de cette femme deux secondes encore et fis mine de me diriger vers elle. C’est ce geste qui déclencha toute la suite. Elle esquissa un sourire, se tourna franchement vers moi, fit un pas dans ma direction. Quand je ne fus plus qu'à trois pas, elle osa m'interpeller :
-- Bonjour, vous êtes Stéphane Bérubé?
Je ne suis pas fier de l'avouer, mais en lui tendant la main, je mentis:
-- Oui, c’est moi. Bonjour.
Sa poignée de main était menue, mais ferme. Elle se présenta:
-- Diane Leclerc.
-- Oui, bien sûr. Enchanté. Comment allez-vous?
Elle me souriait maintenant franchement. Elle dit:
-- J'ai pris une réservation au Louigi's.
Le resto était tout à côté. Nous nous y dirigeâmes en échangeant quelques banalités au sujet des difficultés du stationnement au centre-ville et des conditions météorologiques.
Une fois à table, je sentis une légère tension. Je ne savais pas qui j'étais aux yeux de cette femme et n'osais trop prendre l'initiative de la conversation. Par ses manières courtoises mais empreintes d'une familiarité bon enfant, je déduisis qu'elle était représentante de commerce et moi, un client potentiel. Je pris une posture affable et cordiale et la laissai aborder les sujets de son choix. Ce ne fut donc que bavardage, jusqu'à ce que le garçon de table vienne prendre la commande. Elle choisit le poisson et moi le risotto. Un verre de vin? Allez, je vous accompagne. Le garçon disparut. Elle parut se détendre un peu. Elle demanda:
-- Il y a longtemps que vous travaillez pour Hydro-Q?
Ah, je travaillais donc pour Hydro-Q. Logique, ils ont des bureaux dans la même tour que mon employeur. J'improvisai:
-- Bientôt cinq ans. Je m'y plais bien, malgré ce que certains peuvent dire de cette bonne vieille société d'état.
-- Et vous êtes directeur des achats depuis longtemps? Il me semble avoir rencontré M. Rivard, Gaétan Rivard, il y a deux ans. Il était alors directeur.
D’accord, j’étais directeur des achats, c'est à dire en charge du département des approvisionnements. J'avais donc raison, on venait me vendre quelque chose Et moi, j'étais l'acheteur en chef. Je continuai sur ma lancée:
-- Je suis en poste depuis presque un an. J'ai remplacé Gaétan quand il nous a quitté.
Avais-je trop insisté sur le mot quitté? Elle fronça les sourcils et demanda:
-- Il est parti à la retraite?
-- Non, il a fait une crise cardiaque alors qu'il était en vacances dans le sud. Il faisait de la plongée en apnée à un kilomètre de la côte. Personne n'a pu le réanimer à temps. Malheureusement. Mais il semble qu'il n'a pas souffert.
Elle prit un air sincèrement désolé. Peut-être que j'y allais un peu fort. Je voulu faire preuve d'empathie:
-- Vous le connaissiez bien?
-- Non, je ne l'ai rencontré qu'une seule fois.
Cette conversation prenait malencontreusement un tour dramatique. Mais fort à propos, le serveur apparut avec nos verres de vin.
Ainsi Stéphane Bérubé j'étais. Directeur du département d'approvisionnement chez Hydro-Q. Je ne savais toujours pas ce que cette Diane Leclerc venait me vendre. Mais il était trop tôt dans ce repas pour entrer dans le vif du sujet. Nous bavardâmes. J'appris alors que Diane Leclerc était la fière maman de 2 enfants : 10 et 14 ans. Ah, les préadolescents, pas toujours facile! Pour faire bonne mesure, je m'inventai un fils de 8 ans. Il fut question de l'école, des déplacements incessants auxquels nos enfants nous astreignaient – les parties de soccer, les cours de piano, etc. – et plus généralement de la vie de banlieue. Le fait qu’en réalité je sois célibataire, sans enfant et que j'habitais la ville ne m'empêchait nullement de discourir de ces questions. Je n'avais qu'à puiser dans quelques anecdotes et bribes de conversations que je me rappelais avoir entendu de la bouche de mes collègues de bureau. Au fond, la vie est simple, les expériences se répètent. Et la vie des autres est recyclable. Cette conversation s'avérait fort agréable et je sentais que mon interlocutrice l'appréciait autant que moi. Tout au plus pouvais-je discerner une légère distanciation de sa part, elle qui n'oubliait sans doute jamais sa mission commerciale. Mais je crois que ma performance n'était pas mal du tout. Je faisais attention de donner correctement la réplique, de dire les choses espérées. C'était comme un match de tennis. L'un ou l'autre donnait le service et s'ensuivait un échange, que je faisais durer le plus longtemps possible. Je la laissais systématiquement marquer le point et ça lui plaisait; et j’étais content de lui faire plaisir. Diane Leclerc me laissait l’impression d’une personne très intéressante.
Nous attendions le dessert. Le repas s'achevait et il était plus que temps que Diane Leclerc entreprenne son travail de vente. Elle m’exposa alors l’offre de service de son entreprise. Il s’agissait de la location de photocopieurs et télécopieurs et la fourniture de la poudre d’encre et du soutien technique pour ces appareils. Je fus d’abord un peu déçu de la nature disons un peu plate du service proposé. Il me semblait que cette femme méritait mieux. Mais immédiatement cela me la rendit encore plus sympathique : voilà une femme qui travaillait fort pour gagner sa vie, qui se battait pour vendre des produits et services sans éclats mais nécessaires, pour qui chaque transaction était sans doute âprement disputée. Une femme qui retournait à chaque soir à la maison s’occuper de ses enfants, qui visitait le gym deux fois par semaine, une femme peut-être mal mariée; mais tout de même une femme digne et travaillante. Je compris de ses propos qu’un autre fournisseur avait déjà un contrat avec Hydro-Q, mais qu’il y aurait bientôt possibilité pour que s’exerce le jeu de la concurrence. Elle espérait que je considère à leur juste valeur les services de son entreprise. Je me montrai donc intéressé et l’encourageai à m’en dire d’avantage, ce qu’elle fit avec enthousiasme. Je posai quelques questions d’usage, puis lui assurai que le temps venu, Hydro-Q procèderait à un appel d’offres en bonne en due forme, comme il se doit de la part d’une société parapublique. Je crois que ce dernier coup fit mouche : je sentis qu’elle lâchait prise, jugeant sans doute qu’elle avait atteint ses objectifs d’affaires. Avec son sens du timing habituel, le serveur vint réchauffer nos cafés.
Nous discutâmes encore quelques instants de choses et d’autres. Bientôt, elle réclama, puis paya l’addition. Ce repas avait été excellent : potage délicieux, risotto impeccable, dessert exquis. Les responsables de l’approvisionnement des grosses sociétés sont bien chanceux de se faire gâter ainsi par leurs fournisseurs. Je me dis que mon emploi en marketing était beaucoup plus difficile, à imaginer de nouveaux services et à tenter de convaincre mes patrons d’investir dans leur développement, alors que la plupart du temps, ils refusaient de bouger le petit doigt. J’étais un peu jaloux du vrai Stéphane Bérubé, qui se faisait payer des lunches au seul prix de faire semblant de trouver intéressante la conversation des représentants de commerce. Et de temps à autre, tombait-il sur une Diane Leclerc, c'est-à-dire quelqu’un d’authentiquement sympathique, avec qui, nonobstant les considérations commerciales, on se plaisait bien.
Nous nous laissâmes à la porte du restaurant. Je la remerciai sincèrement pour le repas. Elle me tendit sa carte d’affaires :
-- N’hésitez pas à m’appeler pour toute question sur nos services.
En mettant sa carte dans ma poche révolver, je bredouillai :
-- Je suis désolé, je… Je n’ai pas mes cartes d’affaires sur moi. Mais de toute façon, vous connaissez mes coordonnées, n’est ce pas?
-- Bien sur.
Je crois que Diane Leclerc avait passé un bon moment. C’est en tout cas ce qui m’importait. J’avais fait la connaissance d’une femme fort sympathique. Nous nous serrâmes la main. Encore cette poigne menue, mais ferme. Nous nous saluâmes et je me détournai. Je me dirigeai vers les ascenseurs et retournai vers mon boulot, le coeur léger.
24 février 2008
18 février 2008
Le syndrome de la calotte
Dans un article publié dans la revue Nature, des chercheurs de l’Université Laval font état des résultats de leurs recherches sur un phénomène d’intoxication jusqu’ici inconnu. Les travaux de cette équipe ont en effet permis de démontrer que le nylon utilisé pour fabriquer les casquettes de base-ball promotionnelles dégage des molécules qui, en pénétrant le cuir chevelu de la personne qui les porte, atteignent le cerveau où elles ont des effets dévastateurs sur le comportement. Sous l’effet de cette substance, le sujet développe rapidement un goût immodéré pour la vitesse, une fixation pour les voitures d’entrée de gamme équipées d’un déflecteur décoratif, ainsi qu’une attirance pour les fausses blondes platines un peu boulottes qui mastiquent de la gomme à mâcher la bouche ouverte.
Les chercheurs ont baptisé cette affectation le syndrome de la calotte.
Lorsque soumis à des contrôles en laboratoire dans un simulateur de conduite automobile sur autoroute, les sujets portant une casquette de base-ball promotionnelle roulaient systématiquement sur la voie de gauche, maintenaient constamment une vitesse au-dessus de la limite permise et suivaient toujours les autres véhicules de trop près. On notait aussi une propension à faire fi des lignes doubles lors des dépassements et, de façon générale, une incapacité à faire preuve d'une quelconque courtoisie envers les autres automobilistes. Un groupe test de conducteurs ne portant pas de casquette de base-ball promotionnelle manifestait quant à eux des comportements significativement plus posé.
Les chercheurs ont aussi constaté que les personnes atteintes du syndrome de la calotte réagissaient positivement au visionnement de publicités de bières.
Selon les chercheurs, les effets à long terme de ces molécules délétères sur le cerveau évoluent avec le temps. Après plusieurs années d’exposition, le sujet souffrira d’obésité abdominale, développera une prédilection pour la conduite de camions de plus de deux tonnes et pour les voyages de pêche.
L’équipe de l’Université Laval a finalement pu démontrer que s’il cessait de porter une casquette de base-ball promotionnelle, le sujet redevenait normal dans les six mois. L’équipe se penche maintenant sur le développement d’un antidote qui annulerait les effets néfastes de la casquette de base-ball promotionnelle et permettrait à la population de continuer d’arborer sans danger cet accessoire de mode fort populaire.
Les chercheurs ont baptisé cette affectation le syndrome de la calotte.
Lorsque soumis à des contrôles en laboratoire dans un simulateur de conduite automobile sur autoroute, les sujets portant une casquette de base-ball promotionnelle roulaient systématiquement sur la voie de gauche, maintenaient constamment une vitesse au-dessus de la limite permise et suivaient toujours les autres véhicules de trop près. On notait aussi une propension à faire fi des lignes doubles lors des dépassements et, de façon générale, une incapacité à faire preuve d'une quelconque courtoisie envers les autres automobilistes. Un groupe test de conducteurs ne portant pas de casquette de base-ball promotionnelle manifestait quant à eux des comportements significativement plus posé.
Les chercheurs ont aussi constaté que les personnes atteintes du syndrome de la calotte réagissaient positivement au visionnement de publicités de bières.
Selon les chercheurs, les effets à long terme de ces molécules délétères sur le cerveau évoluent avec le temps. Après plusieurs années d’exposition, le sujet souffrira d’obésité abdominale, développera une prédilection pour la conduite de camions de plus de deux tonnes et pour les voyages de pêche.
L’équipe de l’Université Laval a finalement pu démontrer que s’il cessait de porter une casquette de base-ball promotionnelle, le sujet redevenait normal dans les six mois. L’équipe se penche maintenant sur le développement d’un antidote qui annulerait les effets néfastes de la casquette de base-ball promotionnelle et permettrait à la population de continuer d’arborer sans danger cet accessoire de mode fort populaire.
15 février 2008
Question de genre
Pour décrire une femme, disons, pas très féminine : Non seulement elle avait l’air d’une camionneuse, mais en plus elle avait l’air d’un camionneur.
14 février 2008
Ironie du sort
C'est l'histoire d'un homme qui va acheter à la Saint-Valentin un bouquet de roses pour sa bien-aimée et tombe follement amoureux de la fleuriste.
Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants.
Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants.
13 février 2008
12 février 2008
La bulle techno
Un groupe de promoteurs, des bailleurs de capital de risque, deux ou trois techies, quelques gourous charismatiques, des média et un public enthousiastes, un système capitaliste et des investisseurs peu informés mais avides: voilà les ingrédients d'une bulle techno. Quand à chaque semaine est annoncée une nouvelle révolution, quand des compagnies réussissent à breveter des banalités, lorsque des fonds communs technologiques promettent 20% d'intérêt annuel, c'est clair que quelque chose cloche. Le gros bon sens disparaît. Pour des raisons qui échappent à tout le monde une compagnie bidon qui ne fait aucun profit achète soudain un empire centenaire qui vaut des milliards. On se met à glorifier la légende d'ex-hippies partis de rien et qui ont passé leurs premières années à bidouiller dans leur garage, se retrouvant vingt ans plus tard à la tête de multinationales toutes puissantes. On raconte l'histoire de jeunes d'à peine vingt ans qui dirigent des start-ups multimillionnaires. Tout le monde cherche le killer app, tout le monde veut devenir le prochain Coca-Cola, le prochain Levi's, le prochain Heinz de l'informatique. C'est la ruée vers l'or, les jambes à son cou, le toupet dans la face, sans regarder vers où on se dirige.
Et bientôt pètera la bulle.
Et tout ce beau monde fera semblant d'être surpris. Les employés mis à pied garderont les monster houses qu'ils auront acheté avec l'argent des actionnaires floués. Pendant que leurs clients considèreront la faillite pour se sortir du trou, les planificateurs financiers joueront les imbéciles et iront passer le week-end dans la maison de campagne financée à même les généreuses commissions acquises. Les éditeurs sacrifieront des forêts entières à publier des dossiers spéciaux sur la bulle. Les petits épargnants perdront tout les oeufs qu'ils avaient mis dans le même panier.
Lentement, le calme reviendra.
Et quelques promoteurs annonceront des innovations extraordinaires et le bruit circulera et les mots « Californie », « révolution » et « exponentiel » seront prononcés et des investisseurs accourront et des média s'exciteront, et des actions monteront en flèche. Et on sera reparti pour une nouvelle bulle techno.
Et bientôt pètera la bulle.
Et tout ce beau monde fera semblant d'être surpris. Les employés mis à pied garderont les monster houses qu'ils auront acheté avec l'argent des actionnaires floués. Pendant que leurs clients considèreront la faillite pour se sortir du trou, les planificateurs financiers joueront les imbéciles et iront passer le week-end dans la maison de campagne financée à même les généreuses commissions acquises. Les éditeurs sacrifieront des forêts entières à publier des dossiers spéciaux sur la bulle. Les petits épargnants perdront tout les oeufs qu'ils avaient mis dans le même panier.
Lentement, le calme reviendra.
Et quelques promoteurs annonceront des innovations extraordinaires et le bruit circulera et les mots « Californie », « révolution » et « exponentiel » seront prononcés et des investisseurs accourront et des média s'exciteront, et des actions monteront en flèche. Et on sera reparti pour une nouvelle bulle techno.
11 février 2008
Chicken wings
Les petites choses brun-rouge
Des mottons de gras et d'os
Ce furent des ailes dans une autre vie
Les ailes d'un poulet qui aura grandi trop vite
On les trempe dans la sauce brune
On y mord
On les suce
Les petits os s'accumulent
Et on a les doigts tout collés
Ça nous rapproche de l'homme des cavernes
Mais c'est en même temps si contemporain
Un aliment-jouet gras et sucré
Imaginé pour stimuler le cervelet
Pour accompagner un match de hockey sur écran géant
Avec des pichets de bière pour rincer tout ça
C'est pas cher, on peut s'en commander des montagnes
Pour un maximum de plaisir
Comme le dit la publicité du resto à franchises
C'est là tout le génie des industriels de la volaille :
Savoir valoriser les ailes minuscules d'un oiseau charnu par ailleurs
Savoir vendre de la peau et des os
Alors qu'on aurait pu rester pris avec
Et devoir en faire de la bouffe pour chien
Un jour peut-être, ces petites choses brun-rouge
Seront-elles cultivées in vitro
Et l'homme, heureux, pourra avaler tout rond
Des chicken wings sans os
Des mottons de gras et d'os
Ce furent des ailes dans une autre vie
Les ailes d'un poulet qui aura grandi trop vite
On les trempe dans la sauce brune
On y mord
On les suce
Les petits os s'accumulent
Et on a les doigts tout collés
Ça nous rapproche de l'homme des cavernes
Mais c'est en même temps si contemporain
Un aliment-jouet gras et sucré
Imaginé pour stimuler le cervelet
Pour accompagner un match de hockey sur écran géant
Avec des pichets de bière pour rincer tout ça
C'est pas cher, on peut s'en commander des montagnes
Pour un maximum de plaisir
Comme le dit la publicité du resto à franchises
C'est là tout le génie des industriels de la volaille :
Savoir valoriser les ailes minuscules d'un oiseau charnu par ailleurs
Savoir vendre de la peau et des os
Alors qu'on aurait pu rester pris avec
Et devoir en faire de la bouffe pour chien
Un jour peut-être, ces petites choses brun-rouge
Seront-elles cultivées in vitro
Et l'homme, heureux, pourra avaler tout rond
Des chicken wings sans os
7 février 2008
les tchigaboux
6 février 2008
Les congressistes
Au menu: des conférences en anglais dans toutes les langues
Souvent avec des accents incompréhensibles
Les conférenciers projettent des diapos bariolées et soliloquent
Pendant que l'assistance cogne des clous
Ce sont tous des leaders dans leur domaine
Ils sont dix milles et viennent de partout
On parle de la très très fine pointe
Celle que seule une minorité peut apprécier
Dix mille personnes dans le monde, maximum
Qui parlent un jargon et partagent des concepts
Concernant un domaine très très spécialisé
Qui n'a au fond aucune espèce d'incidence sur la bonne marche du monde
Aux conférences, des asiatiques gribouillent des tonnes de notes
Et prennent en photo toutes les présentations et oublient
Qu'il ne s'agit plus d'espionnage industriel
Quand on a payé pour les actes de la conférence
Il y a les conférences et il y a le salon
La foire commerciale, ses kiosques clinquants
Qui s'étendent presque à l'infini dans le gigantesque hall
Des milliers de vendeurs de chars, comme dans vos pires cauchemars
Les délégués magasines les booth babes
Et les cadeaux promotionnels:
Les t-shirts, les parapluies
Les tasses à café, les bonbons à la menthe
Les stylos, les balles anti-stress en styromousse
Les tapis à souris, les blocs-notes
Les casquettes, les porte-clefs
Et les goûters gratuits
Et puis, il y a ces soirées grandioses
Très courues, mais sur invitation seulement
Où tout le monde est invité
On se soûle sans distinction de nationalité ou de langue
Tant que le champagne coule
Le représentant commercial est mon ami
Les cocktails, les petits fours, les sushis
C'est quoi, déjà, le nom de la compagnie qui invite?
Aux petites heures, les congressistes rentrent à l'hôtel fin soûls
Ils zapperont de la porno à la télé, à demi conscients
Ils se lèveront tard et rateront le petit déjeuner
Tant pis pour les conférences, ils iront faire du tourisme
De retour au pays, les congressistes feront valoir à leurs collègues
La profondeur de la science acquise
En distribuant des brochures publicitaires sans intérêt
Glanées au hasard des kiosques
Ils raconteront quelques anecdotes
Puis iront déposer à la comptabilité
Une colossale notes de frais
En se demandant dans quelle ville le prochain congrès
Souvent avec des accents incompréhensibles
Les conférenciers projettent des diapos bariolées et soliloquent
Pendant que l'assistance cogne des clous
Ce sont tous des leaders dans leur domaine
Ils sont dix milles et viennent de partout
On parle de la très très fine pointe
Celle que seule une minorité peut apprécier
Dix mille personnes dans le monde, maximum
Qui parlent un jargon et partagent des concepts
Concernant un domaine très très spécialisé
Qui n'a au fond aucune espèce d'incidence sur la bonne marche du monde
Aux conférences, des asiatiques gribouillent des tonnes de notes
Et prennent en photo toutes les présentations et oublient
Qu'il ne s'agit plus d'espionnage industriel
Quand on a payé pour les actes de la conférence
Il y a les conférences et il y a le salon
La foire commerciale, ses kiosques clinquants
Qui s'étendent presque à l'infini dans le gigantesque hall
Des milliers de vendeurs de chars, comme dans vos pires cauchemars
Les délégués magasines les booth babes
Et les cadeaux promotionnels:
Les t-shirts, les parapluies
Les tasses à café, les bonbons à la menthe
Les stylos, les balles anti-stress en styromousse
Les tapis à souris, les blocs-notes
Les casquettes, les porte-clefs
Et les goûters gratuits
Et puis, il y a ces soirées grandioses
Très courues, mais sur invitation seulement
Où tout le monde est invité
On se soûle sans distinction de nationalité ou de langue
Tant que le champagne coule
Le représentant commercial est mon ami
Les cocktails, les petits fours, les sushis
C'est quoi, déjà, le nom de la compagnie qui invite?
Aux petites heures, les congressistes rentrent à l'hôtel fin soûls
Ils zapperont de la porno à la télé, à demi conscients
Ils se lèveront tard et rateront le petit déjeuner
Tant pis pour les conférences, ils iront faire du tourisme
De retour au pays, les congressistes feront valoir à leurs collègues
La profondeur de la science acquise
En distribuant des brochures publicitaires sans intérêt
Glanées au hasard des kiosques
Ils raconteront quelques anecdotes
Puis iront déposer à la comptabilité
Une colossale notes de frais
En se demandant dans quelle ville le prochain congrès
4 février 2008
Brèves récriminations
L'hostie d'usure
Les radicaux libres
Les mélanomes malins:
C'est le vent dans la face qui t'empêche d'avancer
Les humains ne sont pas aérodynamiques et il vente beaucoup
Les humains ne sont que des petites fourmis que le destin écrase de son pied
Les joints qui grincent
Les pièces qui s'usent
Et flanchent:
C'est l'érosion lente et irrémédiable
La machine victime du temps, l'obsolescence planifiée
À chaque jour je m'affaisse, à chaque jour j'oublie un peu plus
Les poisons
La corrosion
Les mutations:
Ce sont nos gênes pollués ou défectueux
Nos tuyaux qui se bouchent, sans qu'on le sache
L'action d'agents extérieurs, invisibles, dont on ne soucie guère
Bactéries résistantes
Pandémie
Biochimie:
C'est la longue file des condamnés à mort: prenez un numéro
L'épée de Damoclès, la bombe à retardement, l'accident stupide
Tant pis pour les regrets, fi de la repentance
Il y a toujours la mort, la crisse, qui nous attend au détour
Les radicaux libres
Les mélanomes malins:
C'est le vent dans la face qui t'empêche d'avancer
Les humains ne sont pas aérodynamiques et il vente beaucoup
Les humains ne sont que des petites fourmis que le destin écrase de son pied
Les joints qui grincent
Les pièces qui s'usent
Et flanchent:
C'est l'érosion lente et irrémédiable
La machine victime du temps, l'obsolescence planifiée
À chaque jour je m'affaisse, à chaque jour j'oublie un peu plus
Les poisons
La corrosion
Les mutations:
Ce sont nos gênes pollués ou défectueux
Nos tuyaux qui se bouchent, sans qu'on le sache
L'action d'agents extérieurs, invisibles, dont on ne soucie guère
Bactéries résistantes
Pandémie
Biochimie:
C'est la longue file des condamnés à mort: prenez un numéro
L'épée de Damoclès, la bombe à retardement, l'accident stupide
Tant pis pour les regrets, fi de la repentance
Il y a toujours la mort, la crisse, qui nous attend au détour
3 février 2008
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