27 octobre 2007

Bribe

Qu'est-ce que la ville? La ville, c'est un immense réseau d'autoroutes, de rues et de ruelles sur lesquelles circulent d'innombrables automobiles. Dans les espaces non asphaltés sont aménagés des bâtiments dans lesquels les voitures stationnent leurs conducteurs, la nuit venue.

(199x)

Bribe

Michel, son nombril, son égo, sa fatuité et son arrogance en furent quitte pour une thérapie de groupe.

Très cool

Vu à la télé, en zappant : dans un film de science-fiction des années 50, les astronautes, confortablement installés dans leur fusée, fument la cigarette.

15 octobre 2007

Alzheimer

On annonce aujourd'hui qu'un groupe de chercheurs a développé un test basé sur un simple prélèvement sanguin et qui permet de détecter si quelqu'un est prédisposé à développer la maladie d'Alzheimer. Malheureusement, à ce jour, aucun traitement n'existe pour soigner cette maladie dégénérative. Le test, bientôt disponible en pharmacie, sera vendu en kit avec un revolver et une boîte de munition.

Gilbert Croteau, vice-président aux opérations

Gilbert Croteau, vice-président aux opérations, est un homme sérieux. Petit, presque chauve – il n’a plus qu’une couronne de cheveux derrière la tête – il est invariablement habillé d’un complet gris. Il regarde les gens par-dessus ses lunettes et affiche généralement une moue peu avenante. Il passe le plus clair de ses journées dans son petit bureau, à taper à deux doigts sur son ordinateur et à passer des coups de fil. Il a fort à faire pour s’assurer de la bonne marche de l’entreprise : il préside aux embauches et aux coupures de personnel, fait le suivi de la productivité, effectue à l’occasion des correctifs aux processus. Tout cela en s’assurant de tuer dans l’œuf toute velléité de syndicalisation de la part de son personnel. Il faut que la machine marche et efficacement : Gilbert Croteau en est responsable. On dit de lui qu’il gère ses affaires avec une certaine froideur; il avoue volontiers qu’il n’aime pas trop s’enfarger dans les fleurs du tapis.

On ne dirait pas comme ça, mais dans son jeune temps, Gilbert Croteau fut un hippie et un freak.

En effet, personne dans la compagnie ne sait que Gilbert Croteau a passé la majeure partie de l’été 1967 sur l’acide, à écouter et réécouter Sgt Pepper’s Lonely Hearts Club Band, couché sur le dos dans le sous-sol de son ami et pusher, Marcel. C’était le Summer of Love, mais Gilbert Croteau était bel et bien demeuré puceau cet été-là. Il s’était réveillé de son trip d’acide un an plus tard pour rentrer à l’université. C’est à partir de là qu’il était progressivement devenu un jeune homme raisonnable et respectable. À sa première année à l’université, il avait bien fait la grève avec les autres étudiants (c’était 1968, tout de même), participé à quelques manifs dans des rôles de figuration, la pancarte au poing à l’arrière du cortège, tandis que les leaders des syndicats étudiants, une horde de jeunes filles admiratives aux pieds, scandaient des slogans marxistes dans des mégaphones. Ç’avait duré un temps. Mais peu à peu passèrent la mode des cheveux longs, des chemises fleurie, de l’ère du verseau et des propos d’extrême gauche. Après l’université, un diplôme de sociologie en poche, Gilbert Croteau s’était transformé en Gilbert Croteau. Il avait rencontré une jeune fille de bonne famille, s’était trouvé un emploi de sous-sous-chef dans la grande entreprise, s’était marié. À cette époque, on était encore dans la première moitié des années soixante-dix et les Beatles venaient à peine de se séparer, mais pour Gilbert Croteau, les années hippies semblaient déjà bien loin. Dans son bungalow de banlieue, avec ses projets de fonder une petite famille, ne faisait-il au fond que reproduire les idéaux de la génération précédente, celle de ses parents? Qu’était-il advenu de la révolution proclamée et des rêves hallucinés aux molécules de L.S.D.? À étudier l’histoire personnelle de Gilbert Croteau, on serait tenté de conclure que cette soi-disant révolution culturelle n’aura été que du bruit de fond dans l’histoire de l’occident, une crise d’adolescence dont le marketing aura été si bien réussi qu’elle sera passé à l’histoire. Le brouhaha du baby-boom qui passe sa crise d’adolescence.

Aujourd’hui, derrière le petit bedon, sous ce crâne aux rares cheveux grisonnants, au-delà des rides de soucis sur le front, à l’intérieur du complet cravate, restait-il une once de folie, de rêve et de quête révolutionnaire? Sa fille lui rappelait (trop) souvent : « Tu n’es qu’un vieux réactionnaire. » Gilbert Croteau adolescent fumant de l’herbe, ensuite jeune marié et nouveau propriétaire poussant une tondeuse pétaradante, puis payant le petit voisin pour entretenir sa pelouse, question de dégager plus de temps lui permettant d’accompagner sa femme dans les grandes surfaces pour faire le plein de bébelles Made in China qui finiront pas encombrer d’avantage son sous-sol et son garage. Voilà le destin de Gilbert Croteau et voilà comment un hippie ordinaire se transforme en vice-président aux opérations.

9 octobre 2007

Quand les è deviennent des é

À la télé, un peintre français disserte: « Quand j'ai découvert mon nez... » Hein? Découvert mon nez? J'y réfléchis un moment et décrypte. Il voulait dire: « Quand j'ai découvert Monet... »

4 octobre 2007

Benidorm (2007-09-27)

Mon pénis est aussi mou que les seins des vieilles allemandes obèses qui se font bronzer autour de nous. Benidorm, sur la Costa Blanca (côte est de l'Espagne), une station balnéaire de bas de gamme qui semble attirer une certaine clientèle: des gens âgés, beaucoup d'allemands et d'anglais qui ont probablement acheté chez leur agent de voyage un forfait à rabais. Ils se retrouvent dans cette ville qui a poussé le long de la plage et jusque dans les collines: des tours et encore des tours, condos et hôtels. Au pied des buildings, le long des rues, s'alignent les boutiques d'articles kitch et de mauvaise qualité, les restos de fast-food, les bars thématiques et les clubs mettant en vedette des artistes d'un certain âge se produisant dans des revues de reprises des succès d'ex-vedettes américaines maintenant presqu'oubliées, des spectacles de music-hall semi professionnels, voire des performances de strip-tease. Imaginez sur une affiche votre vieille tante faisant semblant d'être aguichante dans son plus simple appareil. Imaginez un mauvais sosie de Michael Jackson. Hier soir, nous avons cherché le sommeil jusqu'à une heure du matin au son de la musique du groupe maison de l'hôtel qui performait sur la terrasse de la piscine, douze étages plus bas. Ça nous apprendra à ne pas vivre selon l'horaire local. Nous avons pu profiter des grands succès traditionnels espagnols arrangés sous forme de polka, sans doute une manoeuvre pour faire plaisir à la clientèle allemande. On pouvait imaginer les couples fin saouls s'ébattre sur la piste de danse. Viva Espana! Et me voici maintenant sur la plage à les regarder gésir au soleil, version rouge fluo d'un troupeau d'éléphants de mer échoués sur la banquise. Spectacle éminemment débandant.

2 octobre 2007

Vu à Séville (2007-09-21)

Dans les vieux quartiers de Séville, en travers des rues étroites, d'un toit à l'autre, sont étendues de grandes toiles blanches faisant parasol. C'est tout à fait typique et très joli. Je remarque que quelques-unes des toiles comportent un logo Coca-Cola. Ainsi, grâce à cette multinationale américaine, les rues de Séville peuvent-elles se faire plus fraîches et les sévillans se reposer du soleil. Je me demande ce que faisaient leurs ancêtres, dans cette ville plusieurs fois millénaire, alors que n'était pas encore fondée la célèbre compagnie de boisson gazeuse brune.

1 octobre 2007

Un moment dans la vie de Clément

-- Ça y est.
Voilà les mots que prononça Clément lorsque son auto dérapa et qu'il vit surgir dans la courbe l'immense dix roues chargé de pitoune.

Clément était pressé. La vie est souvent stressante. Il y avait cette réunion chez un client, cette présentation à donner, les chiffres de vente de l'année qui s'avéraient plutôt stagnants, la pression du patron, le contrat à closer. Rien de pire que d'être distrait quand on conduit une voiture.

Clément ne pensa ni à sa conjointe Carine ni à son fils de dix-huit mois. Il ne vit pas sa vie défiler devant ses yeux. Il ne fit pas de bilan; ni remords, ni regrets. Il n'eût le temps que de se demander s'il devait appliquer les freins ou presser l'accélérateur, braquer les roues ou non. Peut-être son regard croisa-t-il celui du chauffeur du camion; peut-être ce dernier lui renvoya-t-il sa grimace terrifiée.

Et ces derniers mots, presque chuchotés, son testament en quelques sortes, la constatation de l'inéluctable fin, exprimant à la fois fatalité et déception; trois petits mots que personne n'entendra :
-- Ça y est.