24 novembre 2017

Passé simple (37) — Carré blanc sur fond blanc

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Le passé est un canevas sur lequel on peut peindre ce qu’on veut. Si on le désire, ce canevas peut être fait d’un tissu de mensonges. Des mensonges qu’on raconte aux autres ou à soi-même. J’ai choisi de ne pas me faire des accroires et d’accepter le tableau tel qu’il m’apparaît : une abstraction intitulée Carré blanc sur fond blanc.

23 novembre 2017

Passé simple (36) — Fiction

(Source de l'image)



Pour faire mon intéressant, je pourrais m’inventer une enfance extraordinaire que je vous ferais passer pour authentique. Sous ma plume Saint-Hyacinthe deviendrait une ville enchantée habitée de personnages pittoresques. Je serais le chef d’une bande d’amis dont chaque membre aurait une personnalité stéréotypée : moi, le garçon intrépide par qui l’action arrive; Pascale, la fille sportive un peu garçonne; Simon, l’intellectuel introverti; et Ricardo, le petit gros à lunettes. Il y aurait un chat, aussi, ou un chien, non, un rat, c’est ça, un rat domestique : c’est plus excentrique. On se rendrait régulièrement dans un mystérieux magasin de bonbons tenu par une femme à l’accent bizarre et qui ne sourit jamais. On s’y procurerait des bonbons amers, des pilules de force et de la gomme ballonne Bazooka Joe. On ferait les quatre cents coups à l’école. Notre maîtresse de cinquième année, Madame Beauvirage, m’enverrait voir la directrice lorsqu’elle en aurait assez de mes facéties, parce que je serais aussi le bouffon de la classe. Dans la bibliothèque de l’école, derrière un classeur, on découvrirait un passage secret menant à la cave, là où le concierge aurait son atelier. On se lierait d’amitié avec ce concierge, un vieux monsieur à la jambe de bois, bienveillant et érudit. Suite à une enquête plus ou moins tirée par les cheveux, et aidés par notre ami le concierge, nous découvririons que la propriétaire de la boutique de bonbons est en fait une ancienne infirmière nazie, cachée au Canada depuis vingt ans. Cette intrigue permettrait d’ajouter une couche dramatique et historique à ce passé factice que je me construirais et auquel je finirais par croire. Pendant ce temps, mes lecteurs, captivés, suivraient ce feuilleton biographique assis sur le bout de leur chaise, mais en se désolant en même temps de n’avoir connu pour leur part qu’une enfance plate et ordinaire.

21 novembre 2017

Code soixante-deux (bis)











Attention à tous les opérateurs
Code soixante-deux
Sur l’ensemble du réseau

Code soixante-deux
Sur l’ensemble du réseau











Restes

À ma mort, je vais disparaître : bien fait pour l’embaumeur.


*


Truc de scénariste — Un personnage entre dans un débit de boissons et prend place à côté d’une connaissance qui, déjà installée au bar, l’attendait en sirotant un verre. Ils se saluent. Un barman apparaît. Que demande à boire le personnage? C’est obligé, il commande : « La même chose ».


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Il y a des livres qu’on termine et il y a des livres dont on vient à bout.


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Lettre de refus à moi-même : « Ce n’est pas de la littérature, c’est seulement un fichier de traitement de texte. »


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À ma mort, je vais disparaître et je ne réapparaîtrai jamais plus.

19 novembre 2017

Passé simple (35) — Papa





Papa qui porte des favoris. Papa qui me précède dans les pistes de ski de fond du parc des Salines. Papa qui dit : « T’es bin sarfe » pour me taquiner. Papa parti travailler. Papa qui m’envoie en pénitence dans ma chambre. Le son matinal du rasoir électrique de papa alors que je suis encore couché. Papa qui me coupe les cheveux. Papa qui simonize la voiture. Papa qui commente à voix haute les nouvelles à la télé. Papa, ailleurs dans la maison pendant que je fais des dessins dans ma chambre. Papa qui taille les haies avec de grands ciseaux. Papa qui se moque des mimiques et du parler de Gilles Tremblay à la Soirée du hockey.