24 septembre 2016

Passé simple — Seconde main



À chaque changement de saison, le même rituel se répétait. Maman sortait les boîtes de vêtements et j’étais invité à essayer les pièces de la collection mode de six ans auparavant. Six ans, c’est le nombre d’années qui me séparent de mon grand frère; ça paraît peu, c’est énorme quand on n’a que neuf ou dix ans. Comment peut-on raisonnablement porter du linge datant de plus de la moitié de notre vie? Autant dire des antiquités! Il semble me rappeler que plus je grandissais et plus je me permettais de refuser les pièces jugées trop démodées, au risque de faire de la peine à ma mère. On a beau n’être qu’un enfant, on peut avoir un minimum de sens critique. Maman ne forçait pas, mais disons que j’étais fortement encouragé. Il semble me rappeler des choses beiges ou brunes, du velours côtelé, des cols roulés de matière synthétique. Une odeur de boule à mites, aussi. Un jour, peut-être parce que les vêtements de mon frère à partir d’un certain âge furent soudain considérés comme trop personnels et ne faisant par conséquent plus partie du patrimoine familial, le rituel cessa. À l’adolescence, c’est moi qui irai fouiller dans le garde-robe de mon père à la recherche de vieux trucs, y découvrant parfois de belles pièces. J’ai longtemps porté cet imperméable gris et cette casquette plate en laine, tous deux directement sortis des années soixante. Et ce superbe noeud papillon à carreaux. Non seulement ces vêtements avaient le charme suranné et cool de ceux qu’on achète à la friperie, mais en plus, j’avais sur moi à l’insu de tous un peu du passé de mon papa.

21 septembre 2016

Il (ne) faut (pas) confondre l’Internet et internet

J’effectue ces jours-ci les ultimes retouches à mon livre à paraître.

Or, dimanche soir, en lisant le premier chapitre d’un roman (Oscar De Profundis, de Catherine Mavrikakis, chez Héliotrope), je tombe sur le mot internet, avec un i minuscule. Ce choix éditorial crée en moi un doute (un de plus!). Pour ma part, depuis toujours, j’écris l’Internet, avec l’article et la majuscule.

Je travaille dans le domaine des technologies, ce mot fait donc forcément partie de mon vocabulaire quotidien; j’ai des cheveux gris, ça fait donc longtemps que je l’utilise. Aurais-je erré toutes ces années? Mon manuscrit devenu épreuve serait-il entaché d’une orthographe fautive? J’écris un truc dans Twitter pour exorciser mon malaise.


@Revi_redac me répond et tourne le fer dans la plaie.


Cependant, le fait qu’elle cite un article en anglais ne me convainc pas : les anglophones peuvent bien faire ce qu’ils veulent, par exemple ne pas mettre de point final à la fin de leurs phrases, je ne vois pas pourquoi je me sentirais concerné.

Après quelques recherches, je tombe sur un article intéressant de la Banque de dépannage linguistique de l’Office québécois de la langue française (OQLF) sur le sujet. On y lit notamment : « On rencontre le mot Internet, nom du “réseau des réseaux” informatique, employé avec ou sans article, et avec ou sans majuscule. »

L’OQLF y va de ses recommandations, ici : « [...] il reste préférable d’écrire Internet avec une majuscule initiale, tout comme son abréviation Net » et là : « [...] même si l’article l’ est admis devant Internet, il reste préférable de ne pas mettre l’article devant ce nom ».

L’utilisation d’internet (sans article ni majuscule) serait, dit-on, influencée par la pratique en anglais. De plus, il s’agirait de la graphie recommandée officiellement par la Commission générale de terminologie et de néologie française selon cet article du Grand dictionnaire terminologique de l’OQLF.

Cette phrase de l’article de la Banque de dépannage linguistique ajoute à la confusion : « Notons que l’abréviation Net, elle, doit être précédée de l’article le. » Quoi ? Défense de mettre un article devant Internet, mais obligation d’en mettre un devant Net ? Ces consignes sentent le n’importe quoi à plein nez.

J’en conclus que l’usage n’est pas fixé et que j’ai toute latitude. Je prends donc sur moi de ne rien changer à mon livre. Après tout c’est moi l'éditeur. Traitez-moi de vieux réactionnaire tant que vous voulez, mais l’Internet ce sera.

20 septembre 2016

Mardi coïncidence

Ce matin dans La Presse+, je lis un article sur l’arrestation d'un type qui aurait planté les bombes du week-end dernier à Manhattan et au New Jersey. L’article se conclut par ces mots : « C’était un garçon tranquille ».




Moment d’émotion pour moi : c’est presque mot pour mot la chute et très exactement le thème d’une des nouvelles de mon recueil à paraître (bien qu’il n’y soit pas question de terrorisme).




Je songe sérieusement à poursuivre La Presse pour plagiat.

17 septembre 2016

Le Machin à écrire a dix ans




Je vais vous faire un aveu : il y a dix ans, en septembre 2006, j’ai créé Le machin à écrire avec  l’ambition de devenir, à force de travail, de discipline, d’accumulation de mots alignés, un écrivain.

D’aussi loin que je me rappelle, j’ai toujours écrit. À part les textes des chansons de mes anciens groupes (et dans la vingtaine, ce manuscrit de roman franchement mauvais et inachevé), je n’avais jamais sérieusement entrepris de me mettre à l’écriture.

En 2006, dans toute ma candeur, je ne savais pas que pour devenir écrivain, il faut avoir signé un contrat d’édition, avoir publié, faire partie de la chaîne du livre, être membre de l’UNEQ, avoir un doctorat en création littéraire, ce genre de choses. En fait, si j’ai bien compris, il n’est pas nécessaire d’être lu pour être écrivain; ce qu’il faut, c’est être publié : c’est l’éditeur qui fait l’écrivain.

Dix ans et à peu près huit cents articles plus tard — la plupart, il faut le dire, n’ayant rien de littéraire — force est de constater que je n’ai pas atteint mon objectif. Je ne suis toujours qu’un écriveron.

Tant pis. Je continue mes petites affaires. Depuis l'an dernier, je me suis mis à l’autoédition, parce que le train n’arrivant pas, j’ai décidé de faire la route à pied, au moins jusqu’à la prochaine gare. C’est qu’on a la tête dure.





Le temps passe vite, comme disent les vieux.

Un dixième anniversaire, c’est évidemment le moment parfait pour un bilan. Plutôt que de m’épancher davantage, permettez-moi plutôt de profiter du corpus du blogue pour vous proposer la lecture de quelques articles de nature introspective publiés au fil des ans. Je m’excuse d’avance pour les jérémiades; j’essaie d’arrêter, mais c’est un peu inévitable, étant incapable de me faire des accroires (voir plus haut) et possédant un penchant naturel pour l’autodérision. Ça donnera tout de même, je pense, une bonne idée du biorythme du Machin à écrire au fil de ses dix ans d’existence.






19 septembre 2006: Intention
Le tout premier billet, dans lequel je tentais de justifier la création du blogue.

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23 septembre 2008: 2e anniversaire
Bilan de l’expérience après seulement deux ans du Machin à écrire.

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12 septembre 2009: Statistiques auto-référentielles
Quelques statistiques pour le troisième anniversaire.

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20 avril 2010: point com
Après avoir existé jusqu’alors à travers une adresse dans Blogger, le Machin à écrire se dote de son propre nom de domaine.

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5 juillet 2010: Crise(tte) existentielle (où le blogueur solitaire se demande encore une fois « À quoi bon? » mais prend le temps de coucher sa perplexité par écrit plutôt que de seulement se faire la remarque à lui-même)

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29 septembre 2010: Quatre ans de Machin à écrire

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12 juillet 2012: Où l’écriveron amateur, après force jérémiades, se convertit au scrapbooking
Tant qu’à se plaindre, aussi bien le faire avec style.

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16 février 2015: Pas mort
Le blogue est peut-être mort, mais pas le Machin à écrire.

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Par ailleurs, depuis 2013, nous publions avec une fréquence variable nos Rapports aux actionnaires.




Le blogue est mort, dit-on, les gens ne lisent plus, il y a trop d’apprentis auteurs, etc. Il n’y a surtout aucune raison d’arrêter. Car je n’ai qu’une seule certitude : quoi qu’il arrive, tant qu’il y aura quelques lecteurs et de l’encre dans le stylo, le Machin à écrire continuera de turbiner, comme il le fait depuis septembre 2006.

15 septembre 2016

ATTENTION (1966)
















ATTENTION

Ne pas gêner
Le fonctionnement
Des portes

Do not interfere
With operation
Of doors