Du champagne pour déjeuner
À la fin, on s'en lasse
Qu'on soit à Nice ou St-Tropez
Monaco ou St-Damase
La grosse vie qu'on mène
Par la taille au cimetière
Sur les plages italiennes
Le farniente est délétère
Endormis sur des transats
Gracieuseté de la maison
Se reposent les aristocrates
Et les bourgeois en permission
Sous un soleil cancérigène
Monokinis en stéréo
Les délicieuses indigènes
Carotène à gogo
Tel millionnaire blasé
Coupe la file à la discothèque
Des sosies de célébrités
Font le trottoir sur la Croisette
Le spleen et la décadence
C'est comme à la télévision
Un magnat de la finance
Son biographe sur ses talons
Alfa Roméo sans capote
À mon cou une grébiche
Je jette un coup d'oeil à mon yacht
À cent à l'heure sur la corniche
Le doux ennui des fortunés
Et des stars sur le déclin
Et puis au diable la vacuité
Nous serons encore riches demain
(2004-10-17)
29 octobre 2006
27 octobre 2006
Nos ordres viennent d'en haut
On s’embarrasse pas de paperasse
Nos ordres viennent d'en haut
On fait tout comme il faut
Tout aussi discrets que tenaces
Les filatures efficaces
Triangulés par GPS
Comme un chien qu'on tient en laisse
On vous suit à la trace
Notre curiosité vorace
D'un coup d'oeil le continent
On sait qui est où et quand
La liberté, on la cadenasse
Elles sont sérieuses nos menaces
Êtes-vous ennemis ou complices
Guidés par le patriotisme
Vous feriez de bons chiens de chasse
Vous succomberez de guerre lasse
À la musique de nos versets
Vous pardonnerez nos excès
Et vous oublierez, hélas!
L'unicité de l'ADN
Pour répertorier vos péchés
Les masses évangélisées
Par la ferveur de nos amen
(2003-10)
Nos ordres viennent d'en haut
On fait tout comme il faut
Tout aussi discrets que tenaces
Les filatures efficaces
Triangulés par GPS
Comme un chien qu'on tient en laisse
On vous suit à la trace
Notre curiosité vorace
D'un coup d'oeil le continent
On sait qui est où et quand
La liberté, on la cadenasse
Elles sont sérieuses nos menaces
Êtes-vous ennemis ou complices
Guidés par le patriotisme
Vous feriez de bons chiens de chasse
Vous succomberez de guerre lasse
À la musique de nos versets
Vous pardonnerez nos excès
Et vous oublierez, hélas!
L'unicité de l'ADN
Pour répertorier vos péchés
Les masses évangélisées
Par la ferveur de nos amen
(2003-10)
26 octobre 2006
Tom Waits sings
Ferme ta gueule
Écoute le blues
La peine sourde
Le vers chagrin
L'air tourmenté
Cet excentrique
Sa poésie folle
Les accords qui
Percutent et sa
Voix qui éructe
L'émotion coule
Oui, c'est noir
Oui, c'est doux
Mais c'est beau
Et traditionnel
Et expérimental
Piano saxophone
Guitare violons
Les instruments
Vibrent, devant
Il chante comme
Au dernier jour
Je veux pleurer
Ferme ta gueule
Assois-toi bien
Tom Waits sings
Écoute le blues
La peine sourde
Le vers chagrin
L'air tourmenté
Cet excentrique
Sa poésie folle
Les accords qui
Percutent et sa
Voix qui éructe
L'émotion coule
Oui, c'est noir
Oui, c'est doux
Mais c'est beau
Et traditionnel
Et expérimental
Piano saxophone
Guitare violons
Les instruments
Vibrent, devant
Il chante comme
Au dernier jour
Je veux pleurer
Ferme ta gueule
Assois-toi bien
Tom Waits sings
25 octobre 2006
Plumes
Une plume flambant neuve
Radote des mots usés
Plagie sans remords
Une plume griffée
Une plume de luxe
Éructe des gros mots
Une plume légère
Chuchote des mots doux
Effleure ton coeur
Une plume abandonnée
L'encre sèche
Oublie lentement les poèmes que je n'écrirai jamais
Radote des mots usés
Plagie sans remords
Une plume griffée
Une plume de luxe
Éructe des gros mots
Une plume légère
Chuchote des mots doux
Effleure ton coeur
Une plume abandonnée
L'encre sèche
Oublie lentement les poèmes que je n'écrirai jamais
24 octobre 2006
Coca-Cola
Eau gazéifiée
Sucre/Glucose-fructose
Colorant au caramel
Acide phosphorique
Essences naturelles
Caféine
La recette du rêve américain
Sucre/Glucose-fructose
Colorant au caramel
Acide phosphorique
Essences naturelles
Caféine
La recette du rêve américain
21 octobre 2006
Aux premières secondes
Aux premières secondes de la guerre mondiale
Me tenant exactement au point d'impact
Je serrais les dents, résigné
Et priais un dieu absent pour la journée
C'était le moment où ma tante Enola
Accouchait d'un petit garçon
Le ciel était calme
Et l'état-major fébrile
L'humanité au bord d'un précipice
Contemplait le vide
Y lançait une pierre
Et s'amusait du vertige
Aux premières secondes de la guerre mondiale
Au lieu même de la déflagration
J'écrivais une carte postale
Au fantôme de la femme de ma vie
On dit que la terre s'arrêta un moment de tourner
C'était un de ces jours
Où le progrès nous rattrape
Où le présent nous dépasse
L'homme qui a tué l'homme qui a tué l'ours
Un innocent actionnait un levier
Répondant à un ordre
Ne répondant pas de ses actes
Aux premières secondes de la guerre mondiale
À une fraction d'instant du Big Bang destructeur
Se termine le compte à rebours
Cosmogonie à l'envers
Il n'y a pas de préavis
Pas de deuxième chance
Nous sommes tous en voie d'extinction
Aux premières secondes de la guerre mondiale
(2005-04-02)
Me tenant exactement au point d'impact
Je serrais les dents, résigné
Et priais un dieu absent pour la journée
C'était le moment où ma tante Enola
Accouchait d'un petit garçon
Le ciel était calme
Et l'état-major fébrile
L'humanité au bord d'un précipice
Contemplait le vide
Y lançait une pierre
Et s'amusait du vertige
Aux premières secondes de la guerre mondiale
Au lieu même de la déflagration
J'écrivais une carte postale
Au fantôme de la femme de ma vie
On dit que la terre s'arrêta un moment de tourner
C'était un de ces jours
Où le progrès nous rattrape
Où le présent nous dépasse
L'homme qui a tué l'homme qui a tué l'ours
Un innocent actionnait un levier
Répondant à un ordre
Ne répondant pas de ses actes
Aux premières secondes de la guerre mondiale
À une fraction d'instant du Big Bang destructeur
Se termine le compte à rebours
Cosmogonie à l'envers
Il n'y a pas de préavis
Pas de deuxième chance
Nous sommes tous en voie d'extinction
Aux premières secondes de la guerre mondiale
(2005-04-02)
18 octobre 2006
Tout baigne
Toute la graisse, toutes les rides d'une vie
Le poids accumulé d'une vie
Les chairs molles
La crasse entre les deux oreilles
La bile, les ulcères, les noeuds
Les angoisses secrètes
Les peurs irrationnelles
Les cicatrices et les stigmates, visibles ou invisibles
Les mutations chromosomiques
Tous les traumatismes d'une vie
L'usure mécanique du corps
L'usure chimique de l'esprit
Pas de problème: le bloc moteur baigne dans l'huile
Les gras trans et le cholestérol
Le poids accumulé d'une vie
Les chairs molles
La crasse entre les deux oreilles
La bile, les ulcères, les noeuds
Les angoisses secrètes
Les peurs irrationnelles
Les cicatrices et les stigmates, visibles ou invisibles
Les mutations chromosomiques
Tous les traumatismes d'une vie
L'usure mécanique du corps
L'usure chimique de l'esprit
Pas de problème: le bloc moteur baigne dans l'huile
Les gras trans et le cholestérol
16 octobre 2006
Montreal, PQ
C'est le Montréal sans l'accent
Cette ville parallèle
Que visitent les touristes
Et qui s'active à deux pas de chez moi
C'est la rue St-Laurent des paillettes
Des minijupes explicites
Des restaurants trop chers
Où les fausses vedettes américaines tipent trop
C'est le Montréal des guides touristiques
Où la rue Crescent est intéressante
Où on boit du Canadian Club
Où on mange du smoke meat
C'est le Montréal nostalgia
De Côtes-St-Luc ou de Westmount
Les clubs de jazz, les Flying frenchmen
Les rues St. James et Dorchester
C'est le Montréal branché
L'autre underground
T-shirt de chanvre et café équitable
Bouture de bohème West-Coast
C'est la ville pouponnière
C'est la ville purgatoire
Les jeunes qui poussent
Et qui rêvent parfois d'être ailleurs
C'est le Montréal sans l'accent
Cette ville parallèle
Qu'exportent les kids du Mile End
Et qui s'active à deux pas de chez moi
(2005-06)
Cette ville parallèle
Que visitent les touristes
Et qui s'active à deux pas de chez moi
C'est la rue St-Laurent des paillettes
Des minijupes explicites
Des restaurants trop chers
Où les fausses vedettes américaines tipent trop
C'est le Montréal des guides touristiques
Où la rue Crescent est intéressante
Où on boit du Canadian Club
Où on mange du smoke meat
C'est le Montréal nostalgia
De Côtes-St-Luc ou de Westmount
Les clubs de jazz, les Flying frenchmen
Les rues St. James et Dorchester
C'est le Montréal branché
L'autre underground
T-shirt de chanvre et café équitable
Bouture de bohème West-Coast
C'est la ville pouponnière
C'est la ville purgatoire
Les jeunes qui poussent
Et qui rêvent parfois d'être ailleurs
C'est le Montréal sans l'accent
Cette ville parallèle
Qu'exportent les kids du Mile End
Et qui s'active à deux pas de chez moi
(2005-06)
14 octobre 2006
12 octobre 2006
Le centre d'achat
Des madames grassettes avec des vêtements fluo
Assise sur les bancs dans l'atrium du centre d'achat
Leur deuxième maison, leur sanctuaire
À l'occasion, elles vont au food court pour manger
Où elles se fondent dans la foule des petits vieux
Qui mastiquent avec difficulté de la bouffe molle
De belles fausses plantes en plastique
Poussent doucement sous l'éclairage artificiel
Ici, c'est grand
Quand on parle, ça résonne fort
Mais comme c'est très bruyant, il faut presque crier pour s'entendre
On vient ici en auto et on se stationne le plus près possible de la porte
Malheureusement, à l'intérieur, il faut marcher d'assez longues distances
On va, on vient, on fait du lèche-vitrine
Heureusement, il y a des restaurants
On boit une grosse boisson gazeuse, ça ravigote pour continuer
Quarante grammes de sucre raffiné
De beaux objets clinquants
Fabriqués en Chine
De beaux objets par chers
Les boutiques toujours vides
Ou pleines de scèneux qui n'achètent rien
Nous crient le mal de vivre des acteurs de la société de consommation
Vivement Noël pour enfin faire notre année
Un enfant pique une crise
Sa mère embarrassée le menace mollement
Des gens passent comme des flèches, le regard vide
Ils cherchent quelque chose à acheter
Du désespoir dans leurs gestes
Dehors, il fait froid
Dehors, dans la poussière du stationnement
À perte de vue, les autos dorment
Dehors, c'est peut-être la guerre
Mais ici, nous sommes en sécurité
Dans le centre d'achat
Assise sur les bancs dans l'atrium du centre d'achat
Leur deuxième maison, leur sanctuaire
À l'occasion, elles vont au food court pour manger
Où elles se fondent dans la foule des petits vieux
Qui mastiquent avec difficulté de la bouffe molle
De belles fausses plantes en plastique
Poussent doucement sous l'éclairage artificiel
Ici, c'est grand
Quand on parle, ça résonne fort
Mais comme c'est très bruyant, il faut presque crier pour s'entendre
On vient ici en auto et on se stationne le plus près possible de la porte
Malheureusement, à l'intérieur, il faut marcher d'assez longues distances
On va, on vient, on fait du lèche-vitrine
Heureusement, il y a des restaurants
On boit une grosse boisson gazeuse, ça ravigote pour continuer
Quarante grammes de sucre raffiné
De beaux objets clinquants
Fabriqués en Chine
De beaux objets par chers
Les boutiques toujours vides
Ou pleines de scèneux qui n'achètent rien
Nous crient le mal de vivre des acteurs de la société de consommation
Vivement Noël pour enfin faire notre année
Un enfant pique une crise
Sa mère embarrassée le menace mollement
Des gens passent comme des flèches, le regard vide
Ils cherchent quelque chose à acheter
Du désespoir dans leurs gestes
Dehors, il fait froid
Dehors, dans la poussière du stationnement
À perte de vue, les autos dorment
Dehors, c'est peut-être la guerre
Mais ici, nous sommes en sécurité
Dans le centre d'achat
11 octobre 2006
Vous êtes une source de renseignements
Ils vous fouilleront
Prendront vos empreintes
Rayon X
Infrarouge
Ils fouilleront votre passé
Et vos antécédents
Séquenceront votre ADN
Vous serez décomposé
Ils vous surveilleront
À votre insu
Ou avec votre consentement
Vous êtes une source de renseignements
Vous êtes une source
Vous êtes
Une source de renseignements
Ils fouilleront votre vie
Repasseront le film en accéléré
Zap!
Le film de votre vie
Ils seront la lumière
Au bout du long tunnel
Le jugement dernier
Ce sera eux
Ils liront à livre ouvert
Vos habitudes étalées
Dans les méandres de leurs fichiers
Vous êtes une source de renseignements
Vous êtes une source
Vous êtes
Une source de renseignements
Vous n'êtes qu'un public cible
Vous n'êtes qu'un focus group
Vous n'êtes qu'une statistique
Un consommateur
Vous n'êtes qu'un marché cible
Vous n'êtes qu'un échantillon
Représentatif
Un bénéficiaire
Vous n'êtes qu'un profil
Vous n'êtes qu'un cobaye
Une clientèle
Vous êtes une source de renseignements
Vous êtes une source
Vous êtes
Une source de renseignements
Une larme
Un cheveu
Du sang
Ils vous reconnaîtront
La rétine
Le visage
Le pouce
Ils vous reconnaîtront
Un NIP
Une puce
Une onde
Ils vous reconnaîtront
Vous êtes une source
Vous êtes
Une source de renseignements
(2004-01)
Prendront vos empreintes
Rayon X
Infrarouge
Ils fouilleront votre passé
Et vos antécédents
Séquenceront votre ADN
Vous serez décomposé
Ils vous surveilleront
À votre insu
Ou avec votre consentement
Vous êtes une source de renseignements
Vous êtes une source
Vous êtes
Une source de renseignements
Ils fouilleront votre vie
Repasseront le film en accéléré
Zap!
Le film de votre vie
Ils seront la lumière
Au bout du long tunnel
Le jugement dernier
Ce sera eux
Ils liront à livre ouvert
Vos habitudes étalées
Dans les méandres de leurs fichiers
Vous êtes une source de renseignements
Vous êtes une source
Vous êtes
Une source de renseignements
Vous n'êtes qu'un public cible
Vous n'êtes qu'un focus group
Vous n'êtes qu'une statistique
Un consommateur
Vous n'êtes qu'un marché cible
Vous n'êtes qu'un échantillon
Représentatif
Un bénéficiaire
Vous n'êtes qu'un profil
Vous n'êtes qu'un cobaye
Une clientèle
Vous êtes une source de renseignements
Vous êtes une source
Vous êtes
Une source de renseignements
Une larme
Un cheveu
Du sang
Ils vous reconnaîtront
La rétine
Le visage
Le pouce
Ils vous reconnaîtront
Un NIP
Une puce
Une onde
Ils vous reconnaîtront
Vous êtes une source
Vous êtes
Une source de renseignements
(2004-01)
10 octobre 2006
Je vis bio
Les organismes modifiés génétiquement
Poulettes pressées, liftées, grimées
Une fausse blonde montre les dents
Une vraie image numérique retouchée
Les chairs séparées mécaniquement
Femmes objets, femmes sandwich, femmes publicités
Moi je mange bio
Moi je bois bio
Moi je fume bio
Moi je rêve bio
Des culs couverts symboliquement
Comme Pavlov l'a bien démontré
Le consommateur concupiscent
Comme un con, qu'on a sommé
Se laisse acheter, consentant
Car la chair, faible, souffre d'obésité
Moi je baise bio
Moi je roule bio
Moi je pense bio
Moi je vis bio
La vie se corrompt naturellement
Symphonie déconcertée
À demi machine, à demi vivant
Notre univers dénaturé
Puisque tout s'achète, tout se vend
C'est une simple question de mise en marché
Moi je mange bio
Moi je bois bio
Moi je fume bio
Moi je rêve bio
Moi je baise bio
Moi je roule bio
Moi je pense bio
Moi je vis bio
(2004-05)
Poulettes pressées, liftées, grimées
Une fausse blonde montre les dents
Une vraie image numérique retouchée
Les chairs séparées mécaniquement
Femmes objets, femmes sandwich, femmes publicités
Moi je mange bio
Moi je bois bio
Moi je fume bio
Moi je rêve bio
Des culs couverts symboliquement
Comme Pavlov l'a bien démontré
Le consommateur concupiscent
Comme un con, qu'on a sommé
Se laisse acheter, consentant
Car la chair, faible, souffre d'obésité
Moi je baise bio
Moi je roule bio
Moi je pense bio
Moi je vis bio
La vie se corrompt naturellement
Symphonie déconcertée
À demi machine, à demi vivant
Notre univers dénaturé
Puisque tout s'achète, tout se vend
C'est une simple question de mise en marché
Moi je mange bio
Moi je bois bio
Moi je fume bio
Moi je rêve bio
Moi je baise bio
Moi je roule bio
Moi je pense bio
Moi je vis bio
(2004-05)
9 octobre 2006
La conquête du Nord
Au début, il y avait un territoire sauvage
Une forêt infinie
Des milliers de petits lacs
C'était le territoire des bûcherons
Des amérindiens
Et de rares coureurs de bois modernes
Qui venaient y trapper, y chasser ou y pêcher
Puis à une certaine époque
Pour permettre aux Américains fortunés
De profiter de ce paradis
Déguisés en chasseurs et en pêcheurs
Déguisés en Daniel Boone
On a délimité des pourvoiries
Dégagé quelques routes et construit des camps
Et les Américains sont venus
Et ils ont tué beaucoup de bucks et beaucoup d'ours
Ils ont pêché des chapelets sans fin de truites et de dorés
On les voit sur les photos d'époques
Tout sourire, flanqués de leur guide
Le petit nègre Canadien-français
Et des centaines de truites accrochées à de longues branches
Mais bientôt les Québécois ont repris possession de leur territoire
Et ils ont ouvert des routes
Et ils ont construit des chalets
Et ils sont montés dans le Nord en masse
Et ils ont pêché ce qui restait de poissons après le passage des Américains
Il en restait déjà beaucoup moins
Et ils ont aménagé des plages
Se sont acheté des chaloupes et des moteurs hors-bords
Des gens de la ville qui allaient dans le bois pour s'amuser
Et du plaisir, ils en ont eu beaucoup
Les autoroutes ont poussé toujours plus au nord
Des villages, puis des villes s'y sont développés
Comme par magie, les lacs se rapprochaient de la grande ville
Les Québécois ont en effet l'habitude de calculer les distances en heures et en minutes
Puis un jour, la génération du Baby Boom prit possession du Québec
Ces gens développèrent de grands projets politiques et sociaux
Ils développèrent de grands projets économiques
Ils étaient nombreux
Et l'avenir leur appartenait
Ces gens étaient de bons vivants
Ils vivaient en ville mais rêvaient d'en sortir pour s'amuser
Ils virent ce terrain de jeu immense qui s'étendant au nord de Montréal
Alors ils achetèrent tout
Les camps, les chalets, les bicoques, les maisons
Tout ce qui se trouvait sur le bord d'un lac
Car le bord de l'eau, c'est tellement beau
Rien de tel que de siroter un porto sur sa véranda avec vue sur le lac
Et plus ils vieillissaient et plus ils étaient nombreux à se dire
La maison est payée
Quel beau projet de retraite
Un chalet sur le bord d'un lac
Alors les agents immobiliers comprirent qu'il se passait là quelque chose
Les gens qui avaient construit jadis de petits chalets rustiques
Souvent de leurs propres mains et pour une bouchée de pain
Maintenant vieux, cherchaient à s'en débarrasser
Se faisaient expliquer qu'ils étaient assis sur une petite fortune
Faites-moi confiance, disait l'agent, je vous vends ça le double
Le double, s'étonnaient les vieux, pourquoi pas?
Et les baby-boomers achetaient et mettait la bicoque à terre
Et se construisaient de grosses maisons riveraines
Et souverains dans leur petits châteaux, ils étaient heureux
Alors les promoteurs comprirent qu'il se passait là quelque chose
Ils achetèrent les rares lacs encore vierges
Et ouvrirent des routes autour de chaque lac
Et découpèrent la rive des lacs en lots
Et les proposèrent à prix d'or
Avec possibilité de se bâtir une habitation de luxe en bois rond
Rien de trop beau
Et les gens fortunés achetaient sans négocier
Quelle belle image ça fera ce superbe chalet de bois
Avec notre Volvo géante à quatre roues motrices garée à côté
Une monster house en pleine nature
À deux heures de Montréal
7 octobre 2006
Publi-reportage
Nous nous sommes mis à la disponibilité des annonceurs. Nous avons verrouillé les portes, décroché le téléphone, éteint les lumières. Bien installés devant l'écran, attentifs, nous buvons les messages très concrets, sans aucune subtilité, qui nous sont assénés. Disponibles, simplement. Ça ne coûte rien et c'est semi-divertissant. C'est pas trop agressant, presque confortable à la limite. En tout cas, ça ne fait pas de mal. Plus tard, on ira peut-être participer à la course à la consommation, mais peut-être pas.
(2005-04-20)
(2005-04-20)
5 octobre 2006
Bribe
La poésie:
Dire des choses compliquées avec des mots simples.
Dire des choses simples avec des mots compliqués.
Dire des choses compliquées avec des mots simples.
Dire des choses simples avec des mots compliqués.
4 octobre 2006
Gros mots
Palmarès des mots les plus longs de la langue française, tels que répertoriés à l'aide du Petit Robert*. Pour un maximum de plaisir, on admet les féminins, les pluriels et les conjugaisons de verbes.
Au numéro 3, 23 lettres, ex-aequo:
constitutionnalisassent
constitutionnalisassiez
constitutionnaliserions
électrocardiographiques
électro-encéphalogrammes
électro-encéphalographie
hospitalo-universitaires
hypercholestérolémiques
inconstitutionnellement
institutionnalisassions
institutionnaliseraient
oto-rhino-laryngologiques
oto-rhino-laryngologistes
sterno-cléido-mastoïdiens
Au numéro 2, 24 lettres, ex-aequo:
constitutionnalisassions
constitutionnaliseraient
électro-encéphalographies
Au numéro 1, 25 lettres:
anticonstitutionnellement
Malheureusement sterno-cléido-mastoïdien est adjectif masculin (ne peut qualifier qu'un muscle), sinon, on aurait aussi au numéro 1: sterno-cléido-mastoïdiennes.
* Il s'agit bien entendu d'un dictionnaire logiciel avec moteur de recherche. J'ai du temps à perdre, mais faut pas exagérer.
Au numéro 3, 23 lettres, ex-aequo:
constitutionnalisassent
constitutionnalisassiez
constitutionnaliserions
électrocardiographiques
électro-encéphalogrammes
électro-encéphalographie
hospitalo-universitaires
hypercholestérolémiques
inconstitutionnellement
institutionnalisassions
institutionnaliseraient
oto-rhino-laryngologiques
oto-rhino-laryngologistes
sterno-cléido-mastoïdiens
Au numéro 2, 24 lettres, ex-aequo:
constitutionnalisassions
constitutionnaliseraient
électro-encéphalographies
Au numéro 1, 25 lettres:
anticonstitutionnellement
Malheureusement sterno-cléido-mastoïdien est adjectif masculin (ne peut qualifier qu'un muscle), sinon, on aurait aussi au numéro 1: sterno-cléido-mastoïdiennes.
* Il s'agit bien entendu d'un dictionnaire logiciel avec moteur de recherche. J'ai du temps à perdre, mais faut pas exagérer.
3 octobre 2006
Hédonisme 101
À travers le cul d'un Château Petrus
Le feu d'artifice, le feu de la noce
On soupire de ne pas en avoir plus
Une mesure de rire pour 2 de pathos
Qu'il fait doux dans cet utérus
L'hédonisme comme un sacerdoce
Je considère les chances d'un infarctus
À travers le cul d'un vieux calvados
(2005-08-12)
Le feu d'artifice, le feu de la noce
On soupire de ne pas en avoir plus
Une mesure de rire pour 2 de pathos
Qu'il fait doux dans cet utérus
L'hédonisme comme un sacerdoce
Je considère les chances d'un infarctus
À travers le cul d'un vieux calvados
(2005-08-12)
2 octobre 2006
Hollywood
C'est un monde où tout se passe à L.A. Toutes les histoires: des événements globaux aux anecdotes anodines: les alertes à la bombe, les catastrophes, les envahisseurs extra-terrestres, les épidémies de virus inconnus et foudroyants, les destins tragiques, les success stories, la vie des gens riches et célèbres, les héros et super-héros, mais aussi: les petits larcins, les trafiquants, les criminels grands et petits, les gens presque ordinaires, leurs amours, leurs petits drames, leurs hauts et leurs bas. Et toujours, au bout du compte, un happy end. Tout cela, à L.A. Toujours. De Pasadena à Long Beach, de Santa Monica à Hollywood, Beverly Hills, Malibu, Venice, etc. Le mythe d'un lieu: ici, que des histoires significatives.
Dans cet univers, les hommes sont braves et musclés; leur héroïsme leur vient naturellement. Dans cet univers, les femmes sont belles et séduisantes. Des Ken et des Barbie aux corps sculptés, standardisés, chirurgicalement corrigés. Des personnages interchangeables, qu'on reconnaît, d'une histoire à l'autre, toujours les mêmes. Ils sont cools, ils sont beaux, ils sont blancs, ils sont blonds et ils ne sont surtout pas obèses.
Dans cette réalité, les comportements sont formatés au point de devenir prévisibles. On peut supposer qu'il est rassurant d'y vivre. Les histoires d'amour suivent toutes le même schéma, les voitures qui ont un accident explosent toujours, les méchants tirent systématiquement à côté des héros, le personnage secondaire (de couleur) est toujours condamné à se faire bouffer par le monstre. Ici, les vêtements sont griffés et les objets portent une marque clairement identifiée; ici, rien n'est tout à fait anonyme. Les maisons sont toutes victoriennes et immenses; on les rénove à deux personnes en un week-end. Quand la réalité est un cliché ou que les clichés deviennent une réalité, on finit par savoir à quoi s'en tenir.
Mais cette réalité a son éthique. Il faut souffrir pour mieux goûter la rédemption. Les centaines de figurants morts sont vites oubliés, du moment que le personnage aimé soit sauvé. Les camarades ne seront pas morts en vain: une fois la menace barbare vaincue, on versera pour eux une larme à l'ombre du drapeau, alors que résonnera un air triste au cor anglais. Puis, Ken et Barbie finiront dans le même lit et feront l'amour, pudiquement cadrés, dans la position du missionnaire.
C'est un monde parallèle scénarisé, déterministe, homogène, plastique, lascif, puritain, suffisant, pavlovien et fondamentalement masochiste.
Bienvenue à Hollywood.
Dans cet univers, les hommes sont braves et musclés; leur héroïsme leur vient naturellement. Dans cet univers, les femmes sont belles et séduisantes. Des Ken et des Barbie aux corps sculptés, standardisés, chirurgicalement corrigés. Des personnages interchangeables, qu'on reconnaît, d'une histoire à l'autre, toujours les mêmes. Ils sont cools, ils sont beaux, ils sont blancs, ils sont blonds et ils ne sont surtout pas obèses.
Dans cette réalité, les comportements sont formatés au point de devenir prévisibles. On peut supposer qu'il est rassurant d'y vivre. Les histoires d'amour suivent toutes le même schéma, les voitures qui ont un accident explosent toujours, les méchants tirent systématiquement à côté des héros, le personnage secondaire (de couleur) est toujours condamné à se faire bouffer par le monstre. Ici, les vêtements sont griffés et les objets portent une marque clairement identifiée; ici, rien n'est tout à fait anonyme. Les maisons sont toutes victoriennes et immenses; on les rénove à deux personnes en un week-end. Quand la réalité est un cliché ou que les clichés deviennent une réalité, on finit par savoir à quoi s'en tenir.
Mais cette réalité a son éthique. Il faut souffrir pour mieux goûter la rédemption. Les centaines de figurants morts sont vites oubliés, du moment que le personnage aimé soit sauvé. Les camarades ne seront pas morts en vain: une fois la menace barbare vaincue, on versera pour eux une larme à l'ombre du drapeau, alors que résonnera un air triste au cor anglais. Puis, Ken et Barbie finiront dans le même lit et feront l'amour, pudiquement cadrés, dans la position du missionnaire.
C'est un monde parallèle scénarisé, déterministe, homogène, plastique, lascif, puritain, suffisant, pavlovien et fondamentalement masochiste.
Bienvenue à Hollywood.
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