22 mai 2017

Passé simple — TV

(Source de l'image: ew.com)




La télévision en couleur a fait son apparition au Québec en 1966. Il me semble que j’étais encore très jeune lorsque mes parents firent l’acquisition d’un téléviseur couleur tout neuf de marque Zenith, lequel devint illico le nouveau centre d’attraction de la salle familiale. L’appareil avait la particularité de pouvoir être commandé à distance grâce à une télécommande sans fil. Sous ses dehors futuristes, cette télécommande n’était en fait qu’un banal instrument de musique à percussion. Son fonctionnement s’appuyait sur la reconnaissance par le téléviseur de sons dans les extrêmes aigus. La télécommande comportait quatre boutons correspondant à autant de petites tiges métalliques cachées dans le boîtier. La pression d’un bouton causait le martèlement d’une tige; on entendait un déclic et le téléviseur agissait à la commande : allumer ou éteindre l’appareil, passer à la chaîne suivante ou précédente, augmenter ou diminuer le volume, ou alors — et c’était là la fonction la plus révolutionnaire — éteindre le son pendant les messages publicitaires. Fait cocasse : lorsqu’on échappait sur le plancher un objet métallique, une paire de ciseaux par exemple, il arrivait que le téléviseur change de chaîne. J’ai passé une partie de ma jeunesse devant la TV; selon le credo des psychologues du dimanche, cela m’aura sans doute causé de graves troubles mentaux. Sans compter l’atrophie musculaire due au fait que je n’avais même pas à me lever pour changer de chaîne.

6 mai 2017

Passé simple — Expo 67

(Source de l’image)



En ce printemps 2017, il est beaucoup question à Montréal des cinquante ans de l’Expo 67, c’est-à-dire de l’Exposition universelle de 1967, qui eut lieu à Montréal, cet été-là. Toute une affaire, selon ce qu’on en dit : ç’aurait été à la fois la construction du Montréal moderne et une grande séance de déniaisage collectif pour les Québécois. Cette année, c’est également mon cinquantième anniversaire; je suis né quelques semaines avant l’inauguration de l’Expo 67. Je n’ai donc pas connu cet événement historique. Je ne suis même pas certain que mes parents y soient allés. Nous habitions à Saint-Hyacinthe, une ville juste assez éloignée de Montréal pour qu’on ne se sente pas trop concernés par ce qui s’y passe. Mon seul souvenir concret associé à l’Expo 67 est le microsillon 45 tours de la chanson officielle, qui s’intitule Un jour, un jour, et dont nous avions un exemplaire à la maison. Enfant, j’ai beaucoup écouté cette chanson, peut-être attiré par l’aspect historique du disque, le fait qu’il soit associé à mon année de naissance. Je me rappelle encore le refrain par cœur.

Un jour, un jour, quand tu viendras
Nous t’en ferons voir de grands espaces

C’est un air pop interprété par Donald Lautrec. La rythmique évoque étrangement une version accélérée d’Ob-La-Di, Ob-La-Da des Beatles qu’on aurait beurrée de cuivres et de violons. Donald Lautrec chantait avec cette voix pleine de testostérone qui faisait alors son succès, en articulant un drôle d’accent international. Face B, sur la même trame sonore, une version dans l’autre langue officielle, Hey Friend, Say Friend, également interprétée par le beau brummel. 

Un jour, un jour, quand tu viendras
Pour toi nous retiendrons le temps qui passe

Ont-ils réussi à retenir le temps, cet été-là? En tout cas, le temps s’est repris par la suite. Au moment où j’écoutais cette ritournelle, les anciens pavillons de l’Expo 67 étaient probablement déjà en train de moisir sur un site désaffecté. Aujourd’hui subsistent tout de même quelques reliques : le dôme géodésique de Buckminster Fuller, le stabile de Calder, le pavillon de la France devenu casino et, bien sûr, le parc d’attraction la Ronde, maintenant opéré par une entreprise américaine. Le microsillon 45 tours, lui, est disparu, comme le reste de la collection de disques familiale, bazardée par mes parents lors d’une vente de garage.

5 mai 2017

Chef d’équipe











Attention
Le chef d’équipe des préposés à l'entretien de la station Côte-Vertu
Le chef d’équipe des préposés à l'entretien de la station Côte-Vertu
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4 mai 2017

Question identitaire

(Logo tiré du site www.fromagesdici.com)



— Ce sont des fromages d’ici?
— Bin, oui, je les ai achetés au marché, juste à côté.
— Non, je veux dire : d’ici. Des fromages d’ici.
— Euh, non, rien qui soit fabriqué à Montréal. Il y en a un de Warwick, je crois. Les autres, je sais pas trop... C’est où, ça, déjà, Warwick?
— C’est pas dans Lanaudière? Attends, non, c’est proche de Victoriaville.
— Voilà. C’est un fromage de là-bas.
— C’est donc un fromage d’ici.
— Victo, c’est un petit bout, quand même.
— Tu veux rien comprendre, je te parle des fromages d’ici : comme dans la pub. Le slogan. Les fromages d'ici.
— Ouin, bon, je veux bien, mais quand on dit « d’ici », c’est vague. Ici où?
— Arrête de faire le smatte. Ici, c’est le Québec. Les fromages d’ici, ce sont les fromages du Québec.
— Ah, OK. C’est un ici identitaire québécois: l’ici, c’est comme le nous. L’ici contient le nous, en quelque sorte.
— N’importe quoi.
— Tiens, j’ai acheté un faux camembert fait à Saint-Damase : on peux-tu dire que c’est un fromage d’ici inclusif?
— (Soupir.) Je pense qu’on va s’ouvrir une autre bouteille.

2 mai 2017

Brunoise (2)

[Une série de fragments et d’aphorismes en format pratique de cinq portions faciles à consommer. L’épisode précédent s’intitulait aussi Brunoise, probablement sans raison.]



C’était une élection surprise : on a donc voté au pied levé.


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Il y a des romans qu’on termine avec l’impression d’avoir réussi contre toute attente à mettre au plancher un lutteur sumo.


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Dans les romans québécois, l’hiver, il ne fait jamais moins deux ou moins cinq. Ce genre de température ne serait pas assez romanesque. Dans les romans québécois, l’hiver, le froid atteint toujours les moins vingt, voire les moins trente degrés. Et l’été est toujours caniculaire. Les romanciers québécois ont tendance à exagérer.


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Il faut que les romanciers réapprennent à écrire « sur le siège du passager ». La place du mort, c’est dans le coffre arrière, enroulé dans une bâche.


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Depuis quelque temps, il est beaucoup question de faits alternatifs et de fausses nouvelles. La fiction ne s’est jamais aussi bien portée.