20 juin 2017

Résidus (2)

Morgane Vital, chirurgienne.


*


ELLE — Arrête de faire du manspreading.
LUI — Non, pas manspreading : du mansplaining. Je peux t’expliquer, si tu veux.


*


C’est pas pour me vanter, mais quand j’étais à la maternelle — c’était il y a fort longtemps, au début des années 1970, bien avant l’ordinateur personnel — on nous apprenait la peinture digitale.


*


S’il fallait que je me mette la pression pour publier dans mon blogue un tel échantillon de 5 fragments sur une base quotidienne, je ne vous dis pas les banalités que vous liriez. La preuve.


*


Stéfane Tramblay, dyslexique.

18 juin 2017

La langue française

La langue française n’est pas qu’une langue. Ce n’est pas qu’un code conventionnel permettant à un groupe d’humains qui en a la maîtrise — par le hasard de leur naissance ou de leur existence — de communiquer entre eux. Ce n’est pas qu’une des très nombreuses façons qu’ont inventées les humains de s’exprimer et donc de construire des cultures. Le français est bien autre chose que cela.


*


Le français est un petit animal mignon et sans défense. Il se tient à nos pieds et nous regarde avec ses yeux tristes. Il a l’air si vulnérable; pour qu’il survive, il faut en prendre soin, il faut le cajoler et lui dire qu’on l’aime. La langue française est un tamagotchi. Laissez-la une heure sans attention, elle se met à dépérir; au bout d’une journée, elle est bel et bien morte. La pauvre petite chose.


*


La langue française est une espèce en voie d’extinction. C’est ce poisson un peu laid qui foisonnait jadis dans les rivières et dont il n’existe plus que quelques rares individus. On nous répète que cette espèce de poisson périclite; on se sent impuissants, on a mauvaise conscience, on se dit qu’il n’est peut-être pas trop tard pour organiser une manifestation pour la sauver.


*


La langue française est une violette africaine délicate. Il faut la conserver dans une atmosphère contrôlée — une température dans une fourchette très précise, un taux d’humidité idéal, un environnement ni trop ensoleillé, ni trop ombragé — sous peine de la voir se faner et mourir. C’est une fleur si fragile, on se demande comment elle fait pour vivre dans la nature, sans notre attention continuelle.


*


La langue française est une eau qui jaillit des tréfonds de la terre et qui a été filtrée pendant des siècles par diverses formations géologiques. Elle coule, cristalline, mais sitôt surgie du roc, abandonnée aux éléments, la voilà qui se corrompt. C’est en effet une fatalité : une eau si pure ne peut que perdre de sa pureté. Il faut donc continuellement traiter la langue française, la faire passer dans des filtres, lui faire subir des traitements d’ozonation, la faire bouillir au besoin. Par tous les moyens, on doit tenter de redonner à la langue française sa pureté originelle.


*


La langue française est une personne d’exception. C’est le petit dernier de votre couple d’amis, cet enfant qui, selon leurs dires, est de la graine de Nobel : ses mots d’enfant ont tant d’esprit, c’est le meilleur de son équipe de soccer, il joue du piano comme Mozart, il sait résoudre des intégrales triples alors qu’il est encore à la maternelle; en toute chose, il surpasse les autres enfants de son âge. Pour votre couple d’amis, il ne peut pas en être autrement : c’est leur enfant.


*


La langue française est une science extraordinairement complexe et pointue. Rares sont les savants qui connaissent les équations qui règlent notre univers; de même, seuls quelques érudits peuvent se vanter de maîtriser les rouages subtils et abscons qui régissent la langue française. La langue française est une secte d’élus, une société secrète de personnes de qualité qui jamais ne s’abaissent à parler les langues vulgaires du petit peuple.


*


La langue française est un tombeau dans lequel repose une reine autrefois puissante. L’iconographie nous présente cette reine comme une jeune femme d’une grande beauté, les légendes parlent d’une souveraine forte et brave, sage et juste. Encore aujourd’hui, on vient se recueillir devant ce monument. Un jour, peut-être, des archéologues ouvriront cette sépulture. Ils n’y trouveront qu’un squelette disloqué, quelques fibres de tissus et un tas de poussière.


*


Et si la langue française se déconstipait, descendait de sa tour d’ivoire et sortait un peu de chez elle? Découvrirait-elle que la vie n’est pas aussi épeurante et compliquée qu’elle l’imagine? Pourrait-elle envisager la modernité comme quelque chose de positif? Considérerait-elle de s’abandonner à évoluer, à défaut de se réformer? Qui sait, à chiller un peu, peut-être développerait-elle une certaine coolitude?

15 juin 2017

Résidus

Le désœuvrement est le père de tous les vices.


*


À mesure que je prends de l’âge, je me rends compte que la candeur est une qualité. On naît avec un certain capital de candeur, qu’on dépense peu à peu en vieillissant. Dès la cinquantaine, il ne nous en reste plus une goutte.


*


Le consultant en marketing avait fait un excellent travail : les patrons croyaient maintenant dur comme fer que si leurs employés répétaient « innovation », « disruption » et « mobile first » le plus souvent possible, leur entreprise ringarde deviendrait le nouveau Apple.


*


Le roman était signé Réjean Livert-Deforce. C’était cousu de fil blanc.


*


Le besoin est le père de l’invention. 

10 juin 2017

Modification aux modalités du service

Objet: Modification aux modalités du service


Cher lecteur,


Votre satisfaction a toujours été notre motivation première. Depuis la création du Machin à écrire, nous nous sommes efforcés de vous offrir une source renouvelée de divertissement plus ou moins littéraire pimenté d’un soupçon de jérémiades et d’autodérision. Or, l’état du marché des blogues est de plus en plus difficile et nos sources de revenus de plus en plus inexistantes. À titre d’illustration, notre chiffre d’affaires est passé de zéro million de dollars en 2006 à zéro millier de dollars en 2017. Pendant ce temps, nos frais d’exploitation n'ont cessé d’augmenter, et ce, bien que nous utilisions une plateforme de publication gratuite et que tous nos employés soient bénévoles.

Notre situation financière est telle que nous sommes dans l’obligation de modifier les conditions d’utilisation de notre service. Veuillez donc prendre note qu’à compter du 1er juillet prochain, notre forfait illimité gratuit sera aboli. Vous devrez dorénavant vous farcir un compteur des pages offertes gracieusement, des articles tronqués, de constants rappels que notre site est payant, ainsi que des fenêtres en surimpression qui vous empêchent de lire notre blogue pendant que vous est présentée une vidéo publicitaire accompagnée d’un compte à rebours calculant le nombre de secondes restantes avant qu’un bouton Passer cette publicité et accéder au site ne devienne enfin actif. De plus, nous ne manquerons pas de vous envoyer sur une base régulière des courriels vous invitant à vous procurer un de nos forfaits d’abonnement à prix concurrentiel. Par ailleurs, nous comptons sur vous pour contribuer généreusement à notre campagne de sociofinancement perpétuelle qui sera lancée sous peu.

En espérant que ces légers changements n’altéreront en rien votre plaisir de lecture, nous profitons de l’occasion pour réitérer notre engagement à vous fournir un contenu de qualité et original, ainsi que des jérémiades et autres fonds de tiroirs.


Merci,


Le machin à écrire point com

6 juin 2017

Rose

[Ah, nostalgie! Permettez-moi de continuer à archiver dans mon blogue quelques textes des chansons des tchigaboux et de CQFD. Aujourd’hui, un texte jadis écrit pour simplement m’amuser à faire des rimes avec les points cardinaux. Le pauvre narrateur s’est fait laisser par sa blonde et en a perdu le nord...]


Rose


J’ai perdu l’nord
Depuis qu’ma blonde a pris l’bord
Sans scrupules, sans remords
Il fait des froids record
Ah oui, j’ai perdu l’nord
Pis j’en r’viens pas encore
Elle s’est ruée vers l’or
J’ai soudain plus rapport

        Rose
        T’es partie aux quatre vents
        Rose

J’ai perdu l’est
Elle a r’tourné sa veste
Fuite adroite et preste
Les prolos sont en reste
Ah oui, j’ai perdu l’est
Je l’aime et la déteste
J’oublie sa voix céleste
J’oublie ses moindres gestes

J’ai perdu l’sud
La Floride, les Bermudes
Mon cas est à l’étude
Ah, l’hiver sera rude
Ah oui, j’ai perdu l’sud
J’ai perdu ma quiétude
Un peu beaucoup déçu de
La durée d’l’interlude

J’ai perdu l’ouest
Souvenirs indigestes
Partie pendant ma sieste
Aurais-je trop laissé d’lest
Ah oui, j’ai perdu l’ouest
Le Klondike et tout l’reste
J’faisais pourtant d’mon best
Mais j’ai pas passé l’test





Paroles: N. Guay
Musique: S. Caron, N. Guay
© 2002, CQFD