25 mars 2017

La journée mondiale des journées internationales



Vous pouvez enfin être informés de la succession quotidienne des journées internationales et mondiales en continu grâce au compte Twitter @jourbot, alimenté par un petit programme (que d’aucuns appellent aussi fort pompeusement robot) de mon cru.



Pour plus de détails sur mon (stupide mais amusant) générateur de journées internationales et mondiales, veuillez vous rendre ici.

5 mars 2017

Entendu au village

        — Hier, je suis allé à la forge. Ils ont lancé leur nouvelle collection d’armes. Tu devineras jamais.
        — Quoi donc ?
        — Les nouvelles épées ne sont plus en bronze.
        — Bin voyons.
        — Oui, oui. Ils ont inventé un matériau innovant, ils appellent ça le fer.
        — T’es pas sérieux.
        — Je te le dis.
        — C’est du grand n’importe quoi. Et qu’est-ce que ça apporte de plus ?
        — Ils prétendent que c’est plus solide, ils vantent le procédé de fabrication à la fine pointe, tout ça.
        — Ils vont pas encore nous faire le coup de la mise à niveau... On se débrouillait déjà parfaitement bien à l’Âge de la pierre, on commence à peine à s’habituer à l’Âge du bronze, et là ils nous sortent une nouvelle affaire, euh, comment t’appelles ça ?
        — Le fer.
        — Le fer. Le nom est ridicule, en plus. Et ils vont prétendre qu’on est maintenant dans l’Âge du fer, c’est ça ?
        — En tout cas, c’est ce que dit la publicité.
        — Caltore. Encore obligé de changer notre équipement. C’est scandaleux.
        — Oui, on nous impose ces changements technologiques alors qu’on n’a rien demandé.
        — Et ça va de plus en plus vite. C’est carrément de l’obsolescence programmée !
        — Exactement.
        — Bin, moi, je garde mes trucs en bronze. Ils me feront pas changer, c’est pas vrai.
        — Ouin. Moi non plus.

4 mars 2017

Forgez-vous une opinion en 6 étapes faciles

« I love the smell of napalm in the morning » 

  1. Répétez à qui veut l’entendre qu’il n’y a pas de fumée sans feu.
  2. Jouez avec des allumettes.
  3. Jetez de l’huile sur le brasier que vous avez vous-même allumé.
  4. Criez « Au feu ! » et plaignez-vous que les pompiers ne viennent pas assez vite.
  5. Accusez toute personne qui ne crie pas « Au feu ! » avec vous de jouer le jeu des pyromanes.
  6. Faites valoir que vos idées font l’objet d’un « large consensus ».

27 février 2017

Clips

Elle brisa le plafond de verre en devenant vitrière. La pauvre fut renvoyée sur-le-champ.


*


Ça m’aura passé comme ça m’est venu : non, je ne serai pas le maître de l’univers.


*


Le scénario prit une tournure inattendue lorsqu’on réalisa que non seulement elle savait qu’il savait qu’elle savait, mais qu’en plus il savait qu’elle savait qu’il savait qu’elle savait.


*


Le guitariste chanteur. Son groupe s’appelait Hey toi! Moi? Oui toi!, un succédané francophone des groupes anglos culte de Montréal — les mêmes claviers anciens, les mêmes voix nasillardes, la même naïveté — c’était bien sûr convenu, c’était surtout en français — enfin, sauf quelques refrains — et malgré les critiques favorables dans certains cercles branchés, le succès ne vint jamais. Par la suite, le guitariste chanteur tenta de sombrer dans l’enfer de la drogue, puis de se suicider, mais le cœur n’y était plus; il se rendait bien compte que pour devenir une légende du rock, ça prenait plus que cela, ça prenait un germe, un minimum de talent et de notoriété. C’est alors qu’il dénicha — parce qu’il faut bien gagner sa vie — un emploi de mécanicien dans une entreprise de transport par camion. Il essaya de créer un nouveau groupe, mais les problèmes récurrents de bassiste eurent raison de ses dernières velléités artistiques. L’année suivante, il participa à un spectacle amateur au party de Noël offert par son employeur et son interprétation d’un succès d’Arcade Fire lui valut les félicitations de ses collègues ainsi que les sourires concupiscents de la réceptionniste, avec laquelle il finit d’ailleurs la nuit. C’est là, dit-on, un des avantages d’être guitariste chanteur.


*


Est-ce une coquille ou une coquetterie? Seul son typographe le sait.

3 février 2017

Miettes

Les gens qui se pâment à l’odeur des vieux livres apprécient probablement aussi celle des vieilles chaussures.


*


La photo rigolote fit trois fois le tour de l’Internet et une proportion impressionnante des humains s’en amusa sans que cela ne soit pourtant jamais consigné par la suite dans les livres d’histoire.


*


Les archéologues du futur creuseront dans les photos de chats, dans les selfies et dans les commentaires des sites de nouvelles; ils auront parfois la chance de tomber sur des bouts d’information sensée qui les amèneront à élaborer de grandes théories sur notre époque et notre culture. C’est ainsi que mon blogue demeurera ignoré par leurs forages dans le magma sédimentaire du Web, victime encore une fois des aléas de la découvrabilité.


*


De retour du travail, j’étais debout dans le wagon de métro et je lisais sur mon téléphone le témoignage d’un survivant de l’attentat qui avait eu lieu dans une mosquée de Québec deux jours avant. Il parlait d’un de ses amis, mort devant lui, il expliquait en quoi cet homme avait été un être simple et bon. J’étais debout dans le wagon de métro, sous l’éclairage cru, parmi les autres voyageurs, et je retenais mes larmes. Ce soir-là, aucune porte du métro ne s’est bloquée et il n’y a pas eu de ralentissement de service. J’ai marché de la station de métro jusqu’à la maison, c’était une froide soirée d’hiver. Entre la croix du mont Royal qui ouvrait les bras et le croissant de lune qui souriait dans le ciel, les étoiles faisaient leur possible pour briller.


*


Un jour, quelqu’un inventera la machine à téléportation et les gens refuseront de l’utiliser par nostalgie pour l’odeur des voitures neuves.